Jacques Henri Lartigue, Antibes 1927
Photographie de Jacques Henri Lartigue (1894-1986) : "Antibes, 1927".  © Ministère de la Culture – France / AAJHL.

En mai-juillet 2013, le couple noir / blanc est la dominante des travaux rassemblés 30 rue du Puits Neuf, à Aix-en-Provence. Pour cette exposition, Florian Rodari regroupe des petits et moyens formats d'artistes à propos desquels il lui est arrivé d'écrire pendant les quatre dernières décennies. Trois supports sont sollicités : " Un dessin, une gravure, une photographie ne frappent pas le regard de la même manière selon la technique que l'on choisit. Il y a tantôt brusquerie, entame du trait sur la page, tantôt réflexion, invention de structures, recherches d'effets lumineux et de valeurs. Le trait pour dire l'espace, le noir pour la couleur".

Estampes de Claude Garache, Ilse Lierhammer, Claude Mellan, Gérard de Palézieux, Nicolas Poignon, Edmond Quinche, Pietro Sarto,  Bram Van Velde et Yersin.

Dessins de Stéphane Brunner, Jacques Hartmann, Alexandre Hollan, Henri Michaux, Max Schoendorff et Pierre Tal-Coat.
Photographies de Jacques Berthet, Balthasar Burkhard, John Goodman et Jacques Henri Lartigue.

Le vernissage s'est effectué mercredi 22 mai  2013, vingt-quatre heures après l'inauguration des espaces que la Ville d'Aix et la Cpa aménagent rue du Maréchal Joffre, dans la Chapelle des Pénitents Blancs, pour recevoir le prêt de la collection d'art contemporain de Jean Planque.

Vendredi 7 juin, à 19h, sous l'égide de la Fondation Saint-John Perse, Cité du Livre, Bibliothèque de la Méjanes, 
8 rue des Allumettes, Aix-en-Provence. 
Rencontre avec Florian Rodari, Pietro Sarto et Alain Paire.



Un texte de Florian Rodari, la problématique de son exposition Surgis de l'ombre :

" Entré au Cabinet des estampes de Genève en 1972, je m’y suis formé l’œoeil en décryptant les œoeuvres des maîtres de la Renaissance et du Maniérisme européen. Or la fréquentation des estampes exige, dès que l’on s’y attache un peu, que l’on identifie les éléments d’une syntaxe, que l’on comprenne les mécanismes permettant la construction d’une image. On lit une estampe autant qu’on la contemple, elle possède un alphabet, elle est une écriture. Cet apprentissage d’une lecture du langage propre à la gravure s’est poursuivi au fil des ans auprès des artistes de l’Atelier de Saint-Prex en Suisse. Grâce à leur exemple concret, à leurs commentaires, je me suis peu à peu persuadé qu’un burin, une eau-forte ou une lithographie frappe et emporte le regard d’une façon chaque fois différente, en fonction des attaques de la pointe, des attentes ou des retraits de la morsure et, enfin, de la structure des traits adoptée pour obtenir les modelés et les valeurs. Dans cet effort d’analyse, je ne pouvais manquer de m’interroger sur la volontaire et contraignante limitation au couple noir/blanc, dualité splendide de l’encre et du papier en vue d’obtenir – en dehors de tout recours à la couleur – des images capables de satisfaire pleinement le regard.



Ce souci de relier la manière de procéder de l’artiste au contenu de l’image contemplée m’a conduit plus tard à comparer l’approche sans cesse retardée du graveur, – sa partie d’échec quasi métaphysique si l’on songe à la préparation minutieuse de chacun de ses coups,– à l’apparente spontanéité du dessinateur,  lequel voit son invention prendre forme au fur et à mesure qu’il la trace et la continue sur la feuille. Mais je venais à constater qu'à leur tour, les innombrables manières de tenir le crayon, de le faire tourner autour de la figure, les divers appuis de la main, les respirations ouvertes dans le blanc de la feuille modifiaient chaque fois sensiblement la perception. Je reconnaissais ainsi bientôt chez les dessinateurs toutes sortes de vitesses déclenchées selon la technique utilisée, le médium choisi ou le support retenu par l’artiste pour parvenir à ses fins. Rien n’y était aussi établi et simple que dans les manuels. Il y avait tantôt brusquerie, entame du trait sur la page, éclat, abrupts, tantôt flottement, méditation autour de l’équilibre des valeurs. Et comme dans l’art du graveur il y avait eu invention de structures pour accueillir les volumes et y faire danser la lumière, je distinguais ici toute sortes d’écarts à l’autorité généralement reconnue à la pratique du dessin. Reconnaître cette élaboration formelle et la mettre sans cesse en relation avec la volonté expressive de l’artiste me paraissait essentiel. La proximité de la main et de l’esprit, en l’occurrence, leur rencontre nue, directe, impatiente sur le papier, me subjuguaient.


Enfin, la photographie, dernière venue dans l’aventure du livre et héritière de cette longue interrogation sur les moyens de transcrire la réalité à l’aide du seul binôme noir/ blanc, m’est apparue offrir des perspectives passionnantes pour qui aime à porter sa réflexion sur le temps dans la venue de l’œoeuvre. Capable de retenir du visible une empreinte, de découper dans le tissu du vivant un accent de lumière, à la fois sans épaisseur, immobile et fuyant, ombre cherchant à retenir des ombres, la photographie constitue une phase ultime de la réflexion stimulée chez moi par l’art du graveur, puis par celui du dessinateur, sur une réalité de la présence figurée sans la couleur, un monde qu’on pourrait dire "pensé en même temps que représenté". Dans cet immense territoire de la photographie, je n’ai fait que de rares incursions, qui s’efforcent de comprendre les enrichissements que ce nouveau medium apporte à la longue histoire de l’impression.

La réunion d’œoeuvres choisies pour cette exposition tente ainsi de montrer, à l’aide des artistes que j’ai connus et sur qui j’ai écrits au fil des ans, une diversité d’approches au sein d’une préoccupation commune".
Florian Rodari, mars 2013.

A propos de l'installation dans la chapelle des Pénitents Blancs de la collection Jean Planque, ainsi qu'à propos de cette exposition cf un entretien avec Rodari sur ce lien.

Estampes, dessins et photographies, exposition Surgis de l'ombre, du mardi 21 mai au samedi 27 juillet 2013. 30 rue du Puits-Neuf, Aix-en-Provence. Galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30 ou sur rendez-vous, tél 04.42.96.23.67.

L'histoire d'une galerie, ce sont des interactions multiples, c'est souvent le tressage de rencontres, d'amitiés et de travaux. Florian Rodari est fréquemment présent à Aix-en-Provence, en tant que conservateur de la collection de la Fondation Jean Planque. En décembre 2008, dans le prolongement d'une exposition rue du Puits-Neuf,  Paysages et natures mortes, les éditions de La Dogana ont publié une monographie à propos d'Anne-Marie Jaccottet, Arbres, chemins, fleurs et fruits (textes de Philippe Jaccottet, Florian Rodari et Alain Madeleine-Perdrillat, entretien avec l'artiste). En juillet 2012, Florian Rodari et Isabelle Lefebvre (librairie Ma main amie, Grignan) m'ont grandement aidé pour la réalisation de l'exposition Philippe Jaccottet et les peintres.


Florian Rodari avec_Claude Garache

Juillet 2012, à Beaurecueil, près d'Aix-en-Provence : à gauche, Florian Rodari en compagnie de Claude Garache et de Philippe Jacccottet (photographie de Clémence Madeleine-Perdrillat).

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