Burkgard
Rio-Negro, héliogravure.

Balthasar Burkhard, déclics, texte de Florian Rodari


[…] Le grain auquel le photographe accorde tant de soin dans ses clichés ajoute ainsi au trajet fulgurant de l'œil l'appréhension, lente mais apaisante, par les mains, des matières et des formes. Alors que les autres organes des sens sont des orifices étroits, des portes exactement situées et capables de se refermer sur la sensation pour la distiller à l'intérieur, le toucher est répandu partout en désordre à la surface du corps. A la fois gauche et vulnérable, il s'attarde, palpe, érotise la vision, la dote de mille antennes préhensiles d'une grande excitabilité qui captent les émissions échappant au regard: par ces canaux la lumière court à fleur de peau, déclenche le flot des correspondances; le « piqué » de l’image restitue un frisson de vie au sol, une irritation soudaine dans les feuilles, tel battement douloureux au creux d'une fleur, d'un sexe; enfin la prodigieuse précision de l'instantané ébranle peu à peu toute la chaîne des réactions synesthésiques, entraîne celle des résonances et connexions formelles, tandis que cadrages, réglages, distorsions, agrandissements et impressions, détournant les cours ordinaires, déboîtant les mécanismes, font franchir à l'esprit des océans de distance, associant la goutte de l'infusoire aux orbites des plus lointaines planètes, le torse d'un homme aux piliers d'un temple ruiné, et, en cascade, le bois, la pierre, le son, le mat, le moite, la pluie, la bouche, le vent, la femme, le temps, le Japon, soies, corolles, aisselles, nuages, à l'infini.

Tel est le pouvoir de la métaphore. Encore faut-il savoir en user avec sagesse et lui conserver le degré de tension nécessaire et suffisante pour que le saut de signification qu'elle favorise ne lasse point, par la répétition, l'excès d'étrangeté ou le simple attrait pour la trouvaille. Burkhard échappe à ces risques parce qu'il est un vrai poète que plus aucune limite de genres ne borne et que sa poésie naît d'une maîtrise des moyens techniques telle que désormais toute expérience, même la plus intime, lui est entièrement soumise.


Extrait du catalogue d’exposition Balthasar Burkhard, Eloge de l’ombre, Musée Rath, Genève 1997

Balthazar Burkhard
Maiko, helliogravure.

Estampes, dessins et photographies, exposition Surgis de l'ombre, du mardi 21 mai au samedi 27 juillet 2013. Vernissage à partir de 18 h, le mercredi 22 mai, 30 rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30 ou sur rendez-vous, tél 04.42.96.23.67. 
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