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Jean-Pierre Blanche sur le motif,
photo de Jean-Claude Carbonne.
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Jusqu'au samedi 31 octobre à la Galerie Alain Paire et puis jusqu'au 29 novembre 2009 dans la proximité de l'Atelier Cézanne, Jean-Pierre Blanche présente "L’Autre côté", des pastels et des dessins composés au terme d'une exploration menée pendant une année autour de la vallée et du château de Vauvenargues.

Edité par Michel Fraisset et l'Atelier Cézanne, un catalogue de 48 pages vient de paraître avec de nombreuses reproductions en couleur à propos du "Voyage à Vauvenargues". Cette publication rassemble les travaux menés par Vincent Bioulès et Jean-Pierre Blanche autour de la face Nord de la Sainte-Victoire. Ce paysage n'avait pas été interprété par Cézanne qui oeuvrait prioritairement sur le flanc ouest de la montagne, du côté des Lauves ou bien de Bibemus, dans les parages de Château Noir ou bien au Tholonet. L'une des très rares interprétations de cet autre côté de la Sainte Victoire remonte à 1843 : on l'aperçoit parmi les collections permanentes du Musée Granet d'Aix, La Sainte Victoire depuis le hameau des Bonfillons est un grand format exécuté par Prosper Grézy (1801-1874).

Dans l'une de ses Lettres sur Cézanne, Rainer Maria Rilke rappelait qu'avec ses multiples facettes la montagne du Pays d'Aix requiert "une tâche innombrable". L'actualité de Sainte-Victoire sera de nouveau illustrée cet hiver, le 12 décembre, à la faveur de l'inauguration de l'exposition des "Paysages du Sud" de Vincent Bioulès que Maité Vallès-Bled et le musée de Lodève programment jusqu'au 4 avril 2010 : à côté des paysages de l'Italie et de la Méditerranée, du Pic Saint Loup de Montpellier ou bien des tableaux du Canigou aperçus voici deux ans au musée de Céret, on redécouvrira parmi les pièces les plus signifiantes de Bioulès la "Face nord " de la Sainte-Victoire, un fusain et pastel (80 x 120 cm) réalisé au début de cette année. Dans le catalogue du Voyage à Vauvenargues, on peut consulter un entretien avec Jean-Pierre Blanche dont voici plusieurs extraits :

** "La rencontre d'un paysage comme celui de la vallée de Vauvenargues, le choix de ses motifs, les heures et les saisons que tu privilégies, tout ceci implique chez toi d'assez longs préparatifs, des interrogations et puis des décisions.

** Il faut dire en effet qu'au début j'étais plutôt déconcerté par ce projet. Il a fallu apprivoiser ce lieu que je n'ai pas choisi. Peu à peu la peinture a pris le dessus, les découvertes s'ensuivirent. le choix des motifs s'est imposé à moi : la faille et la Brèche des moines vue de la ferme des Lamberts, où mes amis Raymond et Cathy Galle m'ont offert chaleureusement un point d'appui. De cet endroit, le paysage est grandiose : j'ai pu le contempler à toutes les heures de la journée. Ensuite, de Vauvenargues, j'ai observé le château en cherchant comment je pourrais l'intégrer dans divers cadrages, à plusieurs moments, au cours des saisons. L'arrière-plan des montagnes a fini par s'imposer et a donné différentes échelles et apparences au château.

Dans ce voyage à Vauvenargues, il y a aussi pour moi une histoire du temps, une métamorphose, un va et vient à travers les saisons. Ce déplacement dans le temps, c'est en quelque sorte un motif en mouvement. Je pense qu'il faut une grande vacuité, faire le vide de nos connaissances pour aborder un paysage nouveau et en saisir le caractère. Le sentiment d'un paysage, ce n'est pas seulement du relationnel, c'est aussi l'occasion d'aller à la découverte de nous-mêmes. Je ne crois pas à l'immédiateté, au sensationnel.

Le titre de l'exposition s'est imposé à moi : L'Autre côté. En effet ce côté n'est pas celui bien connu de tout le monde, le côté sud, celui peint par Cézanne, l'autre côté est bien moins vécu comme Montagne Sainte-Victoire : ce versant est assez sombre, souvent angoissant, il capte peu le soleil et dégage une certaine mélancolie qui induit une forme d'expression et une couleur particulière.

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"La route vers Vauvenargues", pastel format 30 x 22 cm. [+] agrandir

Un contemplatif, ici et maintenant.

** Une voiture, des travaux forestiers, le vacarme d'un hélicoptère qui franchirait la montagne ou bien l'irruption d'une silhouette humaine n'apparaissent pour ainsi dire jamais dans tes réalisations. Cependant, quand je regarde tes oeuvres, j'ai l'impression de pouvoir contempler quelque chose d'actuel : une vision qui n'est pas seulement celle d'un promeneur, une démarche silencieuse qui correspond à ce que je peux ressentir ici et maintenant.

** Mon travail est avant tout celui d'un contemplatif ; par là il est intemporel. Peut-être ce sentiment d'actualité tient-il au fait que j'ai toujours regardé avec un grand intérêt la peinture vivante de mes contemporains, dans tous ces modes d'expression, pendant plus d'une demi-siècle. Je ne cherche pas à "être le temoin de mon temps".

Aujourd'hui je pense avant tout que la peinture est un compte à régler avec soi-même. Il ne s'agit pas de consommer du visible, mais de donner à voir ce que nous avons de personnel et d'élargir la vision des choses et des formes, de faire vibrer le chant de la couleur.

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** J'avais à coeur de rapprocher, sans les confondre un seul instant, ton travail avec celui de ton ami Vincent Bioulès, en face de qui tu dialogues depuis plusieurs décennies. puis-je te demander d'évoquer quelques-unes des circonstances de votre très grande amitié ?

** Mon amitié avec Vincent Bioulès remonte à notre jeunesse. J'ai bien connu ses parents, j'avais de l'admiration pour son père musicien. Je l'ai vu diriger dans les années 50 La Passion selon Saint Jean de Jean-Sébastien Bach que j'écoutais pour la première fois. Cela demeure un souvenir très fort. La mère de Vincent qui avait fait de l'aquarelle me montrait quelquefois ses oeuvres de jeunesse.Vincent eut très tôt le goût de la peinture ; je possède de lui une gouache vivante aux couleurs généreuses datant de 1950. Il avait 12 ans.

Après de grandes périodes où j'étais à Paris ou à l'étranger, nous nous sommes durablement retrouvés, surtout à Aix-en-Provence où il enseignait aux Beaux-Arts. J'ai suivi toute son évolution depuis la période de "Support-Surface". Nous nous sommes toujours montré scrupuleusement notre travail : son exigence et son amour de la peinture, sa connaissance de la musique, nos interrogations sur la vie et le monde et mon affection pour sa famille ont scellé, entre autres, notre amitié."

Exposition "L'autre côté / Jean-Pierre Blanche". Jusqu'au samedi 31 octobre, 30 rue du Puits Neuf, Aix en Provence. Ouvert du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30, tél 04.42.96.23.67.

Le deuxième volet de l'exposition est visible à l'Atelier Cézanne jusqu'au 29 novembre. 9, avenue Paul Cézanne, ouvert tous les jours de 10 h à 12 h et de 14 h à 17 h. Tél 04.42.21.06.53.

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