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1966, une vue du couvent des Minimes de Pourrières

Cf dans le prolongement de cet article, sur ce lien, une chronique de Web-Radio Zibeline. 

A propos de La Pietà de Pourrières et du Couvent des Minimes, cf. un film de sept minutes, sur ce lien, chaîne Mativi-Marseille.

C'est improbable, c'est une histoire rigoureusement magnifique qui pourrait nous réconcilier avec l'esprit d'utopie. Pendant une journée de juillet 1966, un  jeune homme découvre dans un écart de Pourrières, un kilomètre à l'est du village, un lieu dont les ruines datent du XVI° siècle. Jean de Gaspary a 28 ans, le souvenir de Cézanne l'a guidé sur ce versant de la Sainte-Victoire. Il a fait des études aux Beaux-Arts de Paris ;  il sera peintre et architecte, l'une de ses expositions se déroulera au Centre Georges Pompidou, pendant l'automne de 1977 dans le cadre des Ateliers d'aujourd'hui. Parmi ses réalisations dans le registre de l'architecture, figurent les trois salles du Cinéma Saint-André des Arts de Roger Diamantis ainsi que plusieurs oeuvres d'art public commanditées par Gérard Thurnauer (1926-2014).

Jean de Gaspary décide d'acheter les ruines et les alentours de ce couvent de Pourrières bâti au XVI° siècle ainsi que l'église Notre Dame du Bois qui le jouxte. Depuis la fin du XVIII° siècle, les moines étant partis, les bâtiments se sont terriblement dégradés :  ils sont utilisés comme des granges, ce sont des abris pour l'élevage, des domiciles pour les ouvriers agricoles. Il entreprend l'impossible restauration de cet espace. L'aventure qu'il va vivre et accomplir, la plupart du temps solitairement, le requiert pendant plus de trois décennies. Après quoi, de nouvelles fonctions pour cet espace - des concerts ou bien des expositions - et surtout son entretien et les bonheurs de l'hospitalité deviennent l'objet de ses soins permanents.

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L'entrée de l'église et la porte du couvent. Ils s'appellent Augustin Burles, Mélina Burles, Joséphine Ouviere, épouse Burles, Julien Bourrely  et Siméon Menut, cette photographie daterait de 1882.

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Pendant les dix premières années de son travail, Jean de Gaspary consacre l'intégralité de ses étés au laborieux dégagement d'un bâtiment auparavant occupé par plusieurs fermiers, envahi par toutes sortes de ronces et de végétations. Il dort dans un camion, se lève tôt le matin. Après quoi, et sans jamais demander la moindre subvention aux pouvoirs publics, avec une brouette et de quoi faire le maçon, les lignes des pierres et des voûtes qu'il suit scrupuleusement le guident pour restituer avec une grande exactitude l'architecture de cet espace. Presque tout était à refaire. Les sols étaient accidentés, il n'y avait pas de toitures et nulle part pour habiter ; il fallait retrouver l'ordre antérieur.

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Ce que Jean de Gaspary a  réalisé implique l'usage de tous les superlatifs : découvrir aujourd'hui les espaces du couvent et de l'église, déambuler sous les voûtes du cloître dont la cour est ombragée par un marronnier, c'est un moment de silence et de sérénité, un véritable enchantement.

 

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La cour intérieure du couvent, été 2014, photographies de François Mouren-Provensal.

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L'église Notre-Dame du Bois et le couvent, image prise par un drône.

Ce lieu n'est pas fermé à l'extérieur. Il est classé Monument historique depuis 1987. De nombreuses personnes l'ont habité, ou en sont les usagers intermittents. Pendant les dernières années du vingtième siècle, neuf mois par an, ce fut son auto-financement, le couvent abritait souvent des stages de céramique et de yoga. Depuis une quinzaine d'années, cet espace est devenu l'habitation permanente de Jean de Gaspary qui a quitté  Paris ;  le couple de son fils et ses petits-enfants occupent l'une des ailes du cloître.

Des concerts de piano et de musique de chambre sont régulièrement programmés. Maîté Pin-Dabadie organisa autrefois dans cet espace une rencontre d'universitaires autour de Germain Nouveau. Depuis l'été 2004, le couvent des Minimes est  le point de ralliement des musiciens et des chanteurs qui programment les séquences de L'Opéra au village : on joue Offenbach, Gounod et Bizet, l'équipe fabrique  les décors et les costumes. Des dîners à thème sont organisés, il arrive que l'on célèbre des mariages. Chaque année, pendant les journées du Patrimoine, Jean de Gaspary coordonne des visites guidées. C'est un homme de grande culture, accueillant, simple et disponible. Il a permis que de nombreuses expositions se déroulent dans son espace. Un artiste chinois aujourd'hui célèbre, Huang Yong Ping avait participé en 1990 à un Hommage à Cézanne imaginé par Jean Biagini, Isa Barbier a réalisé une installation de ses travaux pendant l'été 2010.

Des personnages du XVI° siècle, le comte de Pourrières Antoine de Glandeves et son épouse Claire Maynier d'Oppède avaient fait donation pour que soit bâti en 1567 ce couvent dans le prolongement de la petite église Notre-Dame du Bois. Une communauté de douze frères Minimes chantait, priait et travaillait dans cet espace ; certains de ces religieux furent des astronomes, des mathématiciens et des savants. Malheureusement, leur couvent périclita. Il fut fermé en 1768, ses biens furent vendus une année avant la Révolution ; l'église devint bien national, les cloches furent transportées à Saint-Maximin. La dégradation de cet espace voué au grenier à fourrage et aux activités agricoles se prolongea pendant deux siècles.

 

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La nef de l'église, photographie de François Mouren-Provensal.

Aujourd'hui, grâce à la rigueur de l'énorme travail de Jean de Gaspary, cet espace à la fois privé et public est devenu un lieu d'inspiration, de recontres et de création. Jean de Gaspary  a installé son atelier de peintre dans un étage. L'avenir dure longtemps, des complicités entre le présent et le passé continuent de s'établir. Il ne faut pas oublier que Jean de Gaspary fut le donneur d'alerte qui permit la sauvegarde d'un chef-d'oeuvre, le tableau de La Pieta de Pourrières que l'on vient de redécouvrir. En 1980, il avait obtenu que ce triptyque sorte de la sacristie et soit installé dans la nef de l'église Saint Trophime de Pourrières. C'est aussi Jean de Gaspary qui demanda que la DRAC Provence/ Alpes / Côte d'Azur et la municipalité de Pourrières confient à Gilles Kelifa la restauration de ce tableau.

Alain Paire

Un film de huit minutes à propos de La Pietà de Pourrières et de l'aventure du couvent des Minimes est diffusé sur ce lien, chaîne Mativi-Marseille. Pour l'histoire du couvent, cf. le livre de Pierre Pélissier, Pourrières en Provence, tome 1, Des origines à la Révolution.

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Jean de Gaspary, été 2014.

 La Provence, 30 septembre 2014

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