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"Démeter et Perséphone" peinture de Dominique Garcia (2004)

Dominique Garcia a fait ses études à l'Ecole d'Art d'Aix-en-Provence de 1978 à 1983. Les cours dont elle se souvient le plus volontiers sont ceux de Vincent Bioulès et de Reine Colin. Ses principales expositions personnelles ont été programmées en 2001 à la Chapelle Sainte Sulpice d'Istres et à la Librairie A.Paire du 10 de la rue des Marseillais, en 2004. Voici comment elle parle de ses années de formation ainsi que de son travail actuel :

"Tous les mercredis après midi, c'était le rendez-vous avec Vincent Bioulès dans l'amphithéatre, pour un cours d'histoire de l'art. Il imitait la voix de Picasso ou bien celle de Matisse, c'était parti pour trois heures passionnantes. Vincent Bioulès était toujours impeccablement habillé : veste en tweed avec pochette assortie, pantalon en velours côtelé. Un jour, lors d'une visite d'atelier il a lançé à la cantonnade : "ce n'est pas parce que vous êtes des peintres que vous devez vous habiller en haillons". Quant à Reine Colin, sans ses cours de photogravure je n'aurais jamais fait une carrière dans la publicité comme infographiste. Elle nous a consacré beaucoup de son temps pour créer un fascicule en noir et blanc qui présentait tout notre travail pour le diplôme.

Le travail entamé en 2004 s’articule sur un parti pris de décoration délibérément outrée. J'ai voulu marquer clairement le côté clinquant, la théâtralité des gestes, la mise en scène des personnages. On retrouve une inspiration mythologique dans le choix de certains titres, comme par exemple "Déméter et Perséphone". En fait, la richesse vestimentaire de mes personnages souligne leur pauvreté. Les décolletés dévoilent des dentelles, le drapé des étoffes accentue une grandiloquence superflue. Les couleurs sont mal définies, c'est un décor de pacotille. J’ai utilisé abondamment la couleur argent et or qui revêt pour moi une signification de duperie.

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"La Lettre" peinture en relief de Dominique Garcia (2008)

Je travaille dans un espace réduit. Le format de mes toiles a été mûrement réfléchi, il me faut franchir un escalier très étroit. J’ai choisi délibérément de peindre sur châssis pour ajouter de la lourdeur et pour rester dans la ringardise. Le châssis délimite et symbolise un espace restreint à l'intérieur duquel je suis obligée d'évoluer coûte que coûte. J'ai voulu signifier qu’il était inutile pour moi d’échapper à ma condition en évitant par tous les moyens le cadre. Ma peinture imite les traits d’une peinture à l’huile à la manière de Rembrandt. La représentation des personnages dans des attitudes apprêtées rajoute un côté carnavalesque qui masque la réalité. C'est une peinture factice et pleine d’affectation, elle sonne faux.

Il y a beaucoup de femmes dans mes peintures. Avec leur volonté de paraître différentes, les femmes m’émeuvent davantage. Le maquillage et l’apparat viennent masquer la réalité. Tous les artifices que j'utilise accentuent ce côté pathétique. Je ne me suis jamais senti très à l’aise avec le mot « artiste ». J’ai toujours pensé qu’un artiste était associé à la catégorie des hommes et pas à celle des femmes. L’usurpation est le mot qui définit le mieux mon travail. Le subterfuge également : je me bats en face d'une sorte de traîtrise qui me colle à la peau.

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"Sans domicile fixe" peinture de Dominique Garcia.

Progressivement, dans mes peintures les plus récentes, le dessous des êtres a pris la place sur le dessus. Le travail de cette année 2008 accentue le côté réel d’une situation. Sans pour autant travestir la réalité. Des scènes de rue, des personnes croisées, un regard attrapé me suffisent pour raconter une histoire. A présent, mon parti pris est de ne pas trop en faire. Ni dans la couleur, ni dans le décor. Je veux que cela reste une zone dénuée de signes décoratifs. J’ai simplement encadré mes personnages avec des balises et des panneaux de signalisation ; j’ai jeté dans leurs jambes des détritus qui pourraient indiquer les écueils d’une vie.

Je viens d’un milieu populaire où l’on n’apprend pas à développer "un goût". On imite "un goût", tout est surjoué comme au théâtre. Quand j'étais gamine, j'avais l’impression que le décor de mes parents était factice. On imitait la richesse avec la grandiloquence des volants d’un couvre-lit. Je sentais déja que c’était de l’arnaque.

Mes personnages sont sortis de ce décor factice. Ils sortent volontairement de la toile pour faire découvrir leur simplicité. Ils se mettent à nu et montrent par là leur force. Le fond gris que j’ai pris par principe pour fond dans mes toiles indique le côté cimenté des vies. Il n’y a que quelques détails peints en couleur très vive qui par exemple viennent raconter que : "Tout est gris. Mais, vous voyez, j’ai tout misé sur la laisse du chien !" Les objets qui entourent les personnages sont volontairement dénués d’intérêt : je veux remettre l’objet à sa place. Le travail de tromperie et de duperie tente de s’estomper, mais il reste tout de même présent : on retrouve ici et là des trompes l’œil."

Exposition Dominique GARCIA, du 7 au 31 mai 2008. Vernissage le jeudi 15 mai à partir de 18 h, 30 rue du Puits Neuf, Aix en Provence.

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