dogana

        Pour annoncer une rencontre samedi 22 novembre, à 16 h 30, Cité du Livre d'Aix-en-Provence, 8 rue des Allumettes, un entretien par mail, en compagnie de Florian Rodari.

            Sur ce lien, on peut écouter une émission de sept minutes à partir de la Web-Radio Zibeline, à propos de l'exposition réalisée jusqu'au 15 janvier 2015, à la Fondation Saint-John Perse. Sur cet autre lien, un article dans La Provence.

          1. La Fondation Saint-John Perse de Muriel Calvet et l'Association les Ecritures croisées d'Annie Terrier te convient à une rencontre publique, samedi 22 novembre à 16 h 30, dans l'Amphithéâtre de la Verrière de la Cité du Livre d'Aix-en-Provence, pour évoquer les éditions de La Dogana que tu diriges depuis plus de trente ans. Tu as sollicité pour cette présentation la participation de deux amis poètes et traducteurs, Michel Orcel et Frédéric Wandelère. Pour quelles bonnes raisons les présences de ces deux écrivains ?

          La raison en est simple : ce sont des amis de longue date avec qui j’ai lié connaissance au moment de l’aventure de nos revues respectives, L’Alphée pour Michel Orcel et la Revue de Belles-Lettres dont Frédéric Wandelère était très proche. Déjà à cette époque nous avions le désir d’ouvrir les frontières. Et plus tard, quand est née La Dogana, nous avons aussitôt publié un recueil de leurs poèmes. L’amitié étant un aspect essentiel des liens que nous tissons entre nos auteurs, aujourd’hui encore je continue à travailler avec eux, notamment pour des projets de traduction : ainsi on parlera avec eux des lieder de Hugo Wolf, Schubert ou Schumann, composés d’après les poètes allemands que Frédéric Wandelère s’est chargé de transposer en français, et du projet d’une traduction nouvelle de la Divine comédie de Dante, que Michel Orcel, éminent traducteur de l’Arioste, du Tasse et de Leopardi, a entrepris récemment pour nous dans une aventure folle mais essentielle.

          2. En complément à cette rencontre, tu as imaginé pour la Fondation Saint-John Perse une exposition qui regroupera pendant plusieurs semaines, jusqu'au 14 février, des manuscrits de livres et des oeuvres d'artistes qui ont accompagné tes éditions. Quelles seront  les finalités de cette exposition ? Quels auteurs et quels artistes as-tu retenus ?

          A partir de l’an 2000, nos éditions ont eu l’opportunité de réaliser quelques livres avec des artistes choisis parmi nos amis, et souvent injustement méconnus du public. Cela a commencé avec le peintre-lithographe Edmond Quinche, sur qui j’avais écrit précédemment quelques pages en préface de catalogues, textes qu’il m’importait de réunir et de compléter. Séduit par la formule, Philippe Jaccottet nous a confié son essai sur Morandi, Le bol du pèlerin, qui reste un de nos best-seller. Une chose entraînant l’autre nous avons ainsi publié, grâce à des mécènes, des ouvrages de plus en plus soignés, comme la superbe monographie sur le peintre italien Calvi di Bergolo, un impressionnant collectif d’hommage autour de Claude Garache, une étude sur les dessins d’Artaud, une autre sur le graveur suisse Albert E. Yersin et enfin un livre faisant honneur aux aquarelles et dessins d’Anne-Marie Jaccottet. L’exposition que nous préparons autour de nos livres à la Fondation St-John Perse, permettra au public d’admirer les œuvres de quelques-uns de ces artistes, dont certains seront même présents au vernissage.

          avec_Garache

          Juillet 2012, à Beaurecueil, près d'Aix-en-Provence : à gauche, Florian Rodari en compagnie de Claude Garache et de Philippe Jacccottet (photographie Clémence Madeleine-Perdrillat).


          3. Parmi les titres les plus récemment parus sous l'enseigne de La Dogana, il y a  le recueil Tableaux de la lande et autres poèmes d'Annette Droste-Hülshoff, ainsi qu'un important volume de 544 pages, Les Approches du sens / Essais sur la critique, un ouvrage qui réunit des textes anciens de Jean Starobinski, publiés en revue ou bien insérés dans des actes de colloque. Dans le même ouvrage, on trouve une seconde section imaginée par Michaël Comte et Stéphanie  Cudré-Mauroux, A distance de loge où l'on peut lire des études de grands universitaires comme Jean Bollack, François Hartog, Michel Jeanneret et Michael Fried.

          Malgré les tâches dont nous sommes les uns et les autres lourdement chargés, ces deux dernières années se sont en effet révélées magnifiquement productives. Pendant plus trois ans, Stéphanie Cudré-Mauroux, chargée de la collection Poésie-Prétexte, s’est attelée à cet énorme travail de ressuscitation des essais de Jean Starobinski consacrés à la critique littéraire de son temps. Il en sort un livre dans lequel, au gré de réflexions et analyses d’une intelligence hors norme, Starobinski parvient à définir avec force et clarté le sens de sa démarche humaniste, son universalité. C’est un ouvrage puissant et passionnant. Par ailleurs, autre travail à très long terme, la traduction par Patrick Suter et Bernard Böschenstein d’une anthologie de poèmes de la poétesse allemande Annette Droste-Hülshoff, presque totalement inconnue en France mais dont la vision d’un monde contemplé à travers une sorte de loupe qui décuplerait tous les sens, est absolument fascinante. Par ailleurs Peteris Skrebers et moi-même avons ajouté un titre à la collection de livres/CD consacrée à l’art du lied. Nous sommes ainsi retournés à Vienne pour la troisième fois afin d’enregistrer la mezzo-soprano Angelika Kirchschlager dans le recueil de Hugo Wolf, L’Italienisches Liederbuch, en compagnie du baryton-basse Florian Boesch et du pianiste Malcolm Martineau. Une nouvelle façon pour nous de nous rapprocher de l’Italie…

          Coste_085

          Anne-Marie Jaccottet, aquarelle et crayon.

          4. Tu prépares deux livres de Laurent Cennamo et de Wulf Kirsten, traduit par Stéphane Michaud. 

          Oui, cet automne paraissent deux recueils de poèmes, dus à des auteurs très différents. Le premier est un jeune poète genevois, Laurent Cennamo, dont nous avions déjà apprécié les écrits il y a quelques années. Cette fois-ci nous considérons ses inventions abouties et dignes d’être recueillies dans un volume. A celui qui fut pendu par les pieds est un ensemble très libre de ton, à la fois intime et désarçonnant en raison des subtiles acrobaties verbales qui retombent cependant toujours sur leurs pieds. De brefs poèmes, à la fine musique, évoquent ainsi les découvertes, les émerveillements ou les déconvenues que le jeune poète a éprouvés et qu’il se sent devoir éprouver pour un peu de temps encore. Le second recueil a été écrit et publié l’an dernier en Allemagne. Images filantes de Wulf Kirsten, poète allemand né à Weimar en 1931, et dont la vie fut marquée par les deux dictatures successives, la nazie et la soviétique, qui réinvente une langue de la proximité et de la simplicité avec une patience et une ironie dont on a parfois complètement perdu l’usage dans nos pays.

          strada_a_San_Carlo_1

          Gregorio Calvi Di Bergolo, Strada a San Carlo.


          5. La collection de la Fondation Jean Planque dont tu es le conservateur, est à présent installée à Aix-en-Provence, à l'intérieur de ce qui fut autrefois la Chapelle des Pénitents Blancs, rue Maréchal-Joffre, la petite rue montante qui prolonge le Cours Mirabeau. En sus de la présentation permanente de la collection, dans les deux étages de la mezzanine, tu programmeras régulièrement des expositions temporaires accompagnées de catalogues. La première de ces expositions se focalisera autour de l'œuvre d'un proche ami de Jean Planque, le peintre Hans Berger. Je voudrais que tu évoques la trajectoire de cet artiste et les œuvres que tu réuniras en cette occasion.

          Avec l’enthousiasme qu’on lui connaît, Jean Planque décrivait l’œuvre de son ami peintre, dans une lettre adressée pour ses quatre-vingt cinq ans : « Il y a des tableaux de vous qui sont aussi beaux, aussi denses que ceux que Van Gogh a peints. » Un compliment qui devait sans nul doute aller droit au cœur de cet homme modeste, mais qui ne pouvait le détourner de ses doutes et de ses recherches. Hans Berger (1895-1968) correspond au type même de l’artiste que Jean Planque vénère : à la fois humble et élégant, travailleur et méditatif, mais surtout entièrement voué à son œuvre. Ajouté à cela, une vision puissante qui n’hésite pas à se coltiner la matière pour en tirer des images qui tiennent le coup, qui résistent au temps, Jean Planque est comblé : il achètera plusieurs tableaux du maître, recevra gouaches et dessins en retour. Pour l’inauguration de la Chapelle, l’an dernier, sa petite-fille, Anne Berger, a accepté de déposer auprès de la Fondation une toile importante que Jean Planque considérait comme "une œuvre de musée". Cela nous a incité à consacrer cet premier volet d’une série consacrée aux « Amours de Planque » à cet artiste suisse qui a commencé sa carrière entre la Bretagne et la Provence. Nous avons ainsi prévu d’emprunter une trentaine de toiles à différents musées et collectionneurs suisses. L’exposition sera visible de mars à octobre 2015 sur la mezzanine de la Chapelle.

          6. En compagnie de Philippe Jaccottet, tu viens de composer un salut à Gérard de Palézieux, décédé au début de l'été de 2012 : "J'ai été cela au monde"  est un tirage limité édité par la Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex, des textes qui sont accompagnés de huit estampes réalisées par de proches amis de Palézieux.

          Oui, c’est à la fois une toute petite chose et une marque d’amitié essentielle à nos yeux : Gérard de Palézieux nous a quittés en juillet 2012 et tous ses amis ont aussitôt voulu lui rendre un hommage. Quoi de plus juste que de réaliser un album comme il les aimait : un livre dont les textes, qui ne sont autres que les oraisons prononcées par Philippe et moi le jour de ses funérailles, auraient été mis en page et typographiés avec soin, imprimés sur les plus beaux papiers, accompagnés de gravures et illustrations réalisées par ses amis graveurs et rappelant ses propres exigences d’artiste. C’est là ce que nous venons d’achever en compagnie de l’équipe de l’Atelier de Saint-Prex avec qui Palézieux avait autrefois travaillé. Ce précieux ouvrage tient par la même occasion à saluer le don d’une somptueuse générosité que Gérard et Madeleine, sa femme, ont fait à la Fondation William Cuendet & Atelier de Saint-Prex, en l’enrichissant de leur fabuleuse collection de gravures anciennes et modernes. Cet apport sans pareil va nous permettre de réaliser des projets de grande envergure, notamment des expositions et des catalogues de nos fonds.

          Jaccottet1

          Philippe Jaccottet, novembre 2014, photographie de Serge Assier.


          7. Il faut parler d'un second livre, il est à présent possible de divulguer une nouvelle qui nous réjouit : tu publieras au printemps 2015 un recueil de tes articles et préfaces de catalogue, dans la collection Art et Artistes des éditions Gallimard. Quels seront le titre et le propos de ce livre ? Quels sont les textes que tu as sélectionnés ?

           
          Cet ouvrage réunira quelques-uns des principaux textes que j’ai écrits pour les musées sur le dessin, la gravure et la photographie. Je reprends et développe dans ces pages la thématique du noir-et-blanc qui me tient tant à cœur et que tu avais eu la gentillesse d’exposer dans ta galerie en juillet 2013, en sélectionnant quelques artistes sous le titre de Surgis du noir. Je me suis en effet aperçu que, au cours des ans, je n’ai cessé d’interroger l’écriture – de celle qui forme le poème à celle qui organise une gravure ou caractérise une photographie. C’est toujours l’inscription d’un trait, d’une ombre qui soutient l’image, et c’est la création d’un alphabet puis d’une syntaxe associant ces éléments disparates qui assurent le style. J’ai intitulé le livre L’Univers comme alphabet, en m’efforçant de rattacher cette étude aux réflexions visionnaires et passionnantes de Victor Hugo, notamment, mais je parle aussi des dessins de Michaux, des planches gravées de Rembrandt, des instantanés de Jacques-Henri Lartigue

          Florian Rodari / Alain Paire, questions et réponses transmises par mail,  15 novembre 2014.

          Samedi 22 novembre 2014, à 16 h 30, rencontre publique avec Michel Orcel, Frédéric Wandelère et Florian Rodari. Amphithéatre de la Verrière, Cité du Livre d'Aix-en-Provence, 8-10 rue des Allumettes, rencontre organisée par la Fondation Saint-John Perse et l'association Les Ecritures croisées. Renseignements Fondation Saint-John Perse 04.42.91.98.85 et les Ecritures croisées, 04.42.26.16.85.

          Jusqu'au 14 février 2015, exposition La Dogana, à la Fondation Saint-John Perse, Cité du Livre d'Aix-en-Provence. Vernissage le samedi 22 novembre, à 18 h 30. Entrée libre du mardi au samedi de 14 h à 18 h. 

            Sur ce lien, on peut écouter à propos de La Dogana, une émission de sept minutes, à partir de la Web-Radio Zibeline.

          avril_2012

          Avril 2012, La Méjanes, Aix-en-Provence, Florian Rodari et Louis Martinez (photographie de Florence Laude).

          Dogana2015

          affiche_Dogana


          Mon Compte

          Mot de passe oublié ? / Identifiant oublié ?