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Henri Cartier-Bresson : Pierre Bonnard assis, Le Cannet, 1944. L'une des photographies présentée sur le Cours Mirabeau, exposition L'oeuvre photographiée : les ateliers d'artiste de Picasso à Warhol, jusqu'au 21 septembre 2014.

Surprise, révolte, incompréhension, sentiment de gâchis ... Depuis quelques semaines une mauvaise rumeur nous parvenait : le Conseil Général des Bouches-du-Rhône avait brutalement décidé de mettre fin à la programmation de la galerie d'Art Contemporain du 21 bis Cours Mirabeau d'Aix-en-Provence. Le public et les amateurs d'art étaient conviés  jeudi 19 juin à 18 h 30 au vernissage de l'ultime exposition d'été de la galerie. Le même jour, dans La Provence, en page deux de l'édition locale, l'article d'Alexandra Ducamp répercutait une information identique.

Au moment de l'inauguration, sensible à l'émotion et au vif mécontentement qui s'exprimaient sans détours, André Guinde s'est engagé à faire des démarches auprès du président du Conseil Général Jean-Noël Guérini. Le temps presse, tout ne serait pas complètement perdu : l'élu a très justement fait remarquer qu'il était facile de fermer un lieu. En revanche, il est beaucoup plus difficile de le réouvrir.


/>Rédigée par des artistes et des professionnels de l'art contemporain, une pétition vient d'être mise en ligne sur le site change-org. Son texte s'ouvre sur une citation de Victor Hugo qui cerne parfaitement l'absurdité de cette mesure de soi-disant économie : " Je viens de vous montrer à quel point l'économie serait petite ; je vais vous montrer maintenant combien le ravage serait grand". On peut prendre connaissance du texte intégral de cette pétition, on peut ajouter sa signature sur ce lien.
Pour mémoire, on redira que la galerie d'art contemporain du Cours Mirabeau fonctionne depuis dix-huit ans. L'initiative fut prise en 1995 par Bernard Millet qui avait obtenu l'aval du président du Conseil Général de l'époque, Lucien Weygand. Facteurs d'un réel succés d'estime et de fréquentation, les principes de ce nouvel espace furent parfaitement définis et reconduits jusqu'à aujourd'hui : entrée libre et gratuite pour la programmation quatre fois par an d'une exposition d'art contemporain accompagnée d'un catalogue. Olivier Etcheverry, le tout premier responsable de la galerie organisa pendant les deux premières années des expositions de Jean Dubuffet, André Masson, Piotr Klemenciewicz et Jean-Jacques Surian.
Après quoi, Michel Bepoix fut le commissaire permanent d'une programmation où  l'on trouve, Jean Amado, Georges Duby, Raoul Dufy, Georges Duthuit, Varian Fry, Alberto Magnelli, Pierre Soulages, Pierre Tal-Coat, ou bien encore  L'art et la scène, Le pluriel des singuliers, Les Peintres du Camp des Milles. La plus conséquente et la plus novatrice de cette série d'expositions de Michel Bépoix - j'avais eu la joie de participer à son catalogue édité chez Actes-Sud - ce fut à mon sens, celle qu'il consacra en avril 2000 à Jean Moulin, dit Romanin, artiste, résistant et marchand de tableaux.
Véronique Traquandi succédait en 2007 à Michel Bepoix. Elle consolida les succès de la galerie, sa méthode de travail permit de déléguer à d'autres personnes la responsabilité des expositions dont on pourra retrouver la liste et le déroulement sur ce lien. Elle fit commande  de nouveaux travaux, exposa des artistes-résidents comme Raymond Depardon, Bernard Plossu et Agnès Varda et confia l'essentiel de sa programmation à des gens du métier comme Olivier Saillard, Agnès de Gouvion Saint Cyr, Gilles Mora et Laetitia Talbot ainsi qu'à des personnes de la proche région comme Nathalie Abou-Isaac, Jean-Roch Bouiller, Elisa Farran, Danielle Giraudy, Véronique Legrand et Eric Mézil. André Dimanche imagina pour sa part trois expositions : "l'Enfance de l'art", l'Atelier d'Alberto Giacometti et les décors de  théâtre d'André Masson. Pendant l'été 2013, Michel Enrici fut le responsable du Salon de Lily, remarquable évocation de la trajectoire de la Comtesse Lily Pastré : son exposition se souvenait des années 40 à la Campagne de Montredon et des premières éditions du Festival d'Art lyrique d'Aix.
Au cours des dernières années, la fréquentation de cet espace atteignait régulièrement le chiffre annuel de 100.000 entrées.  Comme le fait remarquer le texte de la pétition : "Il est incompréhensible qu'après avoir soutenu activement l'art contemporain, le département tourne brutalement le dos à cette politique alors même qu'elle porte ses fruits et bénéficie d'un rayonnement régional, national et international".


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Marie Morel au piano, dans son atelier du Petit-Abergement, photographie de Pierre Morel.

Autre événement, autre raison pour s'indigner et signer pétition. Le site Mars-Actu et Elodie Grezé s'en sont fait l'écho, la nouvelle fut relayée par la presse locale, par l'Observatoire de La Ligue des Droits de l'Homme ainsi que par plusieurs blogs : la nouvelle municipalité d'Aubagne fait ingérence dans la programmation du Festival d'Art singulier, une Biennale longtemps domiciliée à Roquevaire qui programme cette année sa treizième édition. L'adjoint à la culture d'Aubagne a jugé "pornographiques" deux oeuvres, une pièce mixte et des collages de Marie Morel ainsi qu'un assemblage de Demin dont il a demandé le retrait ; il ne veut pas que ces oeuvres soient livrées aux regards des enfants de sa cité.
La décision de la Ville d'Aubagne est inadmissible. A ce compte, Louis XIV aurait pu demander à Racine de ne pas écrire à propos de Phèdre et d'Hippolyte. L'Origine du Monde de Gustave Courbet, certains travaux de Françis Bacon ou de Paul Rebeyrolle ne pourraient jamais être montrés au public. Sur ce lien, on trouvera le texte de la pétition. Sur cet autre lien, on lira la réaction et les commentaires de Marie Morel.
Les responsables du Festival d'Art singulier ont catégoriquement refusé d'appliquer les consignes de censure de la municipalité UMP d'Aubagne. Ils pensent pouvoir retrouver le lieu d'origine de leur manifestation : si tout va bien, la Biennale qui fut longtemps portée et imaginée par le docteur Jean-Claude Caire et la plasticienne Danielle Jacqui se déroulera cet automne à Roquevaire.
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Photographie de Marc Trivier :  Hans Hartung.


Ces sinistres nouvelles ne doivent bien évidemment pas empêcher de fréquenter pendant l'été le Cours Mirabeau. Au 21 bis, l'exposition imaginée par Marc Donnadieu réunit avec élégance et sobriété des documents qui nous sont depuis longtemps familiers : par exemple, les prises de vue que Cartier-Bresson consacra à Pierre Bonnard lorsqu'il lui rendit visite au Cannet, les images d'Hans Namuth qui restituent le travail de Jackson Pollock ou bien les photographies que Brassaï et André Villers (ovationné le soir du vernissage) consacrèrent à Pablo Picasso. On découvrira également des images très émouvantes  de Marc Trivier qui photographia Hans Hartung dans son atelier d'Antibes.


Alain Paire


En complément, on peut écouter deux émissions de Web-Radio Zibeline : mardi 16 juin, sur ce lien, à propos de la fermeture de la galerie du Cg 13, mardi 23 juin, sur cet autre lien, la  censure qui s'exerce contre l'Art Singulier.


Du côté de la censure, cf sur ce lien cet article de Libération, samedi 27 juin, à propos de Moustiers Sainte-Marie

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