Jacques Hartmann
Jacques Hartmann ou les vertiges du lieu commun
N’en déplaise à ceux qui prétendent que l’art du peintre ne saurait échapper désormais aux contaminations de tous ordres que dictent à la sensibilité contemporaine le poids de l’histoire et la dévaluation accélérée à laquelle semble être soumise toute nouvelle image apparue, il existe des œuvres qui maintiennent avec le donné immédiat des sens des relations franches, n’excluant pas pour autant la plus haute exigence spirituelle ; des artistes qui préfèrent le choc de la prose aux savantes figures du mythe, questionnant assidûment ce qui leur fait face, ce qui occupe en permanence le champ de leur regard avant que de céder aux pièges de l’exotisme ou aux méandres de la représentation symbolique. De se frotter à l’évidence des choses n’est pas une tâche moins ardue, faut-il le rappeler, que de se confier aveuglément aux abstractions. Et si, d’un côté, il est parfaitement légitime de penser que tout a été vu en art, que tout a été dit (et qu’un tel état de chose appelle effectivement la conquête de nouveaux territoires), il n’est pas moins vrai que l’on peut également estimer que rien, jamais, n’a été réellement vu, ni dit, de sorte que l’on se trouverait à chaque fois dans la situation d’une absolue nouveauté, et cela même en répétant des motifs familiers, en se servant d’instrument existants, en reprenant les mêmes départs.
A cet égard la démarche de Jacques Hartmann est exemplaire : car elle commence par nous rappeler à l’aide de lieux communs bien sentis (tels la table chargée d’objets, l’atelier encombré, la fenêtre, la rue, le jardin ou le paysage) que n’importe quel point de vue – même à ras de terre – peut favoriser des métamorphoses illimitées du monde. Avec un naturel qui fait figure de paradoxe audacieux de nos jours, il déclare que l’apparente simplicité des thèmes, la médiocre qualité des objets qui forment le prétexte de ses images, ne rejettent en rien l’abondance et la complexité des questions ; il dit qu’il n’est pas nécessaire de sortir loin de chez soi et de recourir aux savantes géométries du concept pour se heurter aux pièges et énigmes les plus ardus du visible, enfin que le spectacle banal sur lequel nous portons notre regard quotidiennement favorise sans doute mieux que tout autre les jeux de l’illusion et de la réalité dont le peintre s’est depuis toujours voulu l’expert.
Nulle nostalgie pourtant dans ce choix de Jacques Hartmann, qui – comme chez bon nombre de ses pairs – évoquerait, par la facture des pâtes, par l’agencement des lumières ou de l’espace, la quête d’un idéal perdu, nul état d’âme non plus, servant à prononcer un réquisitoire contre la force du présent. Le mot à mot que le peintre fait subir dans son approche au donné visuel est si serré que paysages ou objets prétextes perdent en fait au cours de cet examen toutes les références qui n’appartiennent pas en propre à son art. Le motif disparaît ainsi sous nos yeux dans l’admirable variété du trait de crayon, il passe tout entier dans la structure que dessine la pointe, dans l’appel physique de la touche colorée, réalisant cette fusion entre matière et esprit que toute vraie peinture opère inévitablement dès qu’elle s’abandonne, libre et confiante, aux privilèges qui la définissent.
Florian Rodari

Extraits du catalogue d’exposition Jacques Hartmann. Peintures et dessins, Galerie Berggruen, Paris 1988.

Estampes, dessins et photographies, exposition Surgis de l'ombre, du mardi 21 mai au samedi 27 juillet 2013. Vernissage à partir de 18 h, le mercredi 22 mai, 30 rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30 ou sur rendez-vous, tél 04.42.96.23.67.  
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