Choses lues, choses vues
septembre 19, 2017

Jean-Baptiste Sécheret à la galerie Prodromus, Paris

Jean-Baptiste Sécheret, Le lac d'Orta, 2010, huile sur carton préparé, 18,8 x 24 cm Pour accompagner la parution d’un ouvrage consacré à une série de dessins exécutés en Grèce, en 1930, par le peintre et graveur français Jules Chadel (1870-1941)1, récemment révélé par une exposition au musée d’Art Roger-Quilliot, à Clermont-Ferrand2, la galerie Prodomus présente à Paris un ensemble d’œuvres de Jean-Baptiste…
août 21, 2017

A propos de l'exposition "Cézanne. Portraits" au Musée d'Orsay

Paul Cézanne, La Vieille au chapelet, 1895-1896, huile sur toile, 85 x 65 cm, Londres, The National Gallery. Cézanne a peint des portraits dès le début de sa carrière de peintre dans les années 1862-1864 avec plusieurs têtes d’homme et de femmes, et un premier autoportrait (on peut noter que son intérêt pour la nature morte apparaît un peu plus tard,…
août 09, 2017

Deux expositions Cézanne en Suisse

  Cézanne, Village des pêcheurs à L'Estaque, vers 1870 (ou avant), huile sur toile, 42 x 55 cm, collection privée Sans qu’aucun anniversaire n’en soit la cause, deux expositions consacrées à Cézanne ont lieu quasi simultanément en Suisse cet été : Paul Cézanne. Le Chant de la terre, à Martigny (Valais), à la Fondation Pierre Gianadda, du 16 juin au 19 novembre,…
Paul Cézanne
avril 15, 2015

Achille Emperaire, 1829-1898

in Paul Cézanne

by Paire alain

Un fusain d'Emperaire qu'on pourrait rapprocher de Maillol, format 23 x 29 cm, collection particulière (photo Xavier de Jauréguiberry). Achille Emperaire, vie minuscule. De dix années plus âgé que Cézanne, Jean Joseph Achille Emperaire était né à Aix-en-Provence, le 16 septembre 1829. Ses parents habitaient le n°49 de la rue d'Italie ; ce fut le lieu de sa naissance. Sa mère avait pour nom de jeune fille Françoise Emilie Elisabeth Aubert. Françoise Aubert naquit à Marseille le 28 avril 1796, elle mourra à l'âge de 44 ans. Elle appartenait à une famille de négociants marseillais ; on peut supposer qu'elle était…
février 26, 2015

Août 1961 : huit toiles de Cézanne volées au Pavillon de Vendôme d'Aix-en-Provence !

in Paul Cézanne

by Paire alain

Cézanne, Pyramide de crânes, huile sur toile, 39 x 46 cm (collection Feichenfeldt, Zurich). Peu de gens en ont conscience ou bien souvenir, presque personne n'en parle ... Les Aixois et les amateurs d'art ont préféré refouler des événements qui ne sont pas glorieux : l'été de 1961 fut pour l'oeuvre de Cézanne et pour le destin des musées d'Aix-en-Provence une saison dévastatrice ! En ce temps-là, Henry Mouret était maire d'Aix-en-Provence depuis 1945. Son conseiller municipal chargé de la culture, l'avocat Jacques Raffaelli voulait faire du Pavillon de Vendôme un pôle d'attraction majeur pour les touristes et le public…
février 08, 2015

Au Metropolitan Museum de New York, Hortense Fiquet, le modèle préféré de Cézanne

in Paul Cézanne

by Paire alain

  Madame Cézanne aux hortensias, 1885, crayon et aquarelle, 30,5 x 46 cm, collection privée. Paul Cézanne rencontra Hortense Fiquet à Paris, au début de l'année 1869. La jeune femme travaillait en tant que brocheuse dans un atelier de reliure. Elle était née dix-neuf ans plus tôt à Saligney, un village proche de Besançon. D'origine modeste, ses parents s'étaient établis à Paris en 1854 ; sa mère était décédée depuis 1867. Après la déclaration de guerre de juillet 1870, Hortense rejoignit Cézanne en septembre dans la maisonnette qu'il avait louée à l'Estaque, pour se cacher et ne pas devoir s'engager…
Jean Planque
janvier 25, 2010

La Fondation Jean Planque rejoint le musée Granet

in Jean Planque

by Paire alain

A deux reprises, en l'espace de dix ans, le musée Granet aura bénéficié de deux donations exceptionnelles qui l'ont hissé parmi les musées de province les mieux dotés pour ce qui concerne les années cinquante et soixante du vingtième siècle. En l'an 2000, un premier bienfaiteur qui préféra longtemps conserver l'anonymat, un enseignant et chercheur scientifique de haut niveau, par…
avril 07, 2013

Entretien avec Florian Rodari : Jean Planque et "Surgis de l'ombre"

in Jean Planque

by Paire alain

Alain Paire : Grâce au soutien de la Communauté du Pays d'Aix, en accord avec la Ville d'Aix-en-Provence et Bruno Ely, le directeur du musée Granet, mardi 21 mai 2013, tu auras la joie d'inaugurer dans la chapelle des Pénitents Blancs, les espaces permanents qui permettront de déployer l'essentiel de la collection Jean Planque. Un travail colossal s'accomplit, un calendrier…
mai 06, 2013

Florian Rodari : la Revue de Belles-Lettres, les éditions de La Dogana et la Fondation Jean Planque

in Jean Planque

by Paire alain

"Sur la pointe du Grand Canal de Venise, La Dogana". On trouvera sur ce lien, une actualisation de cet article. Entretien avec Florian Rodari, 15 novembre 2014 Son père, André Rodari était journaliste à la Tribune de Genève, il s'occupa longtemps de rubriques sportives et de chroniques judiciaires. Né en 1949, Florian partage son temps entre la Suisse et Paris. Son frère…
1994-2013, les expositions de la galerie
juin 21, 2015

Philippe Jaccottet / Alberto Giacometti

Montagne à Maloja, lithographie de Giacometti, 1957 Giorgio Morandi ou bien Anne-Marie Jaccottet, dans une moindre mesure Gérard de Palézieux, sont sans doute les artistes sur lesquels Philippe Jaccottet a…
juin 15, 2015

Dessins de Kamel Khélif

Exposition " Dessins de Kamel Khélif". Jusqu'au samedi 25 avril, ouvert du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30. Exposition programmée dans le cadre de la…
juin 14, 2015

Michel Houssin, foules en fugue, visages et paysages

Arles, dans l'atelier de Michel Houssin, dessin de la série "Passants", format 50 x 150 cm (photographies de Chris Chappey). Pour appréhender l'oeuvre graphique de Michel Houssin, on découvrira la…
mai 17, 2015

Jean-Claude Hesselbarth, 1925-2015, un peintre proche ami de Jaccottet

Jean-Claude Hesselbarth a quitté son épouse Liliane et ses amis le mercredi 13 mai 2015, il était âgé de 90 ans. Avec l'aide de Nicolas Raboud qui s'était chargé du…

Les qualités de son regard, sa gentillesse et sa probité ne furent jamais mises en doute : la chose ne fut jamais discutée, Jean Ely est par excellence le photographe d'Aix-en-Provence. Sans pour autant songer à trahir le moindre secret, ce personnage un rien énigmatique, cet homme courtois et bienveillant semblait incarner et connaître toutes les nuances et toutes les bifurcations, toutes les strates et toutes les physionomies du passé de sa cité.

Les vies antérieures d'Aix-en-Provence

En sa présence, la saveur d'une époque disparue, les indices majeurs d'un espace-temps irrémédiablement lointain resurgissaient. Avec quelquefois d'immenses bouffées de nostalgie, la conversation de Jean Ely, la manière qu'il avait de révéler et de commenter les images qu'il avait réalisées ou bien qu'avait recueillies son père et son grand-père, reportaient irrésistiblement en amont, du côté de la ville d'antan, celle qui n'avait pas plus de cinquante mille habitants. En noir et blanc et en argentique, Aix ressemble aux lignes mélodiques du mystérieux climat des provinces italiennes transmises par le cinéma néo-réaliste de la péninsule.


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Rue Thiers et Place du Palais de Justice / Vue d'une fenêtre de la rue Peiresc, vers 1900". Photographie Henry Ely

La photographie appartient souvent aux êtres rêveusement silencieux qui s'étonnent lorsque d'étranges rémanences, des fragments d'un inaccessible passé viennent déborder le présent d'aujourd'hui. Un auteur inimitable appelle cela "Le temps retrouvé". Près de l'immuable porte vert sombre du studio Ely, derrière l'une des vitrines du passage Agard, rien n'est plus émouvant que de pouvoir contempler les photographies depuis si longtemps punaisées qui évoquent les jounées d'août 1944.

Pendant les courtes années de l'après-Libération, la ville conservait intra-muros ses dimensions les plus authentiques : Aix-en-Provence avait ses moments de charme intense et de rémission, son silence et sa clarté. Circuler parmi les rues qui sont aujourd'hui piétonnes, ranger son véhicule dans la proximité de la Place de l'Hôtel de Ville ne posait pas de problème majeur. Pour savoir si le tramway de Marseille n'avait pas trop de retard, quelques-uns se penchaient comme des indiens parmi les lignes qui aboutissaient au terminus des Oblats : les voyageurs retouvaient le sourire, la sempiternelle navette n'avait pas trop d'embarras, la rumeur du tramway qui s'annonçait faisait vibrer les vieux rails ...

"Temps retrouvé"

Achevé d'imprimer chez Paul Roubaud, un catalogue de belle ampleur en garde mémoire. Distribuée dans quatre lieux d'Aix-en-Provence - Musée Granet, Cité du Livre, Pavillon de Vendôme et Musée des Tapisseries  - une attachante exposition retraçait dans le courant de l'été 1995 la carrière du studio Ely. Cet événement muséologique fut l'oeuvre de l'un des quatre fils de Jean, Bruno Ely qui exerce à présent parmi les institutions aixoises son travail de directeur de musée et de commissaire d'exposition : Bruno Ely est le conservateur du Musée Granet, il assumait pendant l'été 2009 la responsabilité de la grande exposition qui évoquait Vauvenargues, Picasso et Cézanne.

Quand survint l'événement, il n'était pas trop tard pour tenter de prendre la mesure de son travail : Jean Ely était âgé de 67 ans. Intitulée "La seconde et le siècle", l'exposition et le catalogue de 1995 rassemblaient une manière d'anthologie parmi le million de clichés qui constituent les très denses archives de la maison Ely. On y découvrait des référents extrêmement précieux, un faisceau d'images qui sont clé de voûte et qui relèvent de la connaissance la plus fine que l'on puisse avoir quant à l'histoire de la ville d'Aix.

Parce qu'il n'était jamais prétentieux, puisqu'il était doucement exigeant avec lui-même, Jean Ely affectionnait l'apparente routine de son métier de reporter-photographe du Provençal : il ne cessait pas d'apprendre. Sans y prendre vraiment garde, il se savait chaque jour capable d'apercevoir dans son objectif quelque chose qu'il n'avait pas encore expérimenté, un angle d'attaque inédit. Même lorsqu'il lui fallait faire un reportage à propos d'un évênement relativement banal - un conseil municipal, une remise de médaille ou bien l'image de quelques touristes qui traversent la ville - il espérait toujours découvrir sur ses clichés quelque chose qu'il n'avait pas encore capté. Lorsqu'on lui faisait des compliments ou bien quand il réfléchissait sur son métier, il répondait avec beaucoup de justesse que "bien faire, c'est faire tous les jours".

Une épreuve dont il parla toujours avec discrétion survint pendant sa jeunesse. C'était pendant l'été de 1944. Son père était recherché par la Gestapo : Hugo Ely avait quitté la chambre noire de son appartement du passage Agard, il se cachait dans la proche campagne. Pour des photographies que réclamaient la Gendarmerie et le Parquet d'Aix, ce jeune garçon de seize ans qu'on prénommait Jeannot se rendit dans le maquis du Fenouillet et du Vallon des Gardes, à Saint Antonin ainsi qu'à Jouques où des résistants qu'il fallait identifier venaient d'être fusillés. Il était missionné pour photographier les visages et les charniers de ces hommes souvent très jeunes qui venaient de mourir. Jean Ely n'a jamais oublié cette  séquence de sa vie.

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Résistants fusillés au Vallon des Gardes 16 août 1944.
 

Son impeccable politesse vis à vis d'autrui, son détachement en face des imprévus et des rebuffades de l'existence, son urbanité et ses évitements de chaque jour désarmaient les approches ordinaires. Excepté à propos d'une minuscule facette de son existence, pour la manière qu'il avait d'être souvent en retard et de "ne pas savoir à quoi ressemble une montre", je n'ai jamais entendu le plus petit reproche à son propos. Cet homme fut pendant toute sa vie profondément aimé et respecté. En dépit de sa mauvaise ponctualité, on lui pardonnait toujours : s'il n'était pas à l'heure, c'était parce que très souvent et quoi qu'on dise, le jeu ne valait pas la chandelle. S'il fallait recommencer la photographie de l'inauguration, ou bien attendre Jean Ely avec un brin d'impatience, c'était parce que cet antihéros pudique et réservé refusait de se prendre pour quelqu'un d'indispensable. Il savait qu'il ne devait en aucun cas modifier un style de vie rigoureusement irréfutable qui faisait le charme et le sel de son existence. Pendant plus d'un demi-siècle, au milieu d'un métier où les pressions, les convenances, les bouleversements, les ordres et les intimidations les plus irrationnels furent innombrables, Jean Ely préserva avec beaucoup d'humeur et de finesse son goût irrépressible pour l'indépendance et la liberté.

 
 
 
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André Masson dans son atelier de l'Harmas, 1950, photographie de Jean Ely.

Parce que certains événements relativisent définitivement les présences de tous ceux qui se prétendent grands et puissants, Jean Ely rappelait volontiers que deux uniques personnes l'avaient véritablement impressionné dans l'exercice de son métier : Winston Churchill et Charles de Gaulle. Avec des géants comme André Masson qu'il rencontra près du Tholonet, avec Pablo Picasso qu'il ne photographia qu'une seule fois et dans de très mauvaises conditions, avec Jean Giono ou Darius Milhaud qu'il appréhenda, par rapport à tous les hommes politiques, tous les notables, tous les artistes et tous les sportifs, en face de tous les gens de peu ou bien d'ailleurs dont il archiva les portraits, son  flegme et son naturel ne le quittèrent jamais. Ce qui lui importait prioritairement, c'était de rester  fidèle à lui-même tout en accomplissant son métier. S'adapter à toutes sortes de contingences, changer souplement d'ambiance et d'espace, glisser librement d'un point à l'autre de la ville, respecter les protocoles et les rituels qui relèvent de l'inimitable saveur d'une province, avoir assez de rigueur professionnelle et de discrétion pour ne pas se faire remarquer, ne pas mésuser du petit pouvoir de représentation que l'on détient quand on est un incontournable localier, telles furent les règles de conduite dont il ne se départit jamais.

 

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Arrivée rue des Cordeliers, 10 mai 1961, photographie de Jean Ely.

Ce "Bartleby" plein de tact et de doigté, ce photographe inusable et imprévisible qui faisait les choses et les gestes  nécessaires au moment où il fallait les faire, possédait une ultime qualité. Il y avait en lui suffisamment d'intelligence et d'humilité pour qu'il soit capable d'une suprême élégance. Où qu'il aille, cet étrange funambule ne s'appesantissait jamais. Jean Ely cultivait le don très rare de savoir se faire oublier et de s'effacer au profit de quelque chose d'infiniment précieux qui ressemble à la vie.

 

 

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En voici une preuve, parmi des centaines d'autres. En 1952, Jean Ely a 24 ans. Il longe les murs du lycée Mignet, remonte le Boulevard du Roi René et parvient à la hauteur du porche de l'Hôtel du Roi René. Sur sa photographie, un troupeau descendu de Manosque, une transhumance comme les chérissent les lecteurs de Jean Giono soulève des bruissements et des poussières qu'un studio de cinéma ne pourra jamais reconstituer. Pendant cette journée d'automne, Jean Ely campa souverainement la noblesse d'un jeune berger qui frayait magnifiquement la voie des bêtes et des chiens. Ce gardien de troupeau empruntait la pente immuable de sa voie de toujours ; il ne pouvait pas encore imaginer qu'un jour et très vite, un sens unique achèverait son monde et viendrait s'imposer parmi les courbes des remparts d'autrefois.


Alain Paire

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Bruno et Jean Ely

28 juin 2007, vernissage rue du Puits Neuf, Bruno et Jean Ely.

Sur cet autre lien, on trouvera un article à propos des images de Jean Ely et du Festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence.

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