Jon Goodman
Feuille de chou, héliogravure de Jon Goodman.

Graver la lumière, texte de Florian Rodari
L’une des préoccupations majeures des graveurs de toute époque aura consisté à obtenir un effet de plénitude à l’aide du simple couple noir-blanc. Pour y parvenir il ne faut pas seulement accorder aux encres, et au papier qui les recevra, un soin jaloux. Il faut savoir jouer sur les valeurs et les accents, il faut connaître les forces d’un intervalle blanc, la capacité de rééquilibrage possédée par une ligne, par une simple orientation de la lumière. Quelques traits noirs inscrits dans le blanc ne font pas seulement, chez Piranèse ou chez Rembrandt, un gris, ils indiquent aussi une heure, une saison, une qualité de la pierre ou du feuillage, une densité de l’éclat lumineux. Cependant cette information n’est pas seulement donnée par la science avec laquelle le graveur dessine, arrête ses traits et les espace, mais aussi par le fait que ces traits ne sont pas seulement tracés, mais gravés, c’est à dire creusés en profondeur dans le cuivre et que, comme tels, une fois démoulés sur la feuille, ils possèdent une épaisseur. La gravure, du moins, la gravure en taille-douce, a un secret, et ce secret consiste en ce qu’elle est aussi de la sculpture. Dans les images obtenues grâce à la technique de l’héliogravure – capable grâce aux combinaisons de l’aquatinte et d’un matériau photosensible – de graver la lumière, la profondeur de la taille a beau être infinitésimale, elle offre à l’œil sensible cette dimension supplémentaire que les tirages photographiques aux sels d’argent ne permettent guère.

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Jon Goodman
Silver Valley, héliogravure de Jon Goodman.
[…] Chez Jon Goodman, qui a réinventé dès le début des années 80 ce magnifique procédé auxquels eurent recours au début du XXe siècle quelques-uns des plus célèbres photographes américains, comme Stieglitz, Strand ou Steichen, il est difficile de dissocier ses images de sa connaissance du métier tant elles semblent appeler la restitution par la plaque gravée. Goodman privilégie en effet toute surface, matière ou structure où la lumière dessine en passant son texte silencieux : sources ou rivières d’eau courante, parois rocheuses, sous-bois touffus, feuilles de choux et grands arbres restituent une incroyable variété de gris – perle, rose, vert ou argent, pâle ou profond, transparent ou opaque, scintillant, stagnant, immobile ou frémissant – qui exaltent dans toutes leurs nuances sensibles les vertus de son instrument.
Extraits de Graver la lumière, catalogue d’exposition Musée Jenisch, Cabinet cantonal des estampes, Vevey, 2002-2003

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Estampes, dessins et photographies, exposition Surgis de l'ombre, du mardi 21 mai au samedi 27 juillet 2013. Vernissage à partir de 18 h, le mercredi 22 mai, 30 rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30 ou sur rendez-vous, tél 04.42.96.23.67. D'autres renseignements sur ce lien.

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