La couverture du livre de Ceccarelli maquettée par Georges René.
La couverture du livre de Ceccarelli imaginée par Georges René.

Jeudi 3 décembre 2009, à partir de 18 h, au 30 de la rue du Puits Neuf, présentation par Frédéric Valabrègue et signature du livre publié par les éditions André Dimanche, Jean-Jacques Ceccarelli / Dessins. Simultanément, exposition pendant une semaine, jusqu'au jeudi 10 décembre, de petits et grands formats de Ceccarelli. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30.

Une soixantaine de pages livrées par Frédéric Valabrègue constitue l'ouverture de cette monographie qui donne à voir en grand format cent quarante planches couleur, remarquablement choisies par le peintre et par l'éditeur. Quarante années d'amitiés sous-tendent cet ouvrage maquetté par Georges René : dés la fin des années soixante, Valabrègue rédigeait les textes de ses premiers catalogues, publiés à Saint Rémy de Provence par la galerie Noella Gest. Juste après le désarmant poète Axel Toursky qui fut dans un journal local le tout premier "journaliste" qui ait signalé la première exposition de Jean-Jacques Ceccarelli, Frédéric Valabrègue a constamment oeuvré pour la réception critique de son ami.

Quelque chose d'allègre et d'incisif, "une pensée rétive à toute classification", caractérise souvent les engendrements de ce travail foisonnant et volubile. La pratique du dessin est sa pierre angulaire et son leit-motiv. Pour l'essai qu'il a composé, Frédéric Valabrègue désigne son ami à la manière de Kafka ou bien de Blanchot : il l'appelle affectueusement "C", refuse d'emblée les anecdotes et les récits dans lesquels d'autres se seraient engouffrés pour évoquer l'itinéraire de l'artiste. Frédéric ne quitte pas des yeux les multiples entremêlements, la perpétuelle mouvance de cette oeuvre ; il mène une analyse serrée qui évite clairement les lieux communs qu'on pourrait égrener à propos de sa singularité et de son autodidaxie.

Pour la périodisation de ce travail qui n'a pas de cesse, l'auteur des Mauvestis évoque la grande prégnance des trois ateliers à l'intérieur desquels C a successivement oeuvré. Il y eut tout d'abord à Marseille, rue Max Dormoy, une chambre-atelier qui donnait sur un étroit rez de jardin, dans la proximité du carrefour des Cinq Avenues. Ensuite pendant les années 80, grâce à l'amitié du galeriste André Nègre, un local loué Cours d'Estienne d'Orves. Et puis à partir de la césure 1992 / 1994 qui fut aussi une période de deuil, de vraies lumières et le cycle des saisons, le vaste atelier, la grande dalle et les verrières de la rue Sainte Estelle, proche du Boulevard Lieutaud et du Cours Julien.

"Le Bal des Ardents"

"Commencer par le point et le faire voyager", "faire sortir le dessin d'une volonté de représentation", utiliser le crayon, l'encre de Chine, le calque, l'empreinte, la gouache, le brou de noix, le pochoir, les papiers peints déchirés, le collage ou bien la tache, s'exposer aux décantations de la pluie, multiplier les gestes de réparation, ne jamais s'interdire les récréations, les zones d'expérimentations, les positions à contre-courant et les digressions, constituent quelques-unes des orientations de C. En guise de récapitulation pour la quatrième page de couverture, Valabrègue indique que cette monographie "rend compte, série après série, d'une extension, d'une façon de pousser par les limites qui ferait de l'ensemble des dessins de C une immense bande passante".

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"Depuis ce matin j'ai 35 ans", encre de chine, dessin de Ceccarelli, 1975.

Cette tentative de description est relancée par le flux des reproductions qu'André Dimanche a remarquablement choisies, en accord constant avec l'artiste. Ici encore, jamais de repos, une perpétuelle relance de l'attention. Des plans se superposent, on aperçoit "Charlus aux Tuileries" ou bien "Soriano le tatoueur" (ce sont des titres de dessins du début des années 80), "L'étoile de Moustiers", des crânes, une "Tentative de visage", des méduses, des hydres, des poulpes, des "Danses de chiens" ou bien des acrobates, un élément qui chatoie fugacement et puis un autre qui se ruine ou semble sombrer dans l'abîme : parmi ces indices multiples qui surgissent et puis se dérobent, "il n'y a ni séparation ni frontière". Les préférences et les métamorphoses se succèdent, "aucun arbre n'arrivera à cacher la forêt".

Aquarelle et encre de Chine de Ceccarelli, 1999.

Aquarelle et encre de Chine de Ceccarelli, 1999.

Dans cet ouvrage, certaines oeuvres de C se font face, d'autres sont posées en contrepoint d'une plage blanche pour mieux "laisser transparaître le vide dont elles proviennent". A plusieurs reprises, en vertu d'improbables fréquences que "la bande passante" semble avoir exigé, certaines séquences se déplient luxueusement l'une après l'autre, afin de dévoiler les rythmiques d'une nouvelle configuration de quatre épisodes. En clôture d'ouvrage, on retrouve "Un déséquilibre à travailler", un entretien de C avec Josée Lapeyrère, publié en 1998 par le Centre d'Art contemporain d'Istres.

Dans le catalogue d'André Dimanche qui nous donnait l'an dernier le grand format de l'essai de Georges Raillard à propos de Monticelli l'étrange et qui prépare actuellement un livre de Jean-Christophe Bailly consacré à Bernard Moninot, cette monographie magnifiquement inventive constitue un ouvrage majeur. Pour la visibilité et la compréhension du travail de C, il s'agira certainement d'un nouveau départ : la galerie Jeanne Bucher qui l'a exposé entre 1990 et 2005, à cinq reprises, rue de Seine ou bien à la Fiac, programme une nouvelle présentation de ses travaux en mars 2010.

Alain Paire

"Cecarelli", monographie de Frédéric Valabrègue, maquette de Georges René, photographies de Claude Almodovar et Patrick Box, format 275 x 220 mm, couverture cartonnée en quadrichromie, 1000 exemplaires, 272 pages, 140 reproductions couleur, éditions André Dimanche, diffusion Harmonia Mundi, 50 euros.

30 exemplaires numérotés et présentés sous coffret toilé rouge, accompagnés d'un dessin original de Jean-Jacques Cecarelli, format 270 x 210 mm, prix 250 euros.

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