Isabelle Faillard
Isabelle Faillard, photographie de Jean Pecoul.
Depuis 1997, Jean Pecoul se consacre à l'art du portrait. Dans ses classeurs et ses dossiers s'accumulent plus de quatre cents photographies, des visages, des corps, des gestes et des silhouettes de personnes qui, pour la plupart, habitent Aix-en-Provence. Il commença par portraiturer ses proches amis ou bien sa famille. Le cercle de ses sujets d'inspiration n'a pas cessé de s'agrandir : la qualité de tel ou tel portrait antérieurement réalisé lui a permis d'interpeller de nouvelles relations, il est rare qu'on refuse ses propositions de travail.

Plusieurs expositions  lui ont permis de déployer ses photographies : une première fois, le 24 février 2004 dans la salle Pavillon de l'Hôtel de Ville d'Aix, ensuite Traverse Notre-Dame, à trois reprises, dans la galerie Laurin de Monique Faillard. Une cinquième exposition s'était déroulée au Cloître des Oblats du 6 au 15 octobre 2011. Grâce à la vigilance de Philippe Ferrand, conservateur du fonds ancien de la Méjanes, quelques-unes de ses images font partie des collections de la Bibliothèque d'Aix. Des critiques d'art comme Jean Arrouye, Christiane Courbon, Josée Mouvant, Annick Pegouret et Robert Pujade ont rédigé des textes à son propos. Voici presque six ans, en septembre 2007, j'avais réuni rue du Puits Neuf ses portraits d'artistes comme Jean-Pierre Blanche, Bernard Lesaing, Sama et Jean-Marie Sorgue, des écrivains comme Gérard Khoury et Hawad, des médiateurs comme Denis Coutagne et Michel Fraisset.

 
 

/>Cette fois-ci, il s'agira de présenter, sans rubrique ni thématique particulière, vingt-trois visages interprétés au cours des derniers mois. Ses photographies en noir et blanc seront accrochées du jeudi 14 au samedi 23 mars 2013, le vernissage se déroulera le jeudi 14 mars, à partir de 18 h. Excepté dimanche et lundi, la galerie sera ouverte de 14 h 30 à 18 h 30. Jean Pecoul sera présent en compagnie de son épouse Marie-Gentille pendant toute la durée de l'exposition : les visiteurs regarderont, questionneront et réagiront en présence du photographe.

Son entreprise évoque les espaces et les temps d'une ville bien précise : il  ne s'agit pourtant jamais d'une enquête ou bien d'un reportage. Jean Pecoul n'a pas adopté une démarche que l'on dirait militante : il ne travaille pas à rendre visible ce qui est écarté et sous-exposé dans l'actualité de sa cité. Sans souci de norme ni de système, comme l'indique le titre qu'il a choisi pour cette exposition, il capte "quelques regards de plus".

 
On découvrira une grande majorité de portraits d'artistes : des peintres ou des sculpteurs comme Don Jacques Ciccolini, Anne-Laure Fink, Raymond Galle, Florence Laude, Alice Luquet, Delphine Poitevin, Serge Plagnol et Pierre Vallauri, un photographe comme Claude Vénézia, des comédiens comme Isabelle Faillard et François Baronnet Fruges. A quoi s'ajoutent des silhouettes et des traits qui sont familiers aux flâneurs des rues d'Aix : Mme Bernard qu'on apercevait souvent traversant la ville sur son vélosolex ou bien au musée du Vieil Aix, une conseillère municipale comme Mme Sicard-Desnuelle, ainsi que Dominique Bluzet, le directeur du Grand Théatre de Provence. Ou bien encore quelques-uns de ceux que nous appelons discrètement par leurs prénoms, parce que nous ne connaissons pas leurs patronymes : Bernard, l'un des employés permanents de la Brasserie de la mairie, Emmanuel, l'un des gardiens du Pavillon de Vendôme.
 
 
Si ces images sont conservées dans de précieuses archives ou bien recueillies dans un ouvrage de belle facture, quelques décennies plus tard, lorsque les habitants d'Aix voudront contempler ces photographies, la mémoire et l'oubli, les tourbillons et les retournements de l'histoire d'une cité rebattront inévitablement les cartes ; les temps perdus ne se retrouvent pas. Cependant et quoiqu'il arrive, grâce à l'endurance du portraitiste, un accès aura été finement sauvegardé pour que l'on puisse revenir en amont afin d'appréhender les singularités des personnes d'autrefois.
 
 
Dominique
Emmanuel El Guidice, photographie de Jean Pecoul.
 
Personnellement, ce qui m'a souvent frappé lorsque j'examine les visages cadrés par Jean Pecoul, c'est le fait que ses instantanés ne constituent presque jamais un arrêt dans le long fleuve du temps : des regards ou bien des sourires qui ne se dérobent pas, un rien d'énigme et de gentillesse les soustraient à la perception de quelque chose d'inévitable et d'irréparable. Depuis La chambre claire de Roland Barthes, la critique répète souvent que la photographie enregistre un événement révolu : ceci n'a lieu qu'une fois, cet homme avait aperçu l'Empereur, ce moment précis est inexorablement défunt. Modestement, Jean Pecoul nous invite à regarder  ses portraits avec un peu plus d'ouverture et de liberté.
La partie n'est jamais totalement perdue, il faut poursuivre la quête de l'improbable, chercher ailleurs que chez soi. Les apparitions tranquilles de ses personnages ne donnent pas à voir uniquement des visages chez qui le passé revient, pour lui donner incarnation et voix. Ces portraits ne portent pas de masque, les mascarades du monde du spectacle, les sinistres sottises de la peopilisation ne les concernent pas : une égalité de lumière et de séduction les restitue, ces noirs et ces blancs ne font pas fi de l'élégance.
 
Point d'interdit ni d'écart majeur, pas de crainte ni de tristesse. Un desserrement s'est opéré, les raideurs et les conventions n'ont pas lieu de se manifester. Un mystère sans trop de gravité et puis davantage de clarté s'intercalent. Voici que l'avenir s'entrouvre, l'histoire est plurielle, elle ne s'écrit pas seulement avec l'encre des vainqueurs : lier connaissance, demeurer silencieux ou bien parler avec de nouveaux venus sont des potentialités pour lesquelles on peut anticiper, avec humour et bienveillance. Pour caractériser son travail, Jean Pecoul utilise une expression savoureusement don quichottesque : il nous confie qu'il essaye de "renverser les sabliers du temps".

 

Alain Paire

Claude Vénézia

Claude Vénézia, photographie de Jean Pecoul.
Jean Pecoul est né à Marseille en 1941. Il reçoit son premier appareil photographique à l'âge de 11 ans. En 1960, Il achète un Foca 24 x 36. En 1965 il entre à Cadarache comme sismologue. Son activité professionnelle l'amène à utiliser le papier photographique pour ses relevés. Initié au tirage noir et blanc par un collègue de travail, il photographie essentiellement des personnages.

Parti en Algérie en 1970 pour des raisons professionnelles, il interrompt son travail en noir et blanc et se consacre à la photographie couleur sur diapositives. En 1998, désireux de revenir au noir et blanc, il participe à plusieurs stages de photographies, à Arles et Pertuis.

Sa première exposition se déroule en Salle Pavillon de l'Hôtel de Ville d'Aix, en février / mars 2004. Trois expositions programmées à la Galerie Laurin de Monique Faillard, en 2006, 2009 et 2011. En septembre 2007, exposition "Portraits d'artistes", au 30 de la rue du Puits Neuf. Son portrait photographique de Jean-Marie Sorgue figurait dans les affiches et les documents de l'hommage à Sorgue, programmé dans plusieurs lieux d'Aix-en-Provence, en septembre-octobre 2010.

 

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