michel Scheffer par Rosenvallon
Un portrait de Michel Schefer, photographie de Félix Rosenvallon.

Né à Paris en 1928, Michel Schefer a tout d'abord travaillé dans la capitale pour l'édition et la publicité. Il s'est établi en Provence, en 1973. Parce qu'il refusa longtemps de prendre sa retraite, cet ancien élève de l'Ecole Estienne fut pendant 34 ans, à partir de 1976 et jusqu'en 2010, le responsable artistique de la revue municipale Marseille. En compagnie des personnages qui se succédèrent à la tête de cette revue - Françis J.P Chamant, Roger Duchêne et Pierre Echinard - Michel Schefer fut souvent, pour la fabrication et les parutions de ce trimestriel atypique, une sorte d'homme à tout faire : un maquettiste rarement désillusionné par les multiples thématiques de la revue, un inlassable chercheur de documents et d'iconographie, l'une des personnes qu'on peut aujourd'hui considérer comme l'un des meilleurs connaisseurs de l'histoire et des images de la cité phocéenne.
A la fin des années 70 de l'autre siècle, une rencontre heureuse aura beaucoup marqué Michel Schefer. Il eut le plaisir d'imaginer et puis de réaliser la maquette que Pierre Seghers avait voulue pour son grand inspirateur, le typographe-imprimeur Louis Jou (1881-1968) : un ouvrage de Seghers, Louis Jou, architecte du livre et des Baux parut en 1980. Avec l'aide de son épouse Maryse qui a constamment accompagné les étapes de sa vie professionnelle, Michel Schefer aurait aimé devenir un éditeur à part entière.

En 1982, la très vive amitié que son couple portait à Eugénie Brauquier le décida à franchir le pas. Françis J.P Chamant avait un moment envisagé de publier pendant plusieurs numéros de la revue Marseille un choix effectué par Roger Duchêne dans la correspondance de Louis Brauquier et Gabriel Audisio : pendant 56 ans, de 1920 à 1976, les deux poètes n'avaient jamais cessé de s'écrire et de conserver les épaisses liasses de leurs courriers. Roger Duchêne avait pris connaissance de cet énorme massif d'écriture : il avait choisi de sélectionner et d'annoter une importante partie de cette correspondance, celle qui relevait des années 1920 / 1960 qui furent les années d'exil et d'itinérances de Brauquier. Ce choix était plus que raisonnable : d'après les comptages effectués par les Archives départementales des Bouches du Rhône, dans un premier temps, Audisio et Brauquier, lorsqu'ils étaient éloignés l'un de l'autre, échangèrent 377 lettres. Après quoi, jusqu'en 1976, les deux amis qui se voyaient beaucoup plus souvent, continuèrent de s'écrire avec une très étonnante régularité, pratiquement une fois par semaine : pour la période qui va de 1960 au décès de Brauquier, on dénombre 686 courriers !

Louis Brauquier

/>Si chaleureuse soit-elle, cette correspondance n'aurait pas rencontré ses lecteurs si Michel Schefer n'avait su s'en emparer. Peu d'amateurs en auraient goûté ou bien retrouvé leurs longs feuilletons s'ils s'étaient égrenés dans plusieurs numéros de la revue Marseille. Eugénie Brauquier avait su convaincre Schefer : elle couvrit l'essentiel des frais de publication et aida grandement les commencements de l'éditeur qui puisa les images de son livre dans l'abondante collection de photographies et de peintures autrefois réunies par Louis Brauquier. Une maquette élégante et aérée, des choix typographiques de bon aloi, de jolies lettrines ainsi qu'un lot de photographies donnent du rythme à cet ouvrage de 192 pages. A compter de la page 175, on feuillette un cahier d'images qui permet d'appréhender les silhouettes de Geotte, de Louis Brauquier et de Gabriel Audisio, la rue Fortia lorsqu'elle était près du Vieux Port le bras d'un canal doté d'un pont-levis, plusieurs navires - par exemple, le Saint-André dont Brauquier fut le subrécargue - un bureau et une terrasse à Alexandrie, les quais de Shanghai et de Saigon ainsi que la véranda de l'une des plus belles toiles du peintre et poète, Geotte et le Vallon doré.
En 1982, quelques mois après avoir fait paraître Courrier, Michel Schefer fut encore plus téméraire et affectueux vis- à-vis de Louis et d'Eugénie Brauquier. Il avait auparavant suivi dans le musée Cantini de Marielle Latour l'exposition de 1978 consacrée aux peintures de Brauquier. Chaque fois qu'il rendait visite à Eugénie Brauquier dans sa maison de La Poussardière, à Saint-Mitre-les-Remparts, il appréciait les étonnants petits formats des toiles de son frère, accrochés au rez de chaussée et à l'étage. Michel Schefer décida d'éditer un choix de ces peintures dans un port-folio  qui a pour titre Peindre. En regard des images des tableautins, il disposa les poèmes que Brauquier avait composés à propos de ses peintures. Des textes de Jules Roy, d'Edmonde Charles-Roux et de Frédéric Altman complètent cette édition aujourd'hui ardemment recherchée, les 500 exemplaires sur vergé sont enfermés dans un cartonnage recouvert d'une toile bleue.

En mars 1990, une exposition des photographies de Brauquier se déroula dans l'un de ses ports d'attache, au Centre Culturel français d'Alexandrie. En 2000, pour célébrer le centenaire de la naissance de Brauquier, Eugénie Brauquier, Maryse et Michel Schefer furent particulièrement actifs. Une exposition de très fine qualité fut réalisée rue Saint-Sébastien aux Archives départementales des Bouches du Rhône, avec entre autres, les concours de Claudine Irles, Elisabeth Hardy et Régine Got. Un colloque se déroula à la Criée. Chez Toursky, Richard Martin accueillait un tour de chant de Gérard Pierron qui avait mise en musique plusieurs poèmes de Brauquier et qui fut accompagné à l'accordéon par Richard Galliano. Un disque de Gérard Pierron fut édité, La Chanson d’Escale.

L'apport majeur de Michel Schefer se situe dans le choix éclairé et la promotion qu'il sut faire parmi les nombreuses photographies de Louis Brauquier. Après le décés d'Eugénie Brauquier survenu en octobre 2003, Michel Schefer fut remarquablement fidèle : il prolongea le grand travail entrepris pendant plus d'un quart de siècle, par "la soeur attentive", autour de l'oeuvre et de la mémoire de Louis Brauquier. Quelques années auparavant, lorsqu'elle quitta son appartement de la rue Jean de Bernardy, Eugénie Brauquier lui avait confié l'intégralité des albums et des négatifs des photographies de son frère. Ce legs fut par la suite remis à la BMVR de l'Alcazar de Marseille qui a restauré et classé cet ensemble d'images. En 2005, en dépit des attaques d'un mauvais accident de santé, Michel Schefer composa chez Images en manoeuvres d'Arnaud Bizalion - avec pour fil conducteur le gros travail d'une sélection de photographies et de correspondances de Louis Brauquier - Escales, un livre qui constitue l'une des plus fortes représentations du destin du poète : un format 20 x 25 cm, 176 pages de textes où l'on découvre 134 photographies en noir et blanc. 

Voici trois des photographies choisies par Michel Schefer pour les Escales de Brauquier.

Photo de Louis Brauquier, Shanghai
Tout d'abord à Shanghai, le Huangpu et une flottille d'embarcations (page 123).

Photographie de Louis Brauquier, l'allee

Quelque part dans l'île de Ceylan, en page 157, à Peradenya, l'allée Callage Trees.

Photographie de Louis Brauquier coffre

En page 163, à Colombo, l'arrivée du livreur de coffres hollandais.

Le joyeux virus de l'édition n'a jamais abandonné Michel Schefer. Au cours des récentes années, pour son plaisir ou bien pour ses amis, il a régulièrement édité à quelques dizaines d'exemplaires Les Cahiers de Michelet, de savoureuses livraisons de 24 pages au format 13,5 x 21 cm qui traitent de sujets variés : par exemple, Un petit tour en solex, En tramway à Marseille, Le Rhinoceros et La Sardine. Le n° 15 de cette série est une réédition abrégée de Peindre par Louis Brauquier et Jules Roy, son achevé d'imprimer date de décembre 2011. Le n° 26 traite de la vigie de Marseille, le Phare du Planier, le n°30 qui sera consacré à La Girafe est en cours de fabrication. Les n° 21, 22, 23 et 24 ont pour titre La Cuisine de Maryse dont on est heureux de revoir le sourire et à qui l'on souhaite pour les mois qui viennent, une meilleure santé !
Alain Paire

Maryse Schefer
Maryse Schefer, portraiturée par Michel Schefer.

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