Don Jacques Ciccolini
Don Jacques Ciccolini, Le massif de la Sainte Victoire,  huile sur toile, 74 cm x 112 cm, 2013.
Il y eut tout d'abord, c'était pendant le printemps de 2010, la découverte progressive d'une peinture,  l'invitation de Michel Fraisset qui m'incita à visiter à Pertuis l'atelier de Don Jacques Ciccolini. L'exposition  réalisée en co-production avec l'Atelier Cézanne, en mars / avril 2011 est un très fort souvenir. Route de Vauvenargues, dans une ancienne bergerie, Raymond Galle et son lieu proche des Lamberts s'étaient joints à l'Atelier des Lauves et à la rue du Puits-Neuf. Ce fut l'exposition de L'Atelier du Paysage, un catalogue en garde mémoire.
Après quoi, pendant l'automne 2012, se profilèrent une douzaine de grands formats pour évoquer d'Une rive à l'autre (titre d'un vaste tableau exposé jusqu'au 21 décembre 2013 chez Arteum - musée d'art contemporain - Châteauneuf-le-rouge) un singulier vaisseau-fantôme, le passage parmi les arches et des câbles de l'ancien Pont de Pertuis, à présent remplacé par une autoroute à quatre voies. Pour ce mois de novembre 2013, plusieurs orientations et thématiques se dessinent. La falaise de Saint-Eucher est revisitée, on redécouvre les lieux de prédilection du peintre, les berges de la Durance, le Pont Mirabeau qui rejoint Manosque, des vues de la Sainte-Victoire avec un bloc entier qui pourrait tomber en contrepoint des franges bleues du barrage de Bimont, une chapelle érigée sur un promontoire, un Jour d'automne à Repentance, ou bien encore des maisons isolées dans la nuit du souvenir. Le cinq décembre 2013, pour le démarrage de l'ultime séquence de la rue du Puits-Neuf qui accueille le souvenir et les menus travaux d'Achille Emperaire, on découvrira un grand format qui associe le vieil ami de Cézanne et son portraitiste. Dans un autre contexte, Don Jacques Ciccolini disait que 

"la force de la peinture", c'est "de faire resurgir des images perdues qui nous regardent".

Don Jacques Ciccolini

Don Jacques Ciccolini, Les deux petites maisons du canal, huile sur toile, 54 cm x 73 cm, 2013.

On pourrait évoquer la figure d'un inlassable promeneur, ce serait restrictif puisque dans ces tableaux, il s'agit toujours d'une plus fine résonance issue de l'inévitable collusion de l'espace et du temps. C'est à la fois infime et monumental, c'est solidement construit : une sorte de fugue,  la mémoire d'une contrée et d'un paysage qu'il faut continuer d'appréhender.
 
D'autres vérités nous sont livrées parmi les tonalités jaunes et bleues de la palette. Par ailleurs, mais il ne faudrait pas pour autant croire que cette exposition est plus sombre que d'habitude, certaines toiles font songer à la découverte d'un ex-voto dans l'incertaine pénombre des églises de campagne. La vie pourrait se retirer s'il n'y avait pas ici et là, des gestes et des rythmes qui s'esquissent, des traînées de lumière, des feux qui s'allument.
Dans ses toiles, Don Jacques Ciccolini fait souvent songer à un avant et à un après. Il y a ce qu'il livre immédiatement quand on découvre un nouveau tableau. Mais aussi et presque simultanément, de l'attente, de la justesse et de l'oubli, des rêves et des histoires enfouies, plusieurs régimes de perception. Parmi les ocres, les terre de Sienne et les brous de noix, surviennent des auras, des saveurs, des ruptures et de l'inattendu. De nouveaux accostages, un requiem et des remembrances qui ne s'épuisent pas, les journées, les saisons et les époques qui s'entremêlent silencieusement. L'une des plus belles toiles de cette exposition d'automne, c'est un format long comme il s'en concevait au XIX° siècle, un tableau qui mesure 37 x 83 cm. Don Jacques m'explique que pour le peindre, il a songé aux couleurs des galets qu'il ramasse en bordure de fleuve. Un autre ami, Gérard Allibert, m'indique que le bleu étrangement diffus de ces pierres a partie liée avec la fonte des neiges qui signe le retour du printemps.
Don Jacques Ciccolini
Don Jacques Ciccolini, Sainte-Madeleine, huile sur toile 37 cm x  83 cm, 2013.
 

Rimbaud l'écrivait très simplement : "J'y suis, j'y suis toujours". Ce qui parcourt souvent nos existences, ce n'est plus la guerre, ce n'est pas pour autant la paix. Nicolas Poussin, les voyages en Italie que Stendhal inventait, l'ombre du Grand Meaulnes sont hors d'atteinte. Je regarde les paysages de Don Jacques Ciccolini. Il me semble que j'écoute une forme de réflexivité qui ressemble à notre condition ici et maintenant, une injonction récemment mémorisée lors d'une émission de radio, Bob Dylan lorsqu'il chantait une dualité qu'il n'est pas besoin de commenter : "si vous n'êtes pas en train de naître, vous êtes en train de mourir".
Alain Paire
Exposition Peintures de Don Jacques Ciccolini, vernissage le jeudi 7 novembre 2013, à partir de 18 h. Jusqu'au 30 novembre. 30 rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence, ouvert du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30. Don Jacques Ciccolini est également présent dans l'exposition 19 ans de galerie, Arteum, musée d'art contemporain, Châteauneuf-le-Rouge, du 13 novembre au 21 décembre 2013, cf ce lien.
Sur le site de la galerie, d'autres articles à propos de Don Jacques Ciccolini. Un entretien sur ce lien, une video de François Lejault sur cet autre lien.
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