Georges Guye baignade_au_bord_du_lac

Baignade au lac, 160 x 300 x 190, sculpture de Georges Guye, résine polyester et grillage, photographie de Pierre Vallauri.

 

Quatre personnages, trois adolescents et puis une quatrième silhouette, davantage intriguante, presque spectrale. Cette personne subsidiaire est assise dans un écart sur la droite. Porteuse de lunettes, méditante et vraisemblablement plus âgée, elle arbore son armature de grillage. A la différence des trois autres personnages, son incarnation est minimale ou bien fantômatique : la résine n'a pas revêtu son apparition. L'ensemble s'intitule La Baignade au bord de l'eau, Georges Guye l'avait réalisé en 2004.

Les personnages ont taille humaine, les blocs de pierre et les pavés qu'ils surplombent ne sont pas minuscules. Cette pièce ne fut qu'une seule fois présentée au public, lors d'une brève exposition. Les familiers de l'atelier de Georges Guye la reconnaîtront immédiatement. J'ai la joie de présenter cette oeuvre jusqu'au 21 décembre 2013 chez Arteum, le musée de Chateauneuf-le-Rouge, à l'occasion de l'exposition 19 ans de galerie, pour laquelle Christiane Courbon et Pierre Vallauri m'ont convié.

 

Cela sonne comme un souvenir heureux d'adolescence. Trois jeunes gens auraient gravi un chemin dans la montagne. Ils font station depuis quelques moments, ils ont pris du temps pour nager, ils ont longuement marché au bord de l'eau. Ils surgissent parmi les pavements d'un gué, en bordure d'un lac qu'on imagine : dans cette sculpture, chaque élément est prioritairement voué à la mémoire des corps et au minéral. Pas d'inquiétude, ces trois personnes sont en connivence. La présence du quatrième personnage ne les préoccupe pas. Ils ne le perçoivent pas, ou bien l'ignorent délibérément.

 
Peut-être, ils vont jouer au ballon ou bien entreprendre je ne sais pas quelle chorégraphie. Exactement comme des footballeurs et des danseurs, chacun sait très bien comment l'autre se positionne. Ils sont nus et ne sont pas préoccupés par la pudeur. Ils  cohabitent parfaitement, la violence et l'agressivité d'autrui ne les concernent pas. On pourrait croire qu'on assiste à un moment de répétition. Plusieurs réflexes, certains automatismes silencieux sont en place : à ce geste des mains et des bras que l'un d'entre eux esquisse calmement, un autre viendra immanquablement faire écho. Une forte complicité, des habitudes souplement acquises font que ces trois êtres peuvent ne pas se parler : quelques attitudes, des avertissements et des mots d'ordre depuis belle lurette librement assimilés suffisent pour faire concorder leurs profils et leurs mouvements.

Peut-être un photographe a su les saisir, sans qu'un sens univoque puisse expliquer ce qui les réunit. C'est étonnamment stable, çà ne se laisse pas déchiffrer. Un moment d'arrêt et d'enchaînement, on ignore ce qui s'ensuivra : la seconde qui viendra pourrait se révéler anodine, ou bien provoquer une vraie surprise, rien n'est exclu. Ou bien encore, il s'agirait du souvenir fugace de ce moment heureux qui reflue soudainement vers l'un d'entre eux. Peut-être, ce serait le quatrième personnage assis à droite qui à présent s'étonne et s'interroge, en face de ce que sa mémoire a pu enregistrer.

 

Cette scène de groupe a la force enveloppante d'un rêve. Elle ressemble à la pointe fraîche d'une sensation. La vie va vraisemblablement séparer ces trois personnes. Curieusement, inexplicablement, ils ont suffisamment de complicité et de sobriété pour que leur vouloir-vivre ensemble, leurs amitiés ne s'effacent pas dans la clarté de cette journée.

 

Georges Guye baignade

Ils se protègent du soleil et de la chaleur, leurs ombres se dessinent sur la proche paroi d'un rocher ou bien sur une muraille. La coiffe de leur chapeau est parfaitement géométrique. Irrésistiblement, on songe aux cônes et aux pointes qui servent de couvre-chef aux personnages de Piero della Francesca. Ces trois-là ne viennent pas d'Arezzo, ils ne sont pas à la recherche de la vraie croix. Rien qui soit fragile, une réelle tranquillité les habite. Ils n'obéissent pas à un rituel, leurs gestes et leurs attitudes ne sont pas complètement régulés. Pourtant, notre souffle se retient lorsque nous les découvrons : il y a quelque chose de solennel, de l'indéfinissable et du presque magique dans leur apparition.

 

Cette sculpture pourrait susciter d'autres réminiscences. Puisque nous aimons les schémas et les anecdotes de l'histoire de l'art, nous avons tout aussi bien envie de songer aux Trois âges de la vie ainsi qu'aux  adolescences heureuses de Jean-Baptistin Baille, Emile Zola et Paul Cézanne, lorsqu'ils se retrouvaient ensemble, sur les bords de l'Arc, ou bien près du barrage de Bibemus.

Chacun viendra méditer et songer en face de cette pièce doucement dérangeante. A Châteauneuf-le-Rouge, jusqu'au 21 décembre, on apercevra deux autres pièces de Georges Guye. Des figures de lutteurs ainsi qu'un ensemble de plus petite dimension, une pièce en plâtre pour d'autres raisons profondément énigmatique. Cette sculpture est inspirée par une brève page de Batailles dans la montagne de Jean Giono. Georges Guye appelle cette pièce Le moribond, la bergère et sa chèvre. En voici l'image, il s'agit également d'une photographie de Pierre Vallauri.

 

Georges Guye, sculpture

Le moribond, la bergère et sa chèvre, 65 x 35 x 40 cm.

Ces deux sculptures de Georges Guye seront présentées du 13 novembre au 21 décembre 2013 chez Arteum, musée d'art contemporain de Châteauneuf-le-Rouge.  

Exposition 19 ans, galerie Alain Paire. Dessins, toiles, photographies et sculptures de Jean Amado, Vincent Bioulès, Jean-Pierre Blanche, Don Jacques Ciccolini, Jean-François Coadou, Yvan Daumas, Alain Fleischer, Sylvain Gérard, Georges Guye, Michel Houssin, Kamel Khélif, Florence Laude, Gabriel Laurin, Myriam Paoli, Annick Pegouret, Serge Plagnol, Jean Pecoul, Louis Pons et Bram van Velde.

Commissariat de l'exposition Christiane Courbon, Alain Paire et Pierre Vallauri. Un catalogue de 56 pages est publié en cette occasion. Pour ce catalogue, la maquette de Gérard Rocherieux réunit des images des travaux de ces artistes ainsi que des témoignages de Gérard Allibert, Cyril Anton, Chris Chappey, Jacques Corrieu, Christiane Courbon, Michel Fraisset, Florence Laude, Alain Madeleine-Perdrillat, Juan Melo-Barbera, Annick Pegouret, Florian Rodari et Pierre Vallauri.

 

Arteum musée d'art contemporain, Le Château RN 7, 13790 Châteauneuf-le-Rouge, deuxième étage de l'Hôtel de Ville, téléphone 04.42.58.61.53. Musée ouvert du mercredi au samedi de 14 h à 18 h pendant les expositions temporaires. Jusqu'au 21 décembre.

 

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