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Don Jacques Ciccolini,

Don Jacques Ciccolini, Le rocher de Saint Eucher, 2010, Huile sur toile, format 158 x 102 cm

Prochaine exposition de Don Jacques Ciccolini, 30 rue du Puits Neuf, du 7 au 30 novembre 2013. Vernissage jeudi 7 novembre.  Cette exposition de Don Jacques Ciccolini sera l'avant-dernière des expositions de la galerie qui fermera définitivement ses portes fin 2013. Auparavant, du mercredi 13 novembre  au samedi 21 décembre, exposition chez Arteum / Châteauneuf-le-Rouge, en collaboration avec Christiane Courbon et Pierre Vallauri, "Alain Paire, 19 ans de Galerie"

*** Né à Paris en 1952, Don Jacques Ciccoloni entretient de solides attaches avec le Pays d'Aix. Son prénom signe des ascendances corses : ce peintre est un proche cousin de Félix Ciccolini, l'ancien bâtonnier et sénateur-maire d'Aix-en-Provence. Son atelier personnel est depuis la fin des années soixante implanté à Pertuis, ses étés se déroulent dans un village proche de Sisteron qui élargit la gamme de ses paysages de prédilection.

Depuis avril 2002, Don Jacques Ciccolini est enseignant de peinture à l'Ecole supérieure d'art d'Aix-en-Provence. Il connaît bien l'histoire récente de son Ecole, il se souvient volontiers  des cours à la fois non-directifs et rigoureux qu'y donnait autrefois Vincent Bioulès. Un contexte singulier - les grands refus, l'effervescence de la fin des années soixante - une époque déja lointaine hantent les premières décisions qui orientèrent son travail. Quand il commençait ses apprentissages, Don Jacques avait seize ans ; Vincent Bioulès était un trentenaire, à cette époque profondément impliqué dans l'aventure du mouvement support-surface.  

L'Ecole d'art n'avait pas encore rejoint la rue Emille Tavan, la proximité des grands pins et de la pièce d'eau du Pavillon de Vendôme. Elle était provisoirement hébergée rue Roux-Alphéran, derrière le musée Granet de Louis Malbos où Don Jacques Ciccolini fut brièvement employé en tant que veilleur de nuit, pendant l'été d'un début des années 70. Vincent Bioulès rédigea volontiers une préface pour ses travaux de fin d'études, à la faveur d'une exposition parisienne intitulée 36 / 72 qui réunissait de jeunes artistes et récompensait les Prix de peinture de chaque école de l'hexagone. Bioulès dont le regard et la mémoire sont d'une grande justesse, avait immédiatement identifié chez Don Jacques Ciccolini la très reconnaissable apparition d'une "gamme colorée précise, celle particulière à tout individu, ici restreinte et sourde".  

Avec Morandi, Courbet ou bien Paul Guigou. 

Une années auparavant, un jour d'avril 1971, Don Jacques Ciccolini avait découvert au musée d'art moderne de la ville de Paris la première grande exposition en France de Giorgio Morandi. Cette émotion totalement imprévue coincidait avec plusieurs éléments de sa propre recherche. Bien avant d'avoir contemplé la peinture infiniment mystérieuse de Morandi, "un simple volet entrebaîllé où peu de lumière pénétrait", des bouteilles échouées parmi les étagères d'un grenier qui fut tout son premier atelier façonnaient les motifs de ses toiles. 

Une chose se confirmait, Don Jacques Ciccolini comprenait qu'une partie de ses intuitions avait pour théatre majeur le franchissement des Alpes : il se rendit à Ferrare ainsi qu'à Bologne, effectua aussi souvent que possible des voyages en Italie qu'il plaça longtemps sous le signe de Chirico et de Morandi. Après les natures mortes et les minimalismes de la jeunesse, ses toiles firent surgir de nouveaux motifs et de plus vastes espaces : des ambiances paradoxales, des architectures de ville avec de hautes terrasses, des fenêtres aveugles, des chimères et des places mystérieusement vides. D'autres mythologies hantent la suite de son parcours. La fascination pour l'Orient, le romantisme des voyageurs de naguère, des montagnes calcinées et des arches détruites, des faubourgs exclus des grands mouvements de l'histoire, une chevauchée sur le lac de Constance ou bien encore le quai désert d'un appontement au bord d'une étendue d'eau alpestre aiguillaient son imaginaire.

Lorsqu'il revint dans le Sud - enseignant dans le secondaire, il fut tout d'abord nommé en Bourgogne, ces années furent difficiles à traverser - les reliefs d'une Provence avec peu d'habitations, plus précisément les rives et les montagnes proches de la Durance ou bien les franges les plus arides de l'Estaque arrimèrent les territoires d'élection de ses paysages. Parcourir inlassablement son proche territoire, scruter des configurations bien précises, appréhender les données de la géologie et de la botanique, ramasser des pierres, des galets ou bien des champignons à la faveur d'une promenade, et puis ensuite interpréter librement dans son atelier les paysages qui l'entourent devint la préoccupation majeure de sa peinture. Une peinture porteuse d'une histoire et d'un climat assez vite reconnaissables. Avec pour basse continue, la souple utilisation des bruns, des noirs, des verts, du brou de noix, des terres de Sienne et des ocres. 

Chacun de ses formats correspond à une visée précisément élaborée. Ses amis n'ont jamais pensé qu'il pourrait travailler dans une boîte de nuit, ils abrègent pourtant son prénom et son nom. Don Jacques Ciccolini, alias "DJC", qui fut pendant quelques années menuisier, a pour habitude de confectionner lui-même ses toiles et ses chassis. Ses tableaux peuvent mesurer 158 centimètres de long ou bien  les 20 x 13 cm d'une pochade. Il peut passer abruptement du grand au petit format, s'autorise des épreuves de grand souffle ou bien la pratique tout aussi ardente du paysage miniature. 

L'atmosphère d'une fin de journée, la force du songe qui imprègne l'atmosphère ou bien l'entrée dans l'obscurité de la nuit, des saisons de grande sècheresse, des cicatrices et des migrations traversent ses tableaux. Un contemporain comme Peter Doig, Gustave Courbet, Ferdinand Hodler ou bien Paul Guigou, le bien moins connu Abbé Laurent Guétal dont on voit les tableaux de lac et de montagne au musée de Grenoble ainsi qu'à Vienne, les petits maîtres qui oeuvraient avant Cézanne, Emile Loubon, Marius Engalière et Prosper Grézy sont conviés sur ses toiles où s'orchestrent toutes sortes de recouvrements. On discerne des effets d'estrangement et de modernité par rapport aux images convenues de la Provence, on relève des réminiscences du côté de la peinture du XIX° siècle. Des recyclages, de fortes décisions, mais aussi bien des signes d'incertitudes, l'amorce d'une nostalgie ou bien d'une déréliction. Pensant aux incessants travaux du rêve et de la mémoire qui imprègnent notre regard, songeant à Proust ou bien à l'insistante figure de Pénélope, Walter Benjamin l'écrivait : "c'est le jour qui défait ce qu'a fait la nuit". 

Don Jacques Ciccolini,

Don Jacques Ciccolini, " Sainte Victoire", mai 2010, huile sur panneau de bois, 50 x 25 cm.

Trouver la note juste au coeur des temps qui s'entrelacent, peindre et regarder sont des métiers que l'on habite profondément, où l'on ne cesse pas d'apprendre. Quand l'exposition ou bien la visite d'atelier sont favorables, le regardeur et l'artiste sont emportés par une aventure commune, l'émotion devient partageable : en face de tel ou tel de ses tableaux, on peut éprouver le sentiment de fréquenter une manière d'arrière-pays étonnamment silencieux.

On part à la rencontre d'un territoire à la fois surprenant et familier, il semblerait qu'on soit arrivé ici depuis déja longtemps. Simultanément l'histoire de la peinture nous accompagne : il nous vient en mémoire des fragments de musée imaginaire, une toile franc-comtoise de Gustave Courbet ou bien le très fin sillage de la barque de L'Ile des morts d'Arnold Böecklin.  A propos des toiles de sa jeunesse et de tout ce qu'elles pouvaient faire remonter dans ses souvenirs, Don Jacques Ciccolini indiquait, dans un autre contexte, que "c'est la force de la peinture que de faire (re)surgir des images perdues qui nous regardent".   

On contemple une vieille bastide et des arbres qui frissonnent, on regarde sur un autre tableau une fumée d'usine qui dégorge son surplus au milieu d'une nuit étoilée. En amont de Saint-Paul-les-Durance, délibérément frontale, en surplomb de l'autoroute, la falaise qui domine le petit ermitage de Saint Eucher vient de surgir. Voici des franges de lumières qui tourbillonnent et qui déclinent, des vols d'oiseaux, des choucas ou bien des martinets. On aperçoit des crevasses, des roches qui se morcellent, des arbustes qui ploient et des orages qui menacent, les remous d'un fleuve qui pourrait ressembler au Styx.

Sur un autre de ses tableaux, une vague de roches se soulève : un versant de la montagne qu'on aperçoit depuis toujours en pays d'Aix se profile dans la proximité du barrage de Bimont. Le peintre assume le passage du témoin, il s'affirme comme un simple relais à l'intérieur du grand bruissement d'une bien plus vaste histoire. Comme disait Félix Fénéon, c'est du "mystère sans battage". Sur le revers du panneau de bois ici reproduit, Pierre Ménard tente d'écrire son Don Quichotte, Don Jacques Ciccoloni rédige quelques mots. Il se souvient de Guigou qui naquit à Apt, fréquenta souvent la plaine de la Durance et mourut alors qu'il avait seulement 37 ans : "Paul Guigou est mort en 1870 ; l'année précédente, Cézanne venait de peindre sa première Sainte-Victoire".

Alain Paire

Exposition Don Jacques Ciccolini, "L'atelier du paysage", programmée du jeudi 10 mars au samedi 30 avril 2011, dans trois lieux d'Aix-en-Provence : l'Atelier Cézanne de Michel Fraisset, le 200 RD 10 et la galerie Alain Paire. 


Catalogue de l'exposition de 2011, 50 pages, format 21 x 26 cm, une trentaine de reproductions couleur, entretien avec Don Jacques Ciccolini, texte de Pierre Paliard, à propos de la série des tableaux de la falaise de Saint Eucher, DVD de François Lejault. Graphisme et maquette de Virginie Scuitto.

Sur ce lien, la seconde exposition de Don Jacques Ciccolini dans la galerie, octobre 2012, "Le pont de Pertuis, un chantier de peinture".  Une troisième exposition de Don Jacques est programmée en novembre 2013, vernissage jeudi 7 novembre.

Don Jacques Ciccolini, affiche

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