Bram Van Velde

Photographie de Rajak Ohanian, page 2 de Bram van Velde, éd. Maeght, 1975.

Un ami collectionneur et artiste a confié à la galerie une quinzaine d'estampes de Bram van Velde (1895-1981). Sa peinture a suscité des écrits de Samuel Beckett, de Georges Duthuit, d'André du Bouchet, de Jean Starobinski et de Charles Juliet. Trois grands catalogues de musée, réalisés au Centre Pompidou (1989), à Genève (1995) et à Lyon (2010) établissent son parcours. Pour les lithographies de Bram van velde, il faut se procurer - le tome premier est difficilement trouvable - les trois tomes du catalogue raisonné des estampes de Bram, imprimés en 1973, 1979 et 1984 -. Ce travail fut édité par Yves Rivière et le Cabinet des estampes du musée d'art et d'histoire de Genève, ses principaux responsables étaient Rainer Michael Mason, Jacques Putman et Catherine Béraud.

 

Je me souviens avoir aperçu à deux reprises la haute silhouette de Bram van Velde. Tout d'abord pendant un mois de juillet de 1976, à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon où Gil Jouanard avait invité Yves Bonnefoy à parler. C'était dans l'une des salles proche de La Bugade de la Chartreuse, il s'agissait d'une discussion comme il s'en organise à propos de Peinture et Poésie : Yves Bonnefoy dialoguait avec d'autres écrivains, il y avait là Jean Tortel, Piero Bigongiari et Claude Esteban. Une courte exposition des bas-reliefs du Luberon de Raymond Mason était programmée simultanément. Deux heures plus tard, j'apprenais que Thierry Bouchard était présent dans la salle ; il préparait l'édition du grand livre d'Yves Bonnefoy illustré par Van Velde, Trois remarques sur la couleur.

Bram van Velde avait été convié à cette rencontre de Villeneuve-les-Avignon. Très vite, à peine cinq minutes après le commencement des prises de paroles, il n'avait pas voulu rester :  il préférait quitter immédiatement l'endroit. C'était pendant une fin d'après-midi. Calmement, sans impatience, un rien navré, Bram van Velde s'était dressé. Il avait repris son chapeau, il avait chuchoté gentiment à ses voisins quelques mots d'excuse et fait signe pour qu'il puisse repartir. Yves Bonnefoy l'avait raccompagné pendant ses premiers pas. Après quoi, Jacques Putman traça le chemin pour lui permettre de s'en aller promptement.

 

Mon second souvenir, c'est à Aix-en-Provence. Venus d'Orléans où ils avaient ouvert un premier local, Lucette Herzog et son mari qui se fixèrent deux années plus tard à Paris, tout près du Centre Georges Pompidou dans l'étroite ruelle du Passage Molière, programmèrent à Aix des expositions rue Félicien David, dans un espace d'expositions auparavant occupé par le galeriste Jean-Pierre Collot. Lucette Herzog présentait dans ce lieu une programmation qui ne rencontrait pas assez d'échos, des artistes comme Pierre Alechinsky, James Coignard, Max Papart et Robert Droulers (1920-1994). En juillet 1978, sa galerie avait réuni des gouaches et des estampes de Bram Van Velde.

Les Fleurs du Mal 

Lucette Herzog avait insisté pour que je vienne au vernissage. Je ne pouvais pas m'associer aux conversations, je ne connaissais personne. Lorsqu'elle m'aperçut, elle voulut à tout prix me faire rencontrer Bram van Velde. Je ne savais absolument pas quoi lui dire. Puisqu'il fallait tout de même parler, je posais une question tout à fait idiote et parfaitement inutile. Je lui demandais : "Mais, Bram van Velde, comment allez-vous ? Est-ce que vous continuez de peindre ?". Je revois assez précisément son sourire complètement désarmant, le regard et les yeux bleus qu'il avait : il me semble possible de percevoir de nouveau l'humour, la sympathie et simultanément l'intensité que Bram van Velde déployait immédiatement, j'entends sa voix : "Mais oui, je continue de peindre ! La peinture ...  Ce sont les Fleurs du Mal ! ".

Bram
N° 254 du catalogue des estampes de Van Velde, 1977, 6 couleurs., format 28,2 x 38 cm.
100 épreuves sur japon nacré, justifiées et signées. 


Je veux aussi me souvenir d'anecdotes survenues vingt années plus tard. Pendant l'été de 1995, Catherine Béraud-Putman (1949-2009) m'avait proposé d'exposer des estampes de Van Velde dans ma librairie-galerie du 10 de la rue des Marseillais. Je m'étais rendu dans le grand appartement qu'elle habitait dans la proximité de la rue de Varenne et du musée Rodin, pour faire un choix parmi les estampes qu'elle détenait. L'exposition fut programmée du 5 décembre 1995 au 27 janvier 1996. Ce fut une vraie joie et une fierté, les ventes se révélèrent assez nombreuses : entre autres, plusieurs exemplaires d'une superbe lithographie de couleur rouge-orangé furent demandés. 

 

L'une de ces lithographies fut achetée par un personnage assez secret et de grande élégance, avec qui je n'osais pas souvent entrer en conversation. Quelques-uns le reconnaîtront, je ne dirai pas le nom de cette personne qui n'est plus de ce monde : il fut pendant quelques années, un peu avant et un peu après 1968, libraire au 37 du Cours Mirabeau. Sa librairie occupait un espace qui fut auparavant la galerie d'art contemporain du gendre de  l'antiquaire Lucien Blanc, Tony Spinazzola. Il s'agissait de la librairie Le Divan qui reste à mes yeux la plus belle, la plus rigoureuse et la mieux fournie de toutes les librairies que j'ai pu connaître à Aix-en-Provence. Son responsable avait fait partie de l'équipe des éditions K animées par Alain Gheerbrandt : le futur libraire du 37 Cours Mirabeau fut de ceux qui voulurent que soit édité chez K, Van Gogh le suicidé de la société.
 

Bram Van Velde
N°170 du catalogue des estampes de Bram van Velde, 5 couleurs, 1975,  format 31 x 57,5 cm,  
100 épreuves sur japon nacré, justifiées et signées. 


Dans un chapitre des Vies minuscules, Pierre Michon évoque Bram van Velde. On trouve l'extrait qui suit, dans l'édition Folio/ Gallimard, en page 163 de Vie de Georges Bandy. Ce que Pierre raconte se rapporte à l'hiver de 1972, la scène se déroule dans un centre culturel d'Annecy : "Je me souviens, avec des larmes, du sourire étranglé du peintre Bram van
Velde invité là un soir et égaré, de sa trop longue gabardine d'un autre temps, de son chapeau mou qu'il tenait gauchement tout le temps qu'il resta assis en butte à ses admirateurs en verve, vieillard bénin et doux, interloqué comme un stylite au pied d'un mât de cocagne, honteux des sottes questions qu'on lui posait, honteux de n'y savoir répondre qu'en monosyllabes d'assentiment factice, honteux de son oeuvre et du sort que le monde fait à tous, de la parole burlesque dont il afflige les bavards, du burlesque silence dont il abolit les muets, de la vanité commune aux bavards et aux muets, pour leur commun malheur".

Viennent de paraître aux éditions Verdier des Lettres de Bram van Velde à Marthe Arnaud, Françoise Porte et Jacques Putman. Une préface de Jean-Luc Nancy. Les textes sont rassemblés et établis par Gilles Béraud, Martin Lacroix et Françoise Porte. On trouve sur ce lien vers le site Poezibao l'article que j'ai rédigé pour annoncer cette parution.

Alain Paire

Exposition de Lithographies de Bram van Velde, du jeudi 8 novembre au samedi 1 décembre. 30 rue du Puits Neuf, Aix-en-Provence, galerie ouverte du mardi au samedi de 14 h 30 à 18 h 30. Tél 04.42.96.23.67.

galerie_Bram

Samedi 1 décembre 2012, clôture de l'exposition (photographie de Florence Laude).

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