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Le Centre aixois des Archives départementales des Bouches-du-Rhône expose actuellement des photographies d'Éric Bourret. Le Temps de la marche - c'est le titre de cette très belle exposition - réunit les images de trois hivers consacrés à photographier la Saint-Victoire, la Sainte-Baume et les Alpilles. 

Il faut découvrir l'exposition dans le quartier des Allées provençales au 25 Allée de Philadelphie, dans la proximité de la Méjanes / Cité du livre et du Pavillon Noir de Prejlocaj. Entrée libre du 25 juin au 10 août, du lundi au samedi de 10 h à 18 h (ouverture à 14 h le lundi). La commissaire de l'exposition est Justine Flandin, en collaboration avec l'artiste. Production Le Factotum, le Conseil Général des Bouches du Rhône, les Archives départementales des Bouches du Rhône et Marseille-Provence 2013.

Pierre Parlant et les éditions Fage viennent de publier le catalogue de cette exposition qu'on peut se procurer aux Archives départementales, en librairie, ou bien directement chez l'éditeur, 3 rue Camille Jordan, 69003 Lyon. Ils m'ont donné l'autorisation de publier trois extraits du texte de ce catalogue. Pour mieux appréhender le travail du photographe-marcheur Eric Bourret, il faut aller consulter son site sur ce lien.

Jeudi 4 juillet, à 18 h 30, Centre aixois des archives départementales, lecture-performance d'Olivier Domerg, "Le temps fait rage".

In fine est le titre du texte de Pierre Parlant, dont voici trois extraits :

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... "Éric Bourret est lui-même un marcheur. Depuis plus de vingt ans il fréquente les territoires austères et graves des Alpes et ceux, plus lointains, plus âpres encore, de la chaîne himalayenne. De chacune de ses équipées solitaires, il rapporte des images. Par-delà leur originalité, qui le rapprocherait de l'art contemporain bien plus que d'une tradition de la photographie paysagère, chacune confirme que montagne est en son ordre un mot qui condense avant tout ce dont un corps, un regard et un souffle sont capables. En ce sens, les images d'Éric Bourret doivent être vues comme une attestation plastique, un complexe insolite et sensible de qualités rythmiques, mais, dans le même temps, comme l'archive singulière d'une expérience subjective, ainsi qu'il le confie lui-même : " je suis constitué des paysages que je traverse et qui me traversent. Pour moi, l'image photographique est un réceptacle de forme, d’énergie et de sens"[1]. 

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... Dans le droit fil des séries précédentes, celle qui est consacrée à cette trinité provençale déjoue cette fois encore les attentes en matière de pittoresque. Elle en récuse tous les indices au nom de sa fidélité à l'expérience seule. Lorsqu'il s'agit de lieux méridionaux, l'effet est saisissant. À l'azur souverain d'un midi convenu, estival et radieux, Éric Bourret substitue un ciel autre, autrement délavé, dégagé ou voilé, pâle le plus souvent, sur quoi se découpent la masse inclinée d'un plateau, une fronce rocheuse ou le profil d'une cime. Si bien que le lieu acquiert une amplitude et une tonalité hivernale qu'on ne lui connaissait pas. On se dit tout à coup que le Népal, les Alpilles, le Tibet, la Sainte-Baume, quelles que soient les différences et les distances qui les séparent à jamais, se mettraient presque à s'évoquer mutuellement, en viendraient presque à conspirer en vertu d'une commune solitude et d'un commun silence ; un peu comme si, d'une apparence partagée dont la photo apporterait la preuve, se soutenait un accident unique des surfaces et des plans de la Terre que le pas du marcheur aurait su peu à peu révéler, c'est-à-dire lentement découvrir en le rapportant, chemin faisant, aux variations de sa propre durée.

Cette conspiration n'implique toutefois aucune confusion : lorsque l'hiver, là-bas, n'est pas une saison mais un mode univoque de l'être, la neige et les rochers d'ici se contentent d'exhiber leur blancheur provisoire, localement trouée par des fonds d'herbes, des touffes rabougries, quelques ombres portées et deux ou trois résineux ramassés sur eux-mêmes en attendant l'été.

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... On doit cependant observer que celle qu'il a consacrée aux trois massifs provençaux se démarque sur un point essentiel des séries antérieures. Tandis que les images prises dans les Alpes ou l'Himalaya œuvraient à conserver la mémoire mouvante que la marche instituait, celles qui correspondent aux trois massifs des Bouches-du-Rhône semblent y avoir renoncé, un peu comme si les sites eux-mêmes avaient secrètement imposé au photographe une forme de résistance. Ce n'est plus ici une dynamique mais sa cause finale que les images exposent. Au terme d'un cheminement que des affleurements et des lignes de fuite structurent, nombreuses sont celles qui ouvrent in fine sur le vide. Une hantise vient au jour. Au vrai, elle a affaire à l'infini et habite de longtemps le travail du photographe. On se souvient qu'Éric Bourret en avait proposé quelques figurations moyennant de stupéfiantes images de ciels nuageux qui récusaient au passage le supposé litige opposant l'air et la matière. Cette nouvelle série nous livre l'emblème d'un infini en acte dont la Sainte-Baume, la Sainte-Victoire et les Alpilles auront permis l'apparition.

Regardons à nouveau ces images. Il va de soi qu'on y voit la montagne, mais on comprend surtout qu'entre le sol et l'horizon, entre le risque de la chute et le désir de l'envol, l'esprit choisit de ne pas choisir : tenir debout et faire un pas est à ce prix."

Pierre Parlant


[1]               EXCUSE ME, WHILE I KISS THE SKY, exposition La Valette-du-Var, novembre 2011-janvier 2012, entretien d'Éric Bourret avec Isabelle Bourgeois.

[2]     Henri Maldiney, Regard, parole, espace, Lausanne, éd. L'âge d'homme, 1994, p. 15.

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Le Temps de la marche, photographies d'Eric Bourret. Exposition du Centre aixois des archives départementales, 25 Allée de Philadelphie, Aix-en-Provence.  Entrée libre du 25 juin au 10 août, du lundi au samedi de 10 h à 18 h (ouverture à 14 h le lundi). Commissariat de l'exposition Justine Flandin, en collaboration avec l'artiste. Production Le Factotum, le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, les Archives départementales des Bouches du Rhône et Marseille-Provence 2013. Catalogue des éditions Fage, texte de Pierre Parlant.

Sur ce lien du site Poezibao, on trouvera une note de lecture de Pierre Parlant à propos du dernier livre de Christian Tarting,  Labbra.

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