Toile Serge Plagnol
Serge Plagnol, Galerie de l'Ecole supérieure d'art d'Aix, vernissage 1 février (photographie de Jean Pecoul).

La séquence est brève, l'exposition de Serge Plagnol programmée rue Emile Tavan, dans la galerie de l'Ecole supérieure d'art d'Aix-en-Provence, ne dure qu'une semaine ; elle s'achève samedi 9 février 2013 en fin d'après-midi. Dans cette exposition, une dizaine de moyens formats ainsi qu'une toile de deux mètres sur trois permettent d'augurer d'un heureux tournant dans le travail du peintre.
Les livres qui accompagnaient l'oeuvre de Serge Plagnol - un texte d'Alain-Christophe Restrat dans le catalogue de la Villa Tamaris en 2010, les commentaires d'Alain Avila, Olivier Cena, Christian Garcin, Jean Klepal, Bernard Noël ou Jacques Serena - pointaient une peinture à la fois brûlée et exubérante : "un corps à  la recherche de la sensation visuelle pour ce qu'elle est, pour ce qu'elle délivre d'inconnu, de jouissance et de liberté". Alain-Christophe Restrat que je viens de citer discernait dans cette peinture une "pluie de notes tenues dans l'oeil et derrière l'oeil", "le phrasé mélodieux de quelques traits". Dans les propos qu'il tenait - par exemple, toujours dans le catalogue de La Seyne-sur-Mer, lorsqu'il répondait aux questions de Robert Bonaccorsi - Plagnol estimait que sa peinture exprimait souvent "des moments de pure spontanéité contrebalancés par des attitudes plus réfléchies".

/>Dans des toiles antérieures, Serge Plagnol avait entamé le processus en oeuvre dans la série de toiles présentée à Aix-en-Provence. Quelque chose de plus vaste, une très fine synthèse s'affirme à la faveur de cette exposition. En sus d'une peinture antérieurement gouvernée par l'immédiateté de la sensation, voici que s'imposent davantage la dimension de la mémoire, de nouvelles sédimentations, les temps perdus et retrouvés qui sont le lot de toute existence.
Innocence et Mémoire était le titre d'un recueil d'articles d'Ungaretti, autrefois traduits par Philippe Jaccottet. Il y a tout d'abord, immédiatement résonnante, la grande toile qui occupe l'un des espaces latéraux de l'exposition. Ce tableau est à la fois musical et couturé : traversé par toutes sortes de fragments, repentirs et rebondissements. Des couleurs, des célébrations et des harmonies se chevauchent : ce paysage reconduit des reports multiples, à la fois des cicatrices et des bonheurs d'expression. Le vieillissement ne s'interrompra pas, une perception finement terrienne de l'environnement immédiat sauvegarde la lumière de cette toile.

Des arbres, des pans de territoire et des signes cursifs parlent d'une végétation sudiste ou bien italienne. Plusieurs ruptures d'échelle interviennent, des couples se prennent par la main ou bien s'unissent : on entrevoit de l'inattendu, une chorégraphie, des entrées en scène, de la concertation et de l'animation, des rythmes et des saccades. Agrafée sur l'une des parois de l'atelier, cette toile répercutait la courbe d'une vie, les contrecoups et les inquiétudes de plusieurs saisons : de multiples élans et toutes sortes d'harmonies l'ont façonnée, quelque chose de souplement nocturne lui confère ordonnance.

PLAGNOL
Serge Plagnol, photographie de Jean Pecoul.
Les effets du Bon Gouvernement ...
Ce paysage n'est pas exactement la matrice des toiles qui lui succèdent ; cependant, son influence est déterminante. Plagnol raconte qu'il fut constamment présent et médité tandis qu'apparaissaient les toiles qu'on découvre à Aix. Celles-ci sont souvent axées sur une composition arborescente. Des branches nues et un mince tronc se déploient au centre, des damiers et des plans successifs s'établissent de part et d'autre de cette découpe ; la dimension temporelle, les remembrances et les souvenirs ne sont  pas absents.

Et puis s'affirme le besoin de faire sortir de l'ombre et d'intégrer dans le grand flux de la peinture des petites silhouettes humaines, le plus souvent deux personnages. Leur apparition fut précédée par des modelages de terre cuite. Presque maladroites, mais infiniment attachantes, les figurines antérieures semblent avoir quitté la table et les étagères de l'atelier. Voici que leurs poitrines, leurs jambes et leurs petis bras réclament existence. Elles s'introduisent dans la toile : affectueuses, sensuelles, impulsives, drôlatiques et percutantes, elles décident qu'un nouveau rythme ponctuera la toile.


figurine Serge Plagnol
Dans les coulisses du tableau, les figurines en terre cuite de Serge Plagnol.
La composition de ces nouvelles toiles reste frontale. Parce que plusieurs plans sont habités, parce qu'il y a l'amorce d'une historiette ou bien d'un Embarquement pour Cythère, puisqu'on aperçoit des fragments de paysage - ici, le clocheton et la base d'une église de campagne, ailleurs des jardins qui bénéficient de la prévenance d'une main verte, des arpents de garrigues et des alignements de restanques - on songe à l'inimitable saveur des fresques du Bon Gouvernement d'Ambrogio Lorenzetti. Ce qui l'emporte malgré les ombres qui gagnent du terrain, c'est une musique vespérale, la note merveilleusement tenue des étés indiens, les arrière-saisons miséricordieuses : rien qui soit mélancolique, l'accord profond d'un Concert champêtre, des couleurs vertes et brunies que l'on pourra dire vénitiennes.
Route tournante en haut du chemin des Lauves, telle qu'elle surgit à la Fondation Beyeler de Bâle, est l'une des plus fascinantes compositions de Cézanne. Invinciblement, Routes tournantes restera dans ma mémoire le titre que je donnerai à cette séquence du travail de Serge Plagnol.
Alain Paire

Exposition Serge Plagnol, Paysages avec figures, ouverte du samedi 2 février au samedi 9 février 2013, de 15 h à 19 h (fermé le dimanche). Exposition organisée rue Emile Tavan, dans les locaux de l'Ecole supérieure d'art d'Aix-en-Provence qui accueille Serge Plagnol pour une master-class, pendant la journée du mercredi 5 février.
Parallèlement, jusqu'au samedi 9 février, la galerie accueille en accord avec leur enseignant Don Jacques Ciccolini, Trois jeunes peintres 2013, trois étudiants de l'Ecole d'art d'Aix : Blandine Herrmann, Terry David et Yang Xiao. Galerie ouverte 30 rue du Puits neuf, du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30, tél 04.42.96.23.67.

exposition Serge Plagnol
Le vernissage, Christian Garcin et Serge Plagnol (photographie de Xavier de Jaureguiberry).
toile de Serge Plagnol

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