Exposition "Quatre artistes de l'association Perspectives : Ninon Anger, Guillaume Blanche, Anne Laure Fink, Florence Laude" du jeudi 12 mars au samedi 21 mars 2009.

Anne Laure Fink : quelques notes sur mon travail...

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Venant de la gravure, j'ai une prédilection pour le beau papier. Sa texture, son poids, sa lourdeur même, sont des éléments qui ne sont pas anodins pour les travaux que j'exécute : le support transcende le dess(e)in. Lorsque je palpe un beau papier,  je le fais avec le respect dû à tous ceux qui, transmettant leur savoir-faire de génération en génération, ont permis qu'aujourd'hui encore je puisse en profiter. Qu'ils en soient remerciés !


Ce beau support choisi, je lui applique l'élément déclencheur de mon inspiration : la colle de peau comme liant, mélangée à des pigments soigneusement choisis dans une gamme de couleur bien à moi ("terre pourrie", "gris ardoise", "terre de Cassel", "ocre Havane", "terre verte", "gris des Ardennes", "jaune Icles", jusqu'au" bleu charron" et du "rouge Ercolano"). Les noms déjà me transportent dans un "ailleurs" indéterminé.

La préparation des couleurs est un premier pas vers l'exécution : élaboration lente, dosage subtil, mélange réfléchi et testé maintes fois. Le résultat obtenu entraîne son application sur le papier : suivant l'intensité ou la discrétion de la teinte, la répartition sur le papier ne sera pas la même.

La nature de la colle de peau joue également un rôle déterminant :  il faut la travailler à chaud, elle se fige dès qu'elle refroidit. Elle impose une phase préliminaire de préparation mentale, de méditation devant la feuille nue, de mise en condition presque physique, avant d'être suivie d'une deuxième phase : l'application de la couleur avec une grande vitesse d'exécution qui favorise le lâcher prise, interdit l'hésitation mais introduit par contre le hasard comme élément moteur, un acteur supplémentaire sur lequel je compte bien volontiers.

L'utilisation de spatules s'est imposée à moi pour cette phase. Elles permettent un geste large et spontané, je dirais même libérateur, sur les papiers posés par terre. (Je travaille toujours plusieurs feuilles en même temps, passant et repassant de l'une à l'autre).


Le lendemain, une fois le séchage terminé, débute la partie la plus longue de mon travail. Les feuilles que j'ai préparées sont accrochées tout autour de moi. Je vis en leur présence, je les regarde souvent. Je les tourne et je les retourne. Je les change de place, je modifie l'incidence de la lumière. Petit à petit je sens naître en moi l'idée, la vision, la direction qui s'impose : je commence à travailler mon support à l'encre de Chine.

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C'est un travail long, lent et minutieux (ma pointe ne mesure que 0,3 mm de diamètre) pour faire naître ce que j'ai décelé et qui demande à sortir. C'est à ce moment là que je troque mon indépendance contre un devoir envers la "nécessité". Je mets à son service mon savoir-faire et ma patience pour lui permettre de se frayer un chemin jusqu'à la lumière. Cette vision d'un cheminement difficile, cette impression de percer au fur et à mesure des couches successives et résistantes m'accompagne jusqu'au résultat final. Je voudrais déboucher jusque vers la lumière au terme de ce mouvement ascendant. Je rêve de provoquer une explosion libératrice résultant d'une pression intérieure que je ne veux pas réprimer.

Cette métaphore d'une libération, ou bien d'une éruption me hante et revient sans cesse, je la retrouve dans nombre de mes dessins. J'en conclus que l'inconscient n'est pas loin : il me maîtrise plus que je ne le maîtrise. Je m'en remets volontiers à sa loi sans m'y opposer. J'accompagne le mouvement, je me laisse entraîner pour découvrir au fur et à mesure vers quoi ce chemin va me mener, je suis curieuse de voir ce qu'il va m'apporter. Goethe affirmait une idée proche de mes impressions personnelles lorsqu'il écrivait  : "C'est pour savoir où je vais que je marche....."


De ce descriptif naît indubitablement l'idée d'un dédoublement en phases successives et contradictoires que j'assume entièrement : comment concilier ce " lâcher prise " avec cette élaboration lente et obsessionnelle à la plume ? Cette dichotomie et ces contradictions,  ce sont les deux facettes de ma personnalité, et je ne saurais en privilégier l'une sans que l'autre ne s'en trouve déséquilibrée. J'attends la prochaine évolution avec patience et curiosité.


Quant au contenu de mes dessins, je le caractériserais volontiers par la recherche et l'exploration de "l'infiniment petit", l'exploitation de ce qui est invisible à l'oeil nu et que j'ai toute liberté de voir, de décrire, d'interpréter, de triturer et de malmener à ma façon. Un monde qui grouille de formes, d'enchevêtrements et d'illogismes, un monde qui n'est plus soumis aux lois de la Physique. Un monde où ni pesanteur, ni perspective, ni lois d'aucune sorte imposeraient un frein à ma liberté. Aucune loi, hormis celles que je découvre.


Anne Laure Fink, Février 2009

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Anne Laure Fink est née à Berlin en 1943. Agrégée de Lettres, elle a suivi une formation en Arts Plastiques à Vanves. Elle vit et travaille à Aix en Provence où elle expose depuis 1996.

Elle a travaillé en compagnie d'autres artistes : André Liez et René Rovelotti pour la sculpture, Gilbert Bottalico et Philippe Laffont pour le dessin et la gravure,  Ben Ami Koller pour le dessin. Très influencée par l'expressionnisme allemand, elle s'est orientée vers le noir et blanc, et se passionne pour le végétal.

Anne Laure Fink a participé à des expositions personnelles et collectives, notamment au Chateau de Bouc Bel Air et à l'Espace Sextius (expositions de Perspectives) chez Arteum, musée de Chateauneuf le Rouge ainsi que dans la collection d'Anne et Henri Sotta.

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