lily Pastré

Photographie de Lily Pastré, fin des années 30.

A propos de Lily Pastre, sur ce lien, une chronique de sept minutes, sur la Web-Radio Zibeline.

 

Issue des sphères les plus fortunées de la grande bourgeoisie marseillaise, personnage déconcertant et souvent mal compris, la comtesse Lily Pastre s'éteignit dans sa villa de Montredon à l'âge de 82 ans, le 8 août 1974. Quatre décennies plus tard, on mesure plus finement les bonheurs et les accidents de sa  vie. La reconnaissance à l'égard de cette femme hors normes se révèle une fois de plus très tardive : 2013 et 2014 deviennent les années pendant lesquelles l'étrange destin de Lily Pastré est enfin mis en lumière.

Excepté dans quelques ouvrages généralistes de belle facture qui n'avaient pas occulté sa trajectoire (1), les rôles singuliers qu'elle joua pendant les débuts de la Seconde Guerre mondiale ainsi que pour la création du Festival d'Art lyrique d'Aix-en-Provence sont pour l'heure trop faiblement perçus. Deux événements ont ressuscité son souvenir : pendant l'été 2013, une exposition accompagnée d'un catalogue réalisée par Michel Enrici, sur le cours Mirabeau, à Aix-en-Provence dans la galerie d'Art contemporain du Conseil Général des Bouches-du-Rhône et, très récemment, fin février 2014, la parution aux éditions Gaussen  d'une première biographie rédigée par Laure Kressmann, Lily Pastre, la Bonne-Mère des artistes. 

/Lily Pastré était pour partie d'origine slave : ses grands-parents maternels ont pour noms Léopold Magnan, général d'Empire et Hélène Haritoff qui naquit à Moscou. La personne la mieux désignée pour l'évoquer, Edmonde Charles-Roux qui fut proche amie de sa fille Nadia Pastré, la dépeint assez paradoxalement, pour ce qui concerne la toute première partie de sa vie, comme une héroïne de Tchekhov. On a peine à la croire quand on songe à la plupart de ses portraits photographiques qui évoquent souvent une toute autre physionomie, une pesante apparition, à la fois autoritaire et burlesque, une sorte de Général Dourakine au féminin. Edmonde Charles-Roux n'a jamais cessé de témoigner en sa faveur ; sans être pour autant inconditionnelle, elle conserve à son égard une grande tendresse et une immense estime. Elle raconte que Lily Pastre fut durant sa prime jeunesse "une liane enchanteresse, très proustienne et blonde, une excellente joueuse de tennis".

La Cerisaie où Lily Pastré séjourna souvent est une villa provençale magiquement implantée à côté d'une grande bastide, dans l'immense et merveilleux parc que l'on découvre entre Marseilleveyre et Pointe Rouge. Le souffle de la mer proche, des hectares de chênes verts, des allées cavalières et des chemins vicinaux, des points de fraîcheur préservés grâce à l'aménagement de petits canaux, des pins d'Alep, un chateau en  briques et pierres ainsi qu'un genévrier qui abrita les amours de Bonaparte et Désirée Clary ponctuent la magnifique propriété de Montredon que son fils Pierre Pastré céda à la Ville de Marseille en juin 1974. Le grand parc de la Campagne Pastré est aujourd'hui un centre équestre et surtout un vaste domaine arboré qui fait la joie des promeneurs, des joggers et des touristes.

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La Villa Provençale, une carte postale dont Lily Pastré se servait pour son courrier personnel.

Elle était née le 9 décembre 1891. Lily Pastré vécut son enfance à Marseille, dans un hôtel particulier de la rue Paradis, en compagnie de son frère aîné Maurice. Elle s'affirma très vite comme une indocile : elle était très peu heureuse de recevoir de la part de ses parents, les Double de Saint-Lambert, une éducation foncièrement austère et traditionnelle. Laure Kressmann, qui livre toutes sortes de renseignements à propos du milieu et des mondanités de ses ascendants, rappelle que son caractère n'était pas mélancolique : "sous son allure réservée et timide, une jeune femme impérieuse, qui n'a pas peur d'affirmer ses goûts et ses partis pris, et qui en grandissant ne se laissera mener par rien, ni par personne. Sous sa politesse et sa douceur, elle cache une détermination d'acier et beaucoup de témérité. Il y aura toujours chez elle un curieux mélange d'indolence et d'énergie, d'obéissance et de transgression, puisqu'elle sera aussi capable d'autoritarisme, voire d'un certain entêtement." Une  première fêlure grave, un deuil terrible survinrent dans sa vie pendant la Première Guerre mondiale. Son frère ainé Maurice Double de Saint-Lambert est tué le 8 septembre 1916, pendant la bataille de la Somme. La famille se mure dans la tristesse : "cette blessure", indique encore Laure Kressmann, "renforcera sa volonté inflexible de ne rien laisser paraître de ses chagrins."

Principalement dans un souci de renforcement d'alliance entre familles de la haute-bourgeoisie marseillaise, Jean Pastré l'épouse le 14 mai 1918. Ce mariage arrangé lui donne le titre de comtesse. Elle connaîtra des revers de fortune : son sens de la vie pratique et de la comptabilité, ses extravagances et son goût pour la dépense n'avaient rien d'exemplaire. Lily Pastré fut longtemps une richissime héritière, son statut de mécène et de grande dame prodigieusement hospitalière ne fut pas chèrement acquis. Ses arrière-grands-parents étaient les entrepreneurs de la très prospère société produisant le vermouth Noilly-Prat dont les chais et le siège social marseillais occupaient autrefois une partie de la rue Paradis.

Pendant l'entre-deux guerres, Jean et Lily Pastré partagent leur vie entre Marseille et Paris. Ils ont trois enfants : Nadia qui naît en 1920, Nicole un an plus tard et Pierre en 1924. Lily Pastré n'a pas grand souci de l'éducation de sa nichée qu'elle confie à une nurse et une gouvernante anglaise. Pendant les saisons froides, elle fréquente assidûment les salles de concerts et d'opéra de la capitale. Elle acquiert ardemment la culture d'une partie de l'avant-garde de son époque : Les Mariés de la Tour Eiffel, les créations musicales du groupe des Six, les salons des Polignac, Diaghilev et Le Boeuf sur le toit font sa joie.

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Une lettre de la comtesse Pastré adressée à Boris Kochno (sources Gallica).

Ses appartenances et ses convictions ne se situent certes pas du côté du Front Populaire et du surréalisme. Lily Pastré n'a pas de conscience politique. Elle prend des risques pendant la seconde guerre mondiale, aide et sauve des intellectuels et des musiciens juifs. Elle se comporte comme une femme généreuse pendant les années cinquante, elle confie aux Chiffonniers d'Emmaüs une partie de son domaine, elle n'aura pas pour autant la moindre conscience de ce que peut engendrer la lutte des classes.

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André Masson, Marseillle- La Cité, crayon gras sur papier, 24 x 31 cm.

On associe légitimement son action en faveur du théâtre et de la musique à l'effervescence culturelle dont Marseille fut le creuset pendant les années quarante. Quand bien même des artistes proches de l'extrême-gauche comme Victor Brauner, Sylvain Itkine et André Masson la fréquentèrent, quand bien même on l'aperçoit dans un rôle de figurante à Hyères lors du tournage des Mystères du Château de Dé de Man Ray, Lily Pastré n'a pourtant presque rien de commun avec ce que pouvaient entreprendre les compagnons de Varian Fry et d'André Breton : la Villa Air Bel et l'Emergency Rescue Committee ne font pas partie de ses lieux d'élection. Son amitié pour Jean Ballard et les Cahiers du Sud relève de la sociabilité marseillaise. S'il faut  lui chercher dans le Sud une structure homologue à sa demeure de Montredon, on peut songer au salon de Marguerite Fournier qui accueillit dans sa maison proche de l'abbaye Saint-Victor Paul Valéry, Marguerite Long, Bohuslav Martinù et Charles Munch. Pour caractériser son audace, son humour et son invincible étourderie, il faut se ranger derrière l'avis d'Edmonde Charles Roux qui estime, dans un entretien avec Michel Enrici, qu'elle frisait "l'inconscience et parfois l'héroïsme des somnambules : Lily Pastre vit son histoire à sa manière et la grande histoire la croise." Un bouleversement de sa vie la plus personnelle acheva de la faire s'engouffrer compulsivement dans l'amour du théâtre, de la danse et de la musique. Les infidélités de son mari, "grand séducteur devant l'éternel", la contraignent au divorce à la fin de l'année 1939, une décision que la haute bourgeoisie marseillaise accepte très difficilement. Cette cassure de sa vie la fait grandement chavirer, Laure Kressmann en décrit les conséquences immédiates : "elle n'a plus confiance en elle, se laisse aller, perd toute coquetterie, accumule les kilos et ne dédaigne pas de boire un peu trop pour oublier tout ce qu'on lui raconte sur son mari et sa nouvelle conquête ... elle malmène son corps  jusqu'à le rendre difforme, elle tire un trait sur sa vie intime".

Elle fut de ceux qui très rares, pendant les temps infiniment lugubres de la Seconde Guerre mondiale, surent porter secours et assistance. Son action se voua principalement à de vieilles connaissances avec lesquelles elle avait entretenu des liens pendant ses séjours à Paris ou bien à des personnes de grande réputation. Quand on cite les personnes qui lui sont redevables, il faut passer par les rites du "name-dropping". Hors Montredon, pour des soirées musicales qui se déroulèrent à Marseille, on lui doit de nombreux subsides. Par exemple, on mentionne volontiers sa générosité en faveur du Marseillais Louis Ducreux et de sa troupe du Rideau Gris qui interprète avec Madeleine Robinson, à la mi-septembre de 1940, Musique légère au Pathé-Palace. De même pour des concerts de musique de chambre qui permirent d'écouter Pablo Casals et Clara Haskil.

Clara Haskill chez Lily Pastré

Georges Auric, Youra Guller et Clara Haskil à Montredon.

Pour la sauvegarde de Clara Haskil qui connut à Marseille de graves difficultés de santé, sa promptitude et l'ampleur de ses moyens financiers furent déterminants. En avril 1942, la pianiste se plaignait de violents maux de tête ; elle avait le sentiment de perdre la vue. Lily Pastré se met en quête d'un spécialiste. La chance veut qu'elle rencontre un médecin de grand talent, Jean Hamburger qui faisait partie du réseau des résistants du musée de l'Homme et qui était venu se cacher à Marseille. Le jeune réfugié diagnostique chez Clara une tumeur de l'hypophyse qui coince son nerf optique et peut la rendre aveugle. Une opération  d'urgence est nécessaire, la comtesse Pastré accepte immédiatement d'en assumer la totalité des frais. Jean Hamburger demande qu'un  chirurgien vienne de Paris. Clara Haskil subit une anesthésie locale, trente piqures de cocaïne sont nécessaires : la musicienne restera consciente pendant toute sa trépanation à l'Hôtel-Dieu, le 29 mai. Après quoi, en pleine convalescence, elle participe en juillet à un festival Mozart programmé à Montredon. L'orchestre est dirigé par Félix Raugel. Ses auditeurs  se souviennent de l'apparition d'une personne pâle et voûtée qui s'avance lentement devant les projecteurs : elle a 50 ans, son visage est entouré de pansements qui dissimulent ses plaies et son crâne rasé. Laure Kressmann rapporte que "lorsque ses doigts touchent le clavier,  malgré son apparence chétive et fragile, elle dégage une énergie et un rayonnement insoupçonnables". Quelques semaines plus tard, Lily Pastré obtient pour elle un visa qui lui permet de rejoindre la Suisse ; elle reprendra des forces dans la maison de son ami Charlie Chaplin.

 

clara Haskill
Rudolf Kundera, Clara Haskil à Montredon.

Night summer dream En dépit des restrictions de l'époque, le maître d'hôtel et les domestiques de la comtesse de Montredon tenaient quotidiennement pour de nombreux convives tables et chambres ouvertes. Notamment, du côté des écrivains pour Luc Dietrich, Lanza del  Vasto et André Roussin. Du côté des peintres pour Christian Bérard, Jean Hugo, Boris Kochno, Rudolph Kundera et la famille d'André Masson qui trouva domicile dans l'un des pavillons du parc. A ces noms s'ajoutent ceux de musiciens, compositeurs ou instrumentistes, de comédiens, de chanteurs et de  gens du monde du spectacle : sans souci d'exhaustivité, Georges Auric, Joséphine Baker, Ira Belline, Samson François, Norbert Glanzberg,  Youra Guller, Clara Haskil, Marguerite Long, Darius Milhaud, Roland Petit, Edith Piaf, Svetlana Pitoëff, Francis Poulenc et Manuel Rosenthal. Les invités permanents et les passagers de quelques jours se pliaient volontiers au rythme des séquences qu'elle prescrivait. Le déjeuner est à 13 heures. Après quoi c'est la sieste, souvent troublée par les pratiques musicales de Lily qui, raconte Edmonde Charles-Roux fut "moquée tout autant qu'elle a surpris ... Dans la journée elle s'obstine à pénétrer les secrets de la scie musicale. Lily joue de la scie ! Et l'on nous demande de faire silence tandis que miaule l'instrument". Ensuite, les hôtes font une partie de croquet : dans cette occurrence, ils sont assez prudents et se contiennent, la comtesse ne supporte pas de perdre. Le soir venu, les pensionnaires se détendent, jouent aux échecs, boivent du vermouth Noilly-Prat ou bien écoutent de la musique : Clara Haskil interprète Mozart ou Chopin, Samson François  joue le Concerto pour la main gauche de Ravel. Il y eut des soirées particulièrement mémorables : un récital de Pablo Casals est donné le 16 mai 1942 et puis surtout, le 27 juillet de la même année  - ce fut l'aboutissement d'une longue préparation - il y eut une soirée miraculeusement consacrée au Songe d'une nuit d'été, la pièce de Shakespeare.

 
Lily Pastré Songe d'une nuit d'été
Juillet 1942, une des rares photographies qui garde mémoire du Songe de Montredon.

Il faut s'attarder sur l'ordonnancement de cette nuit exceptionnelle : elle marque une manière d'apothéose dont la genèse et la réalisation sont racontées par Edmonde Charles-Roux. Ce soir-là, les intuitions et la fantaisie de Lily Pastré transcendent impunément plusieurs contradictions de l'époque. La réalisation de cette utopie a quelque chose de follement joueur, un seuil fut magnifiquement franchi : "Tout est sombre et la société réunie à Montredon ne vit que de sa propre conservation et doit inventer ses propres espoirs ... Il faut faire quelque chose pour lutter contre les nouvelles constantes des deuils, des échecs, et contre la morbidité de l'époque ... Pourquoi ne pas dire que dans cette conversation, c'est la lune qui l'emporta. Elle doit se lever sur Montredon dans la nuit du 27 juillet. On fait l'hypothèse d'une nuit d'été sublime, intemporelle. Puis vient le titre qui rejoint la rêverie de tous : "Le songe d'une nuit d'été" ! Shakespeare, cet auteur opportunément anglais ! Cette féérie en forme d'espoir et de renaissance.

Tout Montredon s'enflamme ! Jacques Ilbert composera les musiques de scène, Manuel Rosenthal dirigera l'orchestre qui sera ce qu'il sera, incomplet mais truffé de talents. Youra Guller, belle femme autant qu'admirable pianiste, aura un rôle. Je serai modestement de la partie avec les plus jeunes, l'une des fées ! Mais dans la mémoire reste la mise en scène de Jean Wall et les rôles irremplaçables de Boris Kochno et de Christian Bérard, tous deux dans le giron des Ballets Russes, qui apporteront les touches de lumière, des éléments de scénographie et l'extraordinaire aventure des costumes ... Les tentures du château y passeront, et Lily les sacrifie avec ardeur. On brûle les vaisseaux, Bérard dessine et les petites mains découpent et cousent".

  lily Pastré

Années cinquante : Rudolf Kundera et Lily Pastré.

Un coup de génie pour Aix-en-Provence : Cosi fan tutte, Wakhévitch et Rosbaud

Une hirondelle ne saurait faire le printemps. Il faut une fois de plus enregistrer la fin de certaines utopies. L'improbable sursis de cette Partie de campagne n'est plus de saison, les règles du jeu se modifient profondément. L'immédiat après-guerre fut rude pour Lily Pastré. Des dénonciations malveillantes entraînent un procès expéditif et injuste, comme il en arriva pendant la période de l'épuration : des témoignages, en particulier celui d'Edmonde Charles-Roux la disculpent, font admettre son inconscience. Plus profondément, quelque chose se délite, la roue du temps imprime de nouveaux désordres : les audaces et les intuitions de Lily Pastré relèvent d'une époque irrémédiablement révolue.

 

Le souvenir de la féérie du Songe d'une nuit d'été lui donne pourtant la volonté de relancer son action de mécénat. Elle sollicite le concours de Gabriel Dussurget qui se comportera par la suite avec beaucoup d'ingratitude et de méchanceté à son égard. Elle se met en quête d'un lieu qui puisse abriter un événement musical qui sera la première grande soirée du Festival d'Art Lyrique d'Aix-en-Provence. Une fois de plus, elle se dépense sans compter, elle assume l'intégralité des frais. Son  choix se porte sur la cour de l'hôtel de l'Archevêché d'Aix. Elle invite l'orchestre allemand d'Hans Rosbaud et demande que son ami Georges Wakhévitch imagine la petite estrade et les décors du Cosi fan tutte, le seul opéra de 1948. Dans sa préface au livre de Laure Kressmann, Bernard Foccroule rappelle qu'elle aura accompli "un geste unique et fondateur, dont les conséquences auront marqué non seulement la vie culturelle provençale, mais plus globalement le monde de l'opéra de la seconde moitié du vingtième siècle jusqu'à nos jours".

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Hans Rosbaud, le chef d'orchestre des premières éditions du Festival d'art lyrique d'Aix, photographie de Jean Ely.
 
Les suites de cette initiative relèvent du pragmatisme, Edmonde Charles-Roux résume le problème : "Dussurget devient le brillant directeur de cette affaire qui prend une allure qui ne convient pas à la comtesse". Pour le financement du Festival, le Casino d'Aix prend la relève. "Tout désormais se passait à Aix, les artistes chantaient à Aix, ils n'allaient plus dormir à Montredon". Le nom de Lily Pastré disparait. Une photographie prise par Jean Ely garde mémoire de son impérieuse silhouette, assise dans les premiers rangs du public, de sa toilette et de son regard. "Un beau matin elle a tiré sa révérence. On ne l'invitait plus guêre. Quelquefois, on l'oubliait. On n'a pas fait pour elle ce qu'il aurait fallu, quelque chose de très beau portant son nom ... Aix n'a pas été tout à fait à la hauteur, de mon point de vue, de ce qu'elle a donné à cette ville. Il faudrait rendre hommage à la comtesse Pastré."

L'un des derniers chapitres de la biographie de Laure Kressmann s'intitule "La Comtesse aux pieds-nus". Les ultimes années furent difficiles et très solitaires. Le 8 août 1974, jour de son enterrement, la plus belle couronne de fleurs viendra des compagnons chiffonniers d'Emmaüs. Son fils Pierre Pastré disparaîtra en 1999 ; j'aimais le rencontrer pendant les soirs de vernissage des musées de Marseille de la fin des années 80, je l'apercevais conversant affectueusement avec Edmonde Charles-Roux. Nous nous étions promis de nous retrouver pour qu'il me raconte les souvenirs qu'il gardait de Sylvain Itkine ; ce rendez-vous ne put malheureusement pas s'organiser. En compagnie d'une comédienne qui s'appelait Pat Solal, Sylvain Itkine et Pierre Pastré avaient réalisé ensemble à Montredon, pendant le printemps de 1942, un montage de textes d'Henri Michaux intitulé Chaînes.

Alain Paire

A propos de Lily Pastre, sur ce lien, une chronique de sept minutes, sur la Web-Radio Zibeline.

 

Lily Pastre, la Bonne-Mère des artistes, un livre de Laure Kressmann, préface de Bernard Foccroule, éd. Gaussen, ouvrage réalisé avec l'aide du Conseil régional Provence-Côte-d'Azur. Il faut tout de même relever deux erreurs dans ce livre. Dans le cahier de photographies, en compagnie de Luc Dietrich et de Lanza del Vasto, on identifie René Daumal et non pas André. Page 115, il est dit que Sylvain Itkine fut fusillé le 20 août 1944 : Wikipédia se trompe, la famille d'Itkine estime qu'il fut assassiné au terme d'une séance de torture par les sbires de Klaus Barbie, à Lyon, pendant les premiers jours du mois d'août.

Il faut relire les deux entretiens d'Edmonde Charles-Roux avec Laure Adler (Festival d'Aix 1948-2008, éd. Actes Sud) et  Michel Enrici (Le salon de Lily / Hommage à la comtesse Pastré, mécène, Snoeck éditions, 2013).

A lire aussi, par Ghislain Pastré, La famille Pastré, éditions La Thunne, Marseille. Par Georges Reynaud, Eliane Richard et Claude Thomas, La Campagne Pastré, du domaine privé à l'espace public, Edisud 2001. 

(1) Deux ouvrages évoquent avec rigueur l'action de la comtesse Pastré :  La vie intellectuelle et artistique à Marseille à l'époque de Vichy et sous l'occupation, Jean-Michel Guiraud, éditions Jeanne Laffitte et Marseille-New York, une liaison surréaliste, Bernard Noël, éditions André Dimanche, 1985.

Le 8 octobre 2010, Gérard Abrial et les Mailomanes m'avaient invité en compagnie d'Alain Vidal-Naquet à l'hôtel Pullmann de Marseille pour une conférence qui accompagnait un hommage à Lily Pastré. Pendant l'été 2011, le Festival Musiques interdites de Michel Pastor programmait à Montredon un cycle de concerts en hommage à Lily Pastré.

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