Max Schoendorff

L’Embaumeur, 2000, lavis d’encre sur polyart, 90 x 64 cm.

Théâtre des origines, texte de Florian Rodari


[…] Mais de quelle contrée le peintre fait-il donc la relation ? Ne nous leurrons pas, les titres inscrits en bas de page, à droite, s’ils donnent bien une orientation à la feuille, ont été attribués après coup. Bon nombre d’entre eux confirment néanmoins que nous sommes plongés dans le chaos des origines, dans ces atomes de seconde qui ont suivi le grand chambardement initial. Tout est encore en devenir, aucune sorte de hiérarchie, d’ordre ou de perspective n’a encore été mise en place.


A vrai dire, Schoendorff semble nous introduire dans un spectacle d’avant la vue, avant même que celle-ci ait pu se constituer en organe de perception. On est brutalement jeté dans les remous d’une sauce primordiale, au milieu d’éléments formels aux contours encore indécis dont les chocs et les croisements vont peu à peu élaborer un « système » qui fera que l’on pourra voir. Pour l’instant, ce qui se déploie sous notre regard médusé, ce sont bien les éléments constitutifs de la vue, et leurs mouvements spontanés, inconscients, qui vont permettre à cette dernière de s’organiser. Mais rien ne semble encore décidé : l’œil découvre moins des formes que les efforts de ces formes vers un possible aboutissement.


[…]

L’art de Schoendorff nous place en fait, dans cette série de surprenants lavis, au cœur d’un jeu de miroirs grâce auquel on peut observer, au premier clignement de l’œil comme à chaque secousse du corps, un nouvel aspect du monde. Le procédé rappelle les petites chutes des barrettes à l’intérieur du kaléidoscope où le moindre déplacement du tube redistribue les cartes et recompose une nouvelle figure : alphabet aux infinies variations possibles, mais d’un texte unique. Tout se passe comme si l’on tournait les pages d’un livre dont le contenu aurait été brassé et qu’il s’agirait de recomposer à partir de ses débris. Le sens n’aurait plus tellement d’importance, ce qui unirait le tout serait précisément la capacité qu’aurait le sens à se fragmenter, à s’éparpiller. D’ailleurs il est à noter que ces images peuvent se lire aussi bien de haut, par en dessus, que de face. Il ne semble pas qu’il y ait de direction donnée, on est en permanence jeté cul par-dessus tête.



« Théâtre des origines »à paraître en accompagnement de vingt-neuf lavis de Max Schoendorff.

Max Schoendorff

Le Tunnel Nord-Est, 2000, lavis d’encre sur polyart, 90 x 64 cm.

Estampes, dessins et photographies, exposition Surgis de l'ombre, du mardi 21 mai au samedi 27 juillet 2013. Vernissage à partir de 18 h, le mercredi 22 mai, 30 rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30 ou sur rendez-vous, tél 04.42.96.23.67.

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