Tal-Coat
Lavis de  Pierre Tal-Coat, collection particulière.
Installé dès le milieu des années quarante sur les lieux mêmes où Cézanne avait aiguisé sa petite sensation, Tal-Coat s'est donné pour tâche de capter sans répit ce moment de l'acte perceptif où la flèche du dehors heurte la rétine de l'observateur et submerge sa sensibilité, instant bref d'avant la désignation, espace étroit où nous sommes saisis du phénomène avant que nous ayons eu le temps de lui fixer un ordre, de lui donner une forme, avant que nous ayons pu le classer selon nos modes inculqués ou notre culture. Faille, abrupt, par où s'engouffre soudain le flux du vivant, nous rendant perméables à la durée et à l'espace. L'attirance pour l'art préhistorique, par exemple, chez cet artiste, n'a pas d'autre raison d'être. L'appréhension du monde sur les parois de Lascaux témoigne d'une vision face au danger, de l'homme nu, sauvage, dans laquelle les limites ne sont jamais prédéterminées, et encore moins acquises, les directions demeurent ouvertes, l'espace courbe, la menace permanente. Tal-Coat est persuadé que l'artiste doit renouer avec une représentation du monde qui ne soit plus mise en spectacle d'une aventure personnelle aux aspects psychologiques plus ou moins complexes mais fusion avec le monde des phénomènes élémentaires, bref un art qui fasse entendre ce qu'Ossip Mandelstam appelait dans son poème «l'axe de la terre, l'axe de la terre», cette totalité du sensible que lui-même s'efforcera au cours des ans d'identifier sous le terme de courbure.
Pourtant le peintre ne s'est jamais leurré: il savait que son désir d'une innocence primitive revenait à traverser les épaisseurs de la mémoire. Cet état d'enfance qu'il revendiquait, et dont il gardait la marque profondément enfouie en lui, Tal-Coat savait qu'il devait travailler à le reconquérir: tous ses efforts, dans l'observation et la recherche de matériaux appropriés, ont visé à partir de ce moment-là à acquérir les moyens de faire réapparaître ce moment du surgissement.
Florian Rodari

Extrait du catalogue d’exposition Tal-Coat devant l’image, Musée Rath/Genève – Musée d’Interlinden/Colmar, Musée Picasso/Antibes 1997.

Estampes, dessins et photographies, exposition Surgis de l'ombre, du mardi 21 mai au samedi 27 juillet 2013. Vernissage à partir de 18 h, le mercredi 22 mai, 30 rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30 ou sur rendez-vous, tél 04.42.96.23.67. 
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Pierre Tal-Coat
Sans titre, aquatinte de Pierre Tal-Coat.

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