Peinture de Louis Brauquier

Dans Marseille-Hebdo, en avant-dernière page, un texte bref et une image paraissent ce jeudi 2 mai 2013. C'est un signe d'une incroyable longévité, un bienfait qui se renouvelle chaque semaine depuis bientôt treize ans - sa première chronique fut diffusée par Marseille-Hebdo le 30 septembre 2000 - Michéa Jacobi écrit en toute liberté. Un seul regret : cette fois-ci, le chroniqueur n'accompagne pas d'une linogravure son papier. En guise d'illustration, il reproduit seulement le tableau de Louis Brauquier. Voici son texte :

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"J’ai dessiné en blanc une dame – pour laquelle Geotte a posé – qui est couchée enveloppée d’un paréo sur une couche devant la fenêtre, mais c’est le blanc qui m’inquiète : c’est devenu un fantôme que je ne parviens pas à exorciser…". Ainsi le poète Louis Brauquier commente-t-il l'un des tableaux qu’on peut voir actuellement à la galerie Alain Paire. C’est une toile intitulée Le Vallon doré vu de l’Escale. Il l’a peinte à Nouméa en 1959. Le texte et la peinture, comme à chaque fois chez Brauquier, sont inséparables. On dirait même que tout se passe entre les deux. Entre l’illusion de transcrire l’instant dans des mots et celle de le figer dans des formes et des couleurs, entre le tracas de trouver le rythme et la patience de parvenir à l’harmonie, entre l’ouïe et la vue. Là est l’ineffable fantôme. Là se situe une sorte d’absence ou de flottement, dans lequel Brauquier peut verser toute sa poésie et tout son désir de poésie. Et tant pis pour ceux qui pensent qu’il est un vrai poète et un peintre d’occasion. "Je voudrais qu’il n’y ait que des peintres du dimanche et que durant cent ans on nous fiche la paix avec les autres qui encombrent les cimaises des musées, des collectionneurs et des marchands" a écrit Blaise Cendrars.

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Quand ils s'obstinent et s'ils ont du talent, ceux qui travaillent en périphérie deviennent un jour des personnages qui se hissent jusqu'au centre. Michéa Jacobi est un créateur merveilleusement polyvalent. Il a de l'humour, de la passion et de l'invention. Il s'est doté d'instruments qui lui permettent de faire fructifier ses talents : Jacobi est à la fois écrivain, chroniqueur, artiste-graveur créateur d'abécédaires et puis depuis quelques temps, auteur de deux blogs étonnamment réjouissants.

Sur le blog Michéa Jacobi / You tube, on trouve une quarantaine de petites unités dans lesquelles leur auteur regroupe des voix, de la musique, des clips, du texte et des images. J'invite à découvrir au moins deux merveilles. Tout d'abord sur ce lien, une leçon de rimes "Elle m'oublie" : en version "autocarisée", une chanson autrefois interprétée par Johnny, un malheureux en amour qui compte des étoiles dans une nuit de fin d'été : "il est déja trop tard, elle a pris le premier autocar, le chauffeur fatigué cherche un restaurant". Sur d'autres fragments, voici Catherine Sauvage qui chante la belle de mai, on retrouvera Mouloudji qui chante le Rhône, des facteurs secourables, Claude Nougaro, les superbes Désordres de Bernard Venet tels qu'ils se profilent provisoirement du côté du Pharo, un bal très pauvre et très banal ou bien le savon de Marseille de Jo Corbeau. Il faut regarder cette série de sketches pleins de tendresse, de raffinement, d'art brut et d'ironie ; le meilleur d'entre eux c'est peut-être, en moins d'une minute sur ce lien, une série de vingt-six portraits de clowns dont l'apparition est ponctuée par des accords d'Erik Satie, "en habit de cheval".

Après quoi, on se dirigera du côté d'un récit des scénarios du mille-feuilles de Marseille-Provence 2013. L'occasion fait le larron : depuis deux mois, Michéa Jacobi, sur ce lien, expérimente, enregistre et invente de nouveaux modes de narration, multiplie les prises de vue, les cibles et les ouvroirs de littérature potentielle, raconte Rudy Ricciotti et les résilles du Mucem, marche avec des randonneurs sur des sentiers proches de Vitrolles, s'en va voir César aux Archives départementales, regarde la dream machine de Bryon Gysin ou bien contemple les tableaux de Kermarrec et de Crémonini au musée Ziem de Martigues.

Je recopie plus bas la bibliographie de Michéa Jacobi, je veux profiter de cette incise pour signaler le livre publié en 2012 par Jacques Damade : Walking Class Heroes / De quelques marcheurs, j'ai mis en ligne un article à propos de cet ouvrage de Jacobi, sur ce lien du site Poezibao de Florence Trocmé.

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Il faut également se procurer la superbe anthologie qu'il publie aux éditions Parenthèses à propos de la littérature qui continue de fermenter dans la seconde ville de France. Marseille en toutes lettres, ce sont les quatorze chapitres d'une promenade à pied ou bien en bus, entre Calanques, Estaque, Vieux Port et bibliothèque personnelle, parmi les textes d'auteurs magnifiquement choisis et savoureusement présentés : entre autres, Horace Bertin, Jean Cassien, Jean Contrucci, Alexandre Dumas, Jean Echenoz, Gustave Flaubert, René Frégni, Varian Fry, Jean Gaufridy, Jean Genet, Jean Giono, Claude McKay, Carlo Rim, Stendhal, Robert Louis Stevenson, André Suarès, Mark Twain et Frédéric Valabrègue.

Alain Paire.

Michéa Jacobi est né en 1955, à Arles dans le quartier de Trinquetaille. Instituteur, il vit et travaille à Marseille. Publié en 1989, son premier livre a pour titre Notre Yiddish, c'était un abécédaire illustré de linogravures : lui succédèrent un Abécédaire des Marseillais et un Abécédaire des Arlésiens dont on retrouve de nombreux exemples sur ce lien. Avec son ami Antoine Martin, Jacobi créa en 1989 la revue Le Midi illustré qui publia seize numéros.

Michéa Jacobi

Michéa Jacobi, photographie de Varouj Arzoumanian.

En 1996, Michéa Jacobi a publié Trésor, un roman à propos de son père et de Trinquetaille. L'année suivante, il tentait de donner un éclairage nouveau aux contes et au personnage d'Alphonse Daudet dans Les Nouvelle Lettres de mon moulin. Il raconte avoir rédigé à partir des photographies d'Antoine Agoudjan, en 1999, un livre sur Istambul "sans y avoir jamais mis les pieds".

Dans la postface du Piéton Chronique / Carnet de promenades, qui rassemble ses chroniques parues dans Marseille / Hebdo, la journaliste Valérie Simonet faisait part d'une saisissante anecdote : "C'était le 13 septembre 2001. Le journal soufflait sa première bougie, à peu de choses près. Deux jours plus tôt, un mardi, nous bouclions l'Hebdo en pleine sidération. Deux tours jumelles s'écroulaient à l'infini sur les écrans de télévision de la rédaction. Dans le numéro du jeudi 13 septembre 2001, pas un mot de notre part sur l'événement planétaire. Une absence, un acte manqué, une amnésie profonde. Pas un mot, sauf dans la chronique de Michéa Jacobi. Elle s'intitulait sobrement "Deux tours s'écroulent à la télévision". Il était au marché aux puces, regardant par-dessus l'épaule d'un type incrédule qui regardait lui-même la télévision. Drôle d'endroit pour rendre compte d'un tel événement".

Bibliographie de Michéa Jacobi :

Notre yiddish, éd.Climats - 1989

Ecoliers, éd. Climats - 1991

Abécédaire des Marseillais, éd. Parenthèses - 1992

Inquitionis Elementa, éd. Le Cheval de Troie - 1992

Abécédaire des Arlésiens, éd. Harmonia Mundi - 1995

Abécédaire de la Tauromachie, ( avec Antoine Martin), éd. Harmonia Mundi - 1995

Trésor, éd. Austral - 1996

Les Nouvelles Lettres de mon moulin, éd. Climats - 1997

Istambul peut-être ( photographies d’Antoine Agoudjian), éd. Parenthèses - 1999

Trésor (nouvelle édition), éd. Climats - 2002

Le plus vieux Juif du Monde, éd. Climats - 2002

Cipressi, éd. Librairie Sauramps - 2005

Le mystère du Pointu, éd. Rouge Safran – 2006, livre pour la jeunesse

Fous de Feria (illustrateur), éd. SEDICOM, – 2009

Le Piéton chronique, carnets de promenades, éd. Parenthèses, – 2011

Walking class heroes, Editions de la Bibliothèque, 2012 –

Marseille en toutes lettres, anthologie littéraire, éd. Parenthèses, 2013

Trésor et Le plus vieux Juif du Monde sont désormais disponibles aux éditions Flammarion.

Michéa acobi

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