Jacques Berthet Olviers
Olivier, Espagne, photographie de Jacques Berthet.

L'atelier dans les arbres, texte de Florian Rodari.

Le flux de la lumière qui est captée par l’objectif, ses ruissellements le long des troncs, ses sursauts continuels, la multitude des structures qu’elle permet de différencier à la surface du bois, sont entre les mains du photographe, avec le recours au langage du noir et blanc, les instruments essentiels de son art. En l’occurrence, il est vrai que tout ajout de couleur apparaîtrait superfétatoire. Les possibilités expressives qui se dégagent des seuls jeux du noir et blanc sont en effet infiniment plus riches que les renseignements quasi scientifiques que permet la couleur. Car celle-ci, et singulièrement en photographie, a tendance à bloquer le regard et, en s’attardant aux détails, à l’orienter dans une direction définie alors même que l’esprit humain, dans sa traduction des émotions affectionne plutôt l’inachèvement et le désordre : par instinct – d’autres prétendent par affirmation de soi –  l’œil artiste préfère en effet compléter de lui-même les lacunes ouvertes dans la réalité, en dehors d’une information trop précise. C’est pour cette raison que nombreux sont les photographes qui privilégient aujourd’hui encore le pouvoir d’allusion contenu dans le binôme noir/blanc et préfèrent sa rigueur, ses contraintes, à la description prosaïque et au pittoresque trop complaisamment mis à disposition par la couleur.
On entend parfois dire : ah, tel photographe a de « beaux noirs ». Mais qu’entend-on vraiment par cette formule ? Avoir de beaux noirs pour un photographe, c’est avant tout avoir su faire prendre conscience que ce noir résultait d’une infinité de gris, échelonnés en d’infimes gradations de la lumière. Quelque chose de comparable à l’accord qui, en musique, réunirait toutes les notes. Mais pas seulement : qui réunirait à côté de celles-ci tous les intervalles entre les notes, toutes les harmoniques, voire tous les soupirs. Un beau noir, ce n’est pas un noir profond, c’est un noir parvenu au terme de la gamme des gris.

/>
Jacques Berthet Oliviers 1
Oliviers, Vallée du Pleistos, Grèce, photographie de Jacques Berthet.
Le peu d’étendue du « spectre chromatique » de l’olivier, circonscrit aux teintes pâles, elles-mêmes retenues au bas de l’échelle chromatique, nourrit, naturellement, pourrait-on presque dire, la réflexion du photographe sur les valeurs. De même, le réseau très ouvert de son feuillage, filtrant à grain très fin le passage du flux lumineux, contribue à l’élaboration d’un langage raffiné et infiniment mobile. Avec un coquelicot, par exemple, qui s’élève souvent dans les parages, au pied des troncs, la chose serait toute différente : dans ce cas, en vertu de la pigmentation vive accumulée jusqu’à saturation dans la membrane du pétale, il y a arrêt, et la couleur s’impose. Contre-exemple parfait de l’olivier, le coquelicot est un condensé du flux, une flamme. Dans le rouge de la fleur, la lumière ne passe pas, elle brûle : flamme, braise, qui se consume sur place et pousse son cri, quand l’olivier poursuit sereinement sa petite chanson.

Extrait de « L’atelier dans les arbres », texte d’introduction au livre de Jacques Berthet, Oliviers, Editions Hazan, Paris 2009
----------------------------------------
Estampes, dessins et photographies, exposition Surgis de l'ombre, du mardi 21 mai au samedi 27 juillet 2013. Vernissage à partir de 18 h, le mercredi 22 mai, 30 rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30 ou sur rendez-vous, tél 04.42.96.23.67.
D'autres renseignements sur ce lien.

Mon Compte

Mot de passe oublié ? / Identifiant oublié ?