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André Antonini :"La place de l'Hôtel de Ville, Aix-en-Provence" (collection particulière).
Sur ce lien, à propos d'Antonini, une chronique de Radio-Zibeline.

Une petite place, et puis aussi deux tableaux qu'on aperçoit dans des commerces aixois, se souviennent de lui. En coeur de ville, entre rue Monclar et rue des Bouteilles, derrière le grand mur du Palais de Justice dont les fenêtres voutées abritaient autrefois une maison d'arrêt, une enclave sommairement tracée, un rectangle irrégulier ponctué par deux platanes porte son nom.

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André Antonini vécut entre 1924 et 1993. Il était né à Marseille un 18 janvier, ses parents habitaient Luynes, ses études ne se prolongèrent pas. Il avait l'habitude d'envoyer promener quiconque imaginait pouvoir lui faire la leçon. On peut le situer comme un autodidacte, ses notices biographiques mentionnent brièvement quelques années passées à l'Ecole des Beaux-Arts d'Aix-en-Provence pendant l'époque où Marcel Arnaud en était le directeur. Avant de se fixer à Aix, il séjourne à Marseille : le Vallon des Auffes, les ruelles du Panier, une toile verticale qui représente La Criée quand elle était une Halle aux Poissons et qui figure dans les collections du Musée de la Chambre de Commerce, témoignent de ses déambulations autour du Vieux Port et du Bar du Peano, pendant les années cinquante. Après quoi, il se fixe à Aix-en-Provence dont il va devenir l'un des plus attachants témoins. Un catalogue de petit format et une exposition posthume de belle cohérence, réalisée en septembre 1996 dans la Galerie Zola de la Méjanes par Dominique Mazel, conservateur à la Cité du Livre, témoignent de ses bonheurs d'expression et de ses talents du côté de la peinture. L'affiche de cette exposition, c'était la reproduction d'une toile verticale représentant un soir de concert parmi les fauteuils et les balcons rouges du Théâtre du Jeu de Paume, rue de l'Opéra.

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Chevelure abondante, silhouette et dégaine pas du tout conventionnelles, les aixois l'identifiaient immédiatement. Ce peintre fréquentait inlassablement les rues, les places, les marchés et les brasseries d’Aix. Il faut l'écrire tout de suite pour cesser d'y faire allusion et penser uniquement aux tableaux qui furent la grande réussite de sa vie. André Antonini était un incorrigible alcoolique : avec lui, les cuites, les emportements et les divagations étaient quasiment quotidiens. Ses poumons souffraient grandement de sa tabagie, sa santé se dégrada, il fut obligé de quitter près du parc Jourdan son appartement-atelier de la rue Reine-Jeanne. Il mourut en clinique Rambot le 13 février 1993, au terme de longues et pénibles semaines, il avait soixante-neuf ans.

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Antonini, été 1968 (photographie Studio Henry Ely).

Trois années auparavant, il avait épousé une autre figure de la peinture aixoise, Louise Cordel qui s'occupa longtemps des Amis des Arts et de l'ancienne galerie de la Place des Trois Ormeaux. En amont du local des Amis des Arts, au 34 du Cours Mirabeau qui fut par la suite le siège de la libraire Le Divan de Pierre Dedet, la galerie Tony Spinazzola fut le théâtre de sa plus importante exposition. C'était pendant le milieu des années soixante, Tony Spinazzola qui était le gendre de l'antiquaire et marchand de tableaux Lucien Blanc fut à partir d'avril 1960 capable de programmer à côté des aixois Gabriel Laurin et Léo Marchutz de très grands noms comme Hans Hartung, Alfred Manessier, Edouard Pignon et Mario Prassinos.

Tony Spinazzola, ce fut l’unique concession d’Antonini au monde des galeries. Avec l’aide de sa compagne, ou bien directement, il n’était pas en peine pour trouver acquéreur pour ses toiles. Son neveu Luc Antonini rapporte que lorsque le besoin s’en faisait sentir, il partait en ville avec un tableau sous le bras : sur les marchés, dans la proximité du Palais de Justice dont il connaissait bien les avocats, il faisait du troc ou bien trouvait promptement quelqu’un pour acheter sa toile.

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André Antonini, 1992 (photographie studio Henry Ely).

Il était au meilleur de son art quand il représentait de petites foules, les fêtes et les rassemblements éphémères sur les places d'Aix et dans les cafés. Les personnages qu'il réunit sur ces toiles sont incroyablement nombreux, mais ce ne sont jamais des multitudes : la ville restait débonnaire, les voitures n'étaient pas envahissantes. Cet esprit

inquiet pouvait vivre avec simplicité et légèreté les entractes de sa vie. Quand Antonini se remémore le marché de la Place Richelme, on retrouve sous l’arceau des platanes, au milieu des oies, des lapins, des poussins, des fruits et des légumes, une atmosphère enjouée et souriante. Les visages et les corps cohabitent volontiers. Les religieuses qui tiennent leur stand sont en harmonie avec les maraîchers qui accueillent les touristes, les amoureux, les mères de famille et ceux qui arborent le costume traditionnel des provençaux. Point d’anonymat, les caractères sont rapidement saisis, personne n’est prétentieux ni ridicule. La lumière n’est pas accablante, chacun prend sa place et tient son rôle à l’intérieur de la comédie humaine.

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Antonini fut moqué, évité ou bien faiblement compris. Ce peintre n'est pourtant pas oublié, son sort posthume est relativement enviable. Les collectionneurs et les amateurs lui sont fidèles, deux de ses tableaux sont visibles dans deux endroits stratégiques de la ville. Chacun peut venir les voir : ils n'ont pas quitté leurs sources d'inspiration, ils sont présents près de la caisse et du comptoir des commerces qui les conservent. Le premier représente les vitres, les terrasses et des abords du café Le Grillon ainsi que la foule qui se presse pendant une soirée de mai (l’auteur la date du 23-05-83). Au débouché de la rue Clemenceau, des promeneurs se rencontrent, devisent et puis s'attardent. Certains promènent leurs chiens, un piéton vient d'acheter sa baguette de pain, d’autres sont en couple : un instantané, des touches de couleur gentiment agencées font revivre avec justesse et amusement l’ambiance aixoise, voici plus de trente ans.

Le second tableau figure un fragment de la Place des Prêcheurs, on le découvre immanquablement en contrepoint de la caisse de la Boucherie du Palais. On aperçoit au premier plan les vendeurs de fruits et légumes : ils achèvent de déballer leurs marchandises, les premiers clients arrivent. Au fond du tableau, à côté de La Madeleine, les employés de la Boucherie s’affairent ou bien plastronnent : ils arborent leurs grands tabliers blancs fraîchement repassés.

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Antonini aura peint des natures mortes, des portraits, des scènes bibliques, des Sainte-Victoire et des paysages, la pétanque à Saint-Marc Jaumegarde, le château de Vauvenargues et le Pavillon de Valabre. Ses vues urbaines d’Aix-en-Provence suscitent notre joie et notre attention : entre autres, la place de l’Hôtel de Ville, l’arrivée du tramway, la brocante de la Place Verdun, un soir de concert au Jeu de Paume, l’intérieur des Deux Garçons, ou bien rangés en quinconces sur le Cours Mirabeau, les camions rouges des Déménagements Armand. Ces toiles appartiennent à des collectionneurs privés, parmi eux figurent trois maires d’Aix-en-Provence: Maryse Joissains, Alain Joissains et Jean-François Picheral racontent volontiers qu’ils détiennent certains de ses tableaux. Reste à souhaiter qu’un musée d’Aix-en-Provence ait un jour le désir d’accueillir durablement l’un des plus savoureux interprètes de son cœur de ville.

Alain Paire

Une première parution de cet article dans le quotidienLa Provence, édition d'Aix, page 4, dimanche 3 mai. Catalogue de la Méjanes, textes d’André Alauzen, Paul Chovelon et Dominique Mazel. Cf.«100 Marseillais» par Luc Antonini, 2008.

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Circa 1990, André Antonini en compagnie de son neveu Luc Antonini, on aperçoit au fond le tableau qui représente le Pavillon de Valabre (archives privées).

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