Nasser_Assar_01
Nasser Assar, l'atelier à Paris, 2002 (photographie de Michel N'Guyen).

Au printemps 2009, à l'occasion de la parution d'un catalogue publié par la galerie Christophe Gaillard, Rémi Labrusse avait établi une solide biographie de Nasser Assar. Nasser avait répondu à ses questions : il avait par exemple précisé que sa toute première rencontre avec Anne-Marie et Philippe Jaccottet survint pendant l'hiver de 1976, à l'occasion d'une exposition programmée à Marseille par Jean-Luc Sarré, dans les espaces de la Librairie La Touriale. Les Jaccottet venaient de Grignan ; les Assar avaient pour leur part pris l'habitude de quitter leur appartement parisien de la rue de La Fontaine pour vivre dans le Sud pendant l'automne et l'hiver. Grâce à leur ami Patrick Waldberg qui les avait guidés, Isabelle et Nasser Assar trouvaient à cette époque hébergement et atelier provisoire parmi les hauteurs de Fayence, dans l'arrière-pays de Grasse.

Comme le rappelle Rémi Labrusse, ce fut avec Anne-Marie et Philippe Jaccottet "le début d'une intense amitié, qui se poursuivit entre Paris et la Provence". Dans un autre texte de ce catalogue où il est question d'écrivains ou bien de philosophes qui ont marqué la réflexion de Nasser Assar - Henry Corbin, Yves Bonnefoy, Christian Jambet - Rémi Labrusse cite une lettre que Nasser Assar lui avait adressée le 14 février 2009. Parlant de Philippe Jaccottet, Nasser écrivait qu'"il est de ces êtres dont vous nourrissent la présence et la fréquentation ... ses livres sont de ceux que j'ai toujours à portée de mains".

Par la suite Isabelle et Nasser Assar cessèrent d'habiter le Var ou bien Forcalquier. Le Vaucluse devient leur terre d'élection : ils s'étaient rapprochés de la Drôme, leurs rencontres avec les Jaccottet furent plus fréquentes. Depuis 1991, ils séjournaient près du Mont Ventoux et de la colline Notre-Dame des Anges, à Mormoiron dans le Vaucluse, dans un mazet que leur prêtait l'écrivain et traductrice Mary-Ann Caws. Au fil des ans, l'espace des promenades et des investigations de Nasser Assar s'était rétréci : la maladie, de grandes difficultés respiratoires, de trop rares répits et puis aussi une profonde évolution esthétique modifiaient sensiblement sa peinture. Dans son approche des motifs d'un paysage, ses travaux ne correspondaient plus vraiment à l'image romantique d'un Gaspar David Friederich à qui les critiques d'art et les poètes avaient quelquefois songé, lorsqu'ils contemplaient les grands pins, les nuées orageuses, les rochers, les terres détrempées et les Montagnes déchirées de ses huiles et de ses aquarelles antérieures. Cet endroit du Vaucluse - il peignait presque toujours la même falaise, les mêmes arbres que ployait le cours des saisons - et puis surtout l'approfondissement de sa problématique l'avaient conduit vers des paysages de plus en plus intérieurs dont Jean-Paul Avice désigne les enjeux dans le texte qui voisine ce bref historique : "la beauté, comme une offrande".

Nasser Assar, biobibliographie.

Entre Philippe Jaccottet et Nasser Assar, il y eut un livre que Jacques Clerc et les éditions de La Sétérée achevèrent d'imprimer en janvier 1994 : cinq lithographies en noir accompagnent Eaux prodigues. Tout récemment, en janvier 2011, Philippe Jaccottet a livré quatre pages pour un recueil qui sera publié en 2013 par les éditions Encre Marine. L'heure n'est pas encore venue pour divulguer ce très beau texte, En pensant à Nasser Assar.

Nasser Assar était né à Téhéran le 22 septembre 1928. Dès l'âge de sept ans, il commença à peindre et à se familiariser avec la calligraphie. Au terme de ses études à la Faculté des Beaux-Arts de Téhéran, il avait résolu de vivre en Europe : tout d'abord en Allemagne, ensuite à Paris où il mourut dans la soirée du mardi 26 juillet 2011. Nasser Assar était quelquefois revenu en Iran lors de brefs séjours, pour revoir son père qui occupa à Téhéran une chaire de philosophie orientale : en novembre 1977, une galerie de Téhéran avait accueilli son travail.

Pendant les années soixante, les textes et préfaces du critique Julien Alvard l'avaient classé parmi les "peintres nuagistes". À Londres où il exposa, Nasser Assar fréquenta Herbert Read ainsi que Francis Bacon. Toujours en Angleterre, il épousa en 1966 Isabelle de Gastines dont on peut apercevoir parmi ses peintures des portraits proches de l'art de Giacometti. Isabelle Assar est traductrice : elle avait été étudiante à l'Institut des Langues orientales, elle donna à lire Le livre de l'homme parfait du persan Azizoddin Nasafi, un proche du soufisme publié en 1984 chez Fayard dans la collection L'espace intérieur, autrefois dirigée par un proche ami de Nasser Assar, Roger Munier.

Rémi Labrusse date du début des années soixante les premiers moments de l'amitié de Nasser Assar avec Jean Grenier et surtout avec Yves Bonnefoy. Nombreux sont les poètes qui saluèrent le travail de Nasser Assar et qui le sollicitèrent pour accompagner la publication de leurs recueils. Le premier de ces livres fut édité par La Différence en 1976 : cinq lavis de Nasser Assar figuraient dans Haut lieu du coeur de Jean-Paul Guibbert, dans une collection où l'on trouve des textes de Malcolm Lowry, Jacques Bussy et Victor Segalen. Après quoi, on découvrit Noir asile de Rémi Pharo édité par Thierry Bouchard en 1979, L'Emigrante, un livre des éditions de la revue Solaire, Le ruisseau noir d'Alain Lévêque en 1993 chez Deyrolle, Le grand prénom, un texte d'Yves Bonnefoy publié en 1999 par les éditions Rémy Maure, L'instant d'après de Sébastien Labrusse en 2003 ainsi que De longues absences par Alain Madeleine-Perdrillat aux éditions de La Dogana, en 2004.

On peut apercevoir des reproductions pleine page des travaux de Nasser Assar dans l'ensemble Pierre-Albert Jourdan qui fut publié par Thierry Bouchard et dans le Cahier du Temps qu'il fait consacré à Philippe Jaccottet. Au risque d'être long dans l'énumération, il faut indiquer les textes critiques rédigés à propos de Nasser Assar par Claude Esteban, Patrick Waldberg, John E. Jackson, Bernard Noël, Roger Munier, Christian Jambet, Jean-Pierre Sicre, Michel Camus, Roger Munier, Paul de Roux, Alain Madeleine-Perdrillat, Jean-Marc Sourdillon, Livane-Pinet-Thelot et Jérôme Thelot.

L'ultime souvenir que je garde de la finesse et de l'émouvante gentillesse de Nasser Assar remonte six années en arrière : pendant un soir d'hiver de 2005, Nasser et Isabelle Assar n'avaient pas manqué de venir écouter une lecture que Philippe Jaccottet donnait de ses anthologies de poèmes, au château de Grignan.

Alain Paire

Catalogue "Nasser Assar / Hanté par l'invisible", textes d'Alain Madeleine-Perdrillat et Rémi Labrusse, format 21 x 28 cm, Galerie Christophe Gaillard, 12 rue de Thorigny, 75003 Paris.

La revue Nue de Béatrice Bonhomme a publié en son n°13 un cahier Nasser Assar : des reproductions, un entretien de Nasser avec Jérôme Thélot, des textes de Daniel Lançon, Michèle Finck, Alain Madeleine-Perdrillat, Livane Pinet-Thélot, Patrick Née.

Le 28 juillet 2011, Florence Trocmé et Poezibao avaient accueilli cet In memoriam Nasser Assar.

 30 juin
30 juin 2012, Aix-en-Provence, Isabelle Assar et Philippe Jaccottet.

Mon Compte

Mot de passe oublié ? / Identifiant oublié ?