Plagnol

Exposition de Serge Plagnol, Paysages avec figures, ouverte du samedi 2 février au samedi 9 février 2013 de 15 h à 19 h (fermé le dimanche). Exposition organisée rue Emile Tavan, dans les locaux de l'Ecole supérieure d'art d'Aix-en-Provence qui accueille Serge Plagnol pour une master-class, pendant la journée du mercredi 5 février.
Jusqu'au samedi 9 février, la galerie Alain Paire accueille en accord avec leur enseignant Don Jacques Ciccolini, Trois jeunes peintres 2013, trois étudiants de l'Ecole d'art d'Aix : Blandine Herrmann, Terry David et Yang Xiao. Galerie ouverte 30 rue du Puits neuf, du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30, tél 04.42.96.23.67.

Entretien avec Serge Plagnol

/>"Pour cette exposition, j'ai souhaité montrer quelques-unes de mes peintures récentes. Je les regroupe sous un titre un peu plus long que celui qui va figurer sur l'affiche. Pour moi, ce sont des "Paysages avec figures, de près et de loin". Je vais présenter à Aix cette série de tableaux aux côtés d'une toile de plus grande dimension qui mesure deux mètres sur trois.
Cette toile est une pièce fondatrice, elle a généré tout un cycle de peintures et de variations. Elle est longtemps restée agrafée sur le mur de mon atelier. Elle n'a pas de chassis, elle va devenir "un tableau" précisément lors de cette exposition dans la galerie de l'Ecole d'Art. Je l'ai peinte comme souvent je le fais, à même le support du mur. Il s'agit d'un grand paysage qui est né de mon imaginaire mais qui se réfère aussi à des paysages réels que j'ai traversés et vécus. J'improvise plus par la couleur que par un strict dessin préalable. Mon tableau se transforme, il évolue avec des recouvrements successifs : il passe par plusieurs repentirs avant d'arriver au résultat final.
Sa nouveauté tient au fait que j'ai voulu introduire des "figures", des présences d'humains, des femmes et des hommes. J'avais auparavant réalisé des petites figurines en terre modelée, je voulais les intégrer dans mes peintures. Présentes dans mon atelier comme des petites maquettes, elles étaient les futures figures de mes paysages. Simultanément ce travail me permet de revisiter l'histoire de la peinture. Je songe souvent aux Fêtes galantes de Watteau, je regarde volontiers le Triomphe de Flore de Nicolas Poussin. A l'Académie de Venise, j'ai longuement revu La Tempête de Giorgione.
J'ai disposé ces petites silhouettes-signes, dispersées et flottantes dans l'espace d'un grand paysage assez idyllique, toutefois traversé d'ombres ou bien de masses sombres. Je les appelle L'Eden perdu ou bien L'Age d'Or, elles peuvent avoir un aspect proche du Poussin d'Et in Arcadia Ego. Ce dialogue avec l'histoire de la peinture est essentiel pour moi.


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La présence du paysage s'est imposée dans ma peinture depuis les années 1980, lorsque j'ai commencé Les jardins de paille. C'est souvent dans la lumière, parmi les vibrations colorées des paysages que je perçois les sources de la peinture, sa musicalité. Je cherche à faire des tableaux où l'air circule entre les figures.

Je peins aussi parce que j'aime les tableaux des autres peintres. Ma peinture se nourrit de son histoire. Il ne s'agit surtout pas pour moi de "peindre la peinture" : je veux peindre en écho, en dialogue, en relation avec le compagnonnage des peintres du passé que j'aime. Je regarde de plus en plus la peinture dite "ancienne" : Picasso, Cézanne, Monet, Manet et puis les grands classiques.
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Ce qui m'a énormément frappé pendant le voyage que j'ai effectué en Chine en 2009, c'est le rapport fondamental que ce pays entretient avec la poésie, son lien avec l'écriture. Le geste du peintre rejoint celui du calligraphe qui écrit. L'humain est pris dans les éléments, il participe au cosmos, il est dans la nature et dans le paysage : il n'est pas séparé, comme c'est le cas dans nos cultures monothéistes. L'art et la pensée chinoise sont en mouvement. Ce qui importe, ce sont "les transformations silencieuses", selon le beau titre d'un livre du sinologue François Julien.

J'aimerais retrouver tout cela dans mes peintures : le mouvement, les métamorphoses permanentes, les alliances et les jeux des contraires, l'air, le souffle qui circulent dans l'espace pictural ... "Peindre entre les choses", comme disait Georges Braque. Tout en étant parfaitement contemporains, les étudiants que j'ai rencontrés en Chine conservent ce sentiment du beau issu de leur tradition artistique. Les occidentaux sont beaucoup trop obsédés par la chute, par l'anti-art, par la dérision et par l'hyper-analyse conceptuelle.

J'ai beaucoup lu les ouvrages de François Cheng. Il articule très subtilement la pensée chinoise et la pensée occidentale. Comme disent les chinois, c'est "le sentiment de" qui devrait primer dans une peinture. En d'autres termes, c'est "la petite sensation" dont parle Cézanne qui, en faît, est immense : elle conduit à la véritable oeuvre d'art.


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J'ai une longue fréquentation de la ville d'Aix-en-Provence depuis mes études d'histoire de l'art et d'arts plastiques à la Faculté des Lettres, dans les années 1970 jusqu'à aujourd'hui. Beaucoup de souvenirs d'abord familiaux, lorsque mon père venait plaider en tant qu'avocat au Palais de Justice. Ensuite, les amis et les amies de la période des études, l'ambiance de l'époque gauchiste, les manifestations sur le cours Mirabeau, l'exaltation du hall de la Fac de Lettres remplie de tracts, d'affiches et de slogans, un visuel qui m'excitait picturalement. Et puis il y a aussi le rôle précieux de certains enseignants : Gérard Monnier, spécialiste de Le Corbusier, André Mercier, historien de l'art et du surréalisme, Jean-Pierre Hemery, un artiste et enseignant formidable et passionné, Yves Esquieu et les voyages qu'il organisait à travers l'art roman en Catalogne, Jean Arrouye et les débuts de la sémiologie ! Pour finir, bien sûr, les rencontres artistiques : Jean-Marie Sorgue bien connu comme enseignant et artiste, François Aubrun sur la route du Tholonet et ses peintures silencieuses, Vincent Bioules plus croisé que rencontré, dont la peinture au sortir de Supports/surfaces me questionnait déjà. Il y avait aussi Jean Digne, le théâtre de la rue du 11 novembre, près du cours Sextius, Musique dans la rue, les rencontres du pavillon de Vendôme. Bien évidemment, en sus de tout cela, la marche rituelle sur la route de la Sainte-Victoire, la présence de Cézanne.
GALERIE

Comme toutes les villes, Aix-en-Provence se "globalise", "se mondialise", se modernise. Restent pourtant ce qui fait sa singularité, ses qualités premières : le charme , la séduction, la féminité musicale du XVIII° siècle, son romanesque, sa poétique. Une fois de plus, entre la supposée modernité, une certaine vulgarité économique marchande contemporaine et des valeurs esthétiques et artistiques plus raffinées issues du passé, l'équilibre reste difficile ; l'art de vivre se réinvente tous les jours.
18 janvier 2013, propos recueillis par Alain Paire.

Exposition Serge Plagnol / Paysages avec figures, Galerie de l'Ecole supérieure d'art d'Aix-en-Provence, rue Emile Tavan. Vernissage le vendredi 1 février. Jusqu'au 9 février, ouvert de 15 h à 19 h.


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