"Notre-Dame des fleurs", huile sur toile, format 170 x 160 cm.

Vendredi 10 juin, à 20 h, au premier étage de la Brasserie de la Mairie, place de l'Hôtel de Ville, Aix-en-Provence, rencontre et débat avec Serge Plagnol, Pierre Paliard et Jean Klepal.

Presque carrée, la toile de Serge Plagnol se structure en triptyque. Deux fenêtres latérales, un panneau central, le tout dans une verticalité frontale renvoyant à la Pré-Renaissance. Les Annonciations sont ainsi construites : l’Ange annonciateur, un espace occupé ou non (meuble ou colonne), figurant la pureté virginale, Marie dans sa surprise et sa soumission. Des palmes, des lys et des végétaux, symboles de majesté et de fertilité, un paysage toscan encadré d’une fenêtre, (souvent un
hortus conclusus, jardin clos médiéval, symbole redoublé de la Vierge), sont fréquemment représentés et servent à l’ornementation.

Notre toile est essentiellement occupée par ces motifs végétaux si chers à l’artiste, motifs par lesquels transparaît la permanente citation au féminin.

Nous sommes confrontés à un moment de la peinture qui contient un essentiel de son amont. La peinture florentine, déjà dit, mais aussi l’art moderne. Que l’on songe un instant à l’importance des fenêtres chez Matisse, Bonnard aussi. Remarquons les touches cézaniennes diversement orientées, dans la partie supérieure droite. Et puis toutes ces nuances de verts et ces noirs profonds, Manet peut-être ? Mais pas seulement.

Ce tableau vient directement de la conjonction entre l’histoire de la peinture et celle de l’artiste. Il a commencé de germer lors d’un récent séjour en Lombardie, dans la région des lacs. Là où le vert des forêts tombe à pic dans les eaux qu’il colore. Partout ailleurs l’eau est bleue, du bleu du ciel, en Lombardie elle est verte, comme l’attestent les fresques figurant le Baptême de Jésus, visibles en divers endroits de la région. Ici aussi, il est question d’évidence.

Serge Plagnol est passé par là durant l’été de 2010. Et il a vu le travail de Masolino à Castiglione Olona, à deux pas de Varese. Un véritable choc, une rencontre.

Masolino da Panicale, l’aîné de Masaccio avec lequel il travailla à la chapelle Brancacci de Florence. A Castiglione, le cardinal Branda, illustre mécène, voulut embellir et reconfigurer la petite cité médiévale. Masolino fut chargé des fresques du Baptistère, de la Collégiale et du Palais cardinalice. Elles sont admirables, leurs restes somptueux exigent un détour immédiat. Surtout n’y manquez pas. Dans le Baptistère, malgré l’usure du temps et l’affront des tentatives de restauration, la tête d’un Ange annonciateur et celle de Marie émergent seules sur une paroi, séparées par un vide.

Regardez ce tableau, strict et impérieux dans ses dimensions et son agencement imposés. Un visage féminin se trouve sur le panneau central, dans la moitié supérieure de ce jardin secret qu’est la Provence varoise. Une touche de bleu dit la proximité de la mer, tandis qu’une tache rosée au-dessus de la figuration d’un toit évoque une échappée, un au-delà possible. L’esquisse d’un second portrait, en bas, à gauche de la partie centrale, à la limite même du tableau incite à évoquer soit la présence dans l’œuvre elle-même de l’artiste au travail, ainsi que le firent notamment Vélasquez, Courbet ou Picasso, ou bien une représentation du donateur, si fréquente dans les peintures iconiques des premiers temps. Un tiers en tout cas. Le regard du regardeur ? S’agirait-il d’une Annonciation dissimulée par le secret de la pudeur ? Il est bien probable qu’il en est ainsi.

L’artiste emprunte, traduit, s’approprie et déclare clairement l’origine de son inspiration. Il est peintre, ancré dans l’histoire de son art, qu’il questionne, renouvelle, transfigure et perpétue à sa façon.

Notre-Dame des Fleurs ? Mais, oui, c’est à l’évidence de cela qu’il s’agit dans cette union bien nommée de hasards coordonnés entre un voyage, une lecture évocatrice de la surprenante survenue d’un lyrisme décalé, et l’amont de la peinture.

Jean Klepal, novembre 2010. 
Ce texte de Jean Klepal est la fin d'un article plus long, intitulé
"Un tableau, un voyage".
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Serge Plagnol dans le petit bureau de son atelier, à Toulon.

Par courriel, le 9/11/ 2010, voici la réponse de Serge Plagnol :

Je rentre à l'instant de Nîmes, je découvre ton texte. 
Première lecture : passionnant.

Je vais le relire tranquillement mais déjà j’y vois richesse et profondeur. Ton texte révèle plein de choses, surtout dans la dernière partie : cette mémoire des images, des signes, des récits qui nous structurent ; la fin touche une vérité et ce surgissement au travers d'un tableau de "l'inconscient" de figures mentales et artistiques ; effectivement entre autres, cette émotion dans ce coin de Lombardie devant ces fresques comme l'apparition d'une pure beauté, d'un "grand rêve" de vie des couleurs et d'harmonie, celle, tentée, esquissée par la peinture dans cette Renaissance italienne du Tre et du Quattrocento.

Effectivement, je lisais au moment où je peignais ce tableau des extraits de "Notre Dame des fleurs", de Genet. Je trouve très belle l'écriture de ce texte amoureux ; le titre, "Notre Dame...", qui désigne en fait un homme, un récit parfois un peu glauque, un peu "bas fonds" et pourtant d'une grande somptuosité, d'un beau lyrisme, parfois comme une "prière" amoureuse, une scansion de la langue ; cela de Genet, le sordide et la beauté et ce titre "Notre Dame des Fleurs" bien évidemment qui résonne avec la peinture, les Annonciations, les Jardins de la Vierge (ou pas !) du Quattrocento et cette visite un mois auparavant de ces fresques de Masolino qui célèbrent les couleurs, les formes, les figures d’une harmonie, d’un raffinement magnifique.

Donc, ce titre est la condensation de rencontres d’un texte, d’un nom, de peintures et d’émotions artistiques et poétiques. Mais, comme tu le dis, le Titre d’un tableau ne doit pas gêner, orienter trop la vision du tableau (le titre est donc toujours un peu de circonstance et ne recouvre pas l’espace du tableau lui même).

 Amitié, Serge Plagnol.

Amateur d'art, Jean Klepal fut à la fois galeriste et éditeur de livres singuliers. Il a créé et animé pendanbt treize ans La Fabrique, un journal d'artiste dont Serge Plagnol fut le premier rédacteur en chef occasionnel. Il publie (études, réflexions, carnets) dans des journaux, des revues ou des catalogues, ainsi que chez des éditeurs marginaux et militants. Il est également coauteur d'une dizaine de Livres de dialogues réalisés avec des artistes de son entourage.


Vendredi 10 juin, à 20 h, au premier étage de la Brasserie de la Mairie, place de l'Hôtel de Ville, Aix-en-Provence, rencontre et débat avec Serge Plagnol, Pierre Paliard et Jean Klepal. 

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Dans la galerie, 30 rue du Puits-Neuf, jusqu'à fin mai, "Notre-Dame des fleurs" et "Les Veilleurs de nuit"

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