Portrait d'André Breton, dessin d'André Masson

Portrait d'André Breton, dessin d'André Masson
Sur ce lien, chaîne Mativi-Marseille, cf un film de sept minutes André Breton / Villa Air Bel.

Depuis mars 1941 jusqu'au milieu des années cinquante, beaucoup d'estime et d'amitié, un ardent mélange de connivence et de distance réunirent Claude Lévi-Strauss et André Breton. Trois épisodes scandent leurs échanges et leurs confrontations. A compter du 24 mars et jusqu'au 20 avril 1941, entre Casablanca et Fort-de-France, il y eut tout d'abord leurs rencontres et leurs discussions sur le pont du Capitaine-Paul-Lemerle, un navire parti de Marseille (1) qui avait pour destination l'exil aux Etats-Unis.

Plusieurs menaces, de fâcheuses péripéties retardèrent leur arrivée, les migrants n'arrivèrent pas ensemble à New York. André Breton et son épouse Jacqueline Lamba rencontrèrent Aimé Césaire en Martinique, séjournèrent en Guadeloupe et firent escale à Saint Domingue. Ils débarquèrent au début de juillet 1941, quelques semaines après Claude Lévi-Strauss qui effectua un détour par Porto-Rico et découvrit la statue de La Liberté à la fin du mois de mai.

Après quoi, ce fut un temps de compagnonnage et d'amitié dans Grennwich village et les rues de New York. Les chemins de Breton et de Lévi-Strauss ne furent pas vraiment parallèles : ils partagèrent selon des modalités sensiblement différentes la condition de l'exilé. L'une de leurs belles occasions de retrouvailles, ce fut en compagnie de Max Ernst, avec Roberto Matta, Georges Duthuit ou bien Robert Lebel, au n° 943 de la Troisième Avenue, la boutique de l'antiquaire Julius Carlebach. Dans cet espace et pour des prix plus que raisonnables, il eurent la chance d'identifier et d'acquérir pour leurs collections personnelles des objets d'art primitif de belle provenance, principalement des pièces des indiens de la côte ouest du Pacifique.

Jusqu'au début des années cinquante, cette habitude est rapportée dans De près ou de loin (2), le volume des entretiens menés par Didier Eribon, les deux hommes s'apercevaient régulièrement. Familier depuis son enfance des brocantes et des antiquités, Lévi-Strauss rejoignait volontiers le petit groupe d'amis d'André Breton qui très tôt le matin, pendant les fins de semaine, hantait le marché aux puces de Saint-Ouen. S'aiguiser le regard, aller au devant de découvertes point du tout conventionnelles dans la compagnie de Breton constituaient pour Lévi-Strauss une récréation hebdomadaire ainsi qu'un excellent exercice : "Au contact des surréalistes, mes goûts esthétiques se sont enrichis et affinés. Beaucoup d'objets que j'aurais eu tendance à rejeter me sont apparus sous un autre jour".

Principalement imputable à André Breton, survenue quelques mois avant 1958, pendant la phase d'enquête et de rédaction de L'Art magique - notion pour laquelle l'ethnologue aurait souhaité davantage de rigueur - leur rupture n'empêcha jamais les commentaires rétrospectifs de Lévi-Strauss qui rendit hommage à André Breton et aux surréalistes le 5 janvier 1960 lors de sa leçon inaugurale pour la chaire d'anthropologie sociale du Collège de France. Dans son discours, pensant sans doute à quelques-uns de ses confrères - Alfred Métraux ou bien Michel Leiris - Claude Lévi-Strauss rappela que "certains d'entre nous (les ethonologues) avons acquis une connaissance directe des formes de vie et pensée exotiques, qui faisait défaut à nos devanciers ; mais n'est-ce pas aussi que le surréalisme a transformé notre sensibilité, et que nous lui sommes redevables d'avoir au coeur de nos études, découvert ou redécouvert un lyrisme et une probité ?". Edité en 1993, Regarder écouter lire où sont commentés Poussin, Rameau et Diderot fait place à André Breton et revient sur leurs conversations à bord du Capitaine-Paul-Lemerle : dans son chapitre XX, cet ouvrage donne à lire une Note sur les rapports de l'oeuvre d'art et du document écrite et remise à André Breton en 1941 (Pléiade Lévi-Strauss, pages 1580/ 1585).

atelier_André Breton

Rue Fontaine, l'appartement d'André Breton.

Casablanca / Fort-de-France.

André Breton était né en 1896, Lévi-Strauss avait 32 ans lorsqu'il rencontra Breton, de douze années plus âgé que lui. Ces deux géants du XX° siècle auraient pu ne jamais se fréquenter : ils lièrent fortuitement connaissance, pendant le périple de ce bateau qui depuis Marseille leur permit d'approcher New York. Au début de son escale à Casablanca, Lévi-Strauss qui entend Breton décliner son nom lors d'une remise de passe-port, identifie soudainement l'un des passagers du Capitaine-Paul-Lemerle. Grand lecteur - l'un de ses premiers articles critiques concerne Le Voyage au bout de la nuit (3) - Claude Lévi-Strauss ne connaissait pas le visage d'André Breton. Sa réaction fut immédiate : "Vous imaginez quel choc j'ai pu ressentir. Je me suis présenté à lui et nous avons sympathisé". Comme il est raconté dans ses entretiens avec Dider Eribon ainsi que dans le recueil Regarder écouter lire, il s'agissait sur ce bateau surencombré - plus de 350 voyageurs - d'"une longue traversée dont nous trompions l'ennui et l'inconfort en discutant sur la nature de l'oeuvre d'art, par écrit d'abord, puis en conversation".

"Nous discutions des rapports entre beauté esthétique et originalité absolue"... Julien Gracq l'a souligné, André Breton redoutait "l'inconvenance du style parlé". Il manquait d'aisance lorsque la conversation devenait intensément réflexive : assez curieusement, il préféra tout d'abord s'entretenir avec Lévi-Strauss sous la forme d'un échange de lettres qui fait à présent partie de ses publications posthumes (Pléiade-Gallimard, tome 3). L'ethnologue s'amusait du ton cérémonieux, de la syntaxe impeccable et de la grande politesse dont pouvait faire preuve Breton. Un fonds commun facilitait les rapports de ces personnages qui pouvaient entretenir des goûts identiques en matière de peinture. Tous deux affectionnaient Gustave Moreau ; à bien des égards, leur culture prend racine dans le XIX° siècle.

Un extrait du second chapitre de Tristes Tropiques fut souvent cité, il retrace le début de leur voyage : "Finalement j'obtins mon billet de passage sur le Capitaine-Paul-Lemerle, mais je ne commençai à comprendre que le jour de l'embarquement, en franchissant les haies de gardes mobiles, casqués et mitraillette au poing, qui encadraient le quai et coupaient les passagers de tout contact avec les parents ou amis venus les accompagner, abrégeant les adieux par des bourrades et des injures : il s'agissait bien d'aventure solitaire, c'était plutôt un départ de forçats. Plus encore que la manière dont on nous traitait, notre nombre me frappait de stupeur. Car on entassait trois cent cinquante personnes environ sur un petit vapeur qui - j'aillais le vérifier tout de suite - ne comprenait que deux cabines faisant en tout sept couchettes"... "La racaille, comme disaient les gendarmes, comprenait entre autres André Breton et Victor Serge. André Breton, fort mal à l'aise sur cette galère, déambulait de long en large sur les rares espaces vides du pont : vêtu de peluche, il ressemblait à un ours bleu"... "En plus de sa cargaison humaine, le bateau transportait je ne sais quel matériau clandestin ; on passa un temps prodigieux, en Méditerranée et sur la côte occidentale de l'Afrique, à se réfugier de port en port pour échapper, semble-t-il au contrôle de la flotte anglaise".

Des hommes, des femmes et des enfants, des allemands, des autrichiens, des tchèques, des espagnols ou bien des français s'entassaient, écrit Lévi-Strauss dans "des cales sans air ni lumière, où les charpentiers de la marine avaient sommairement échafaudé des lits superposés, garnis de paillasse" : plus tard, dans ses Mémoires d'un révolutionnaire, Victor Serge parla de ce rafiot comme s'il s'agissait d'un "camp de concentration flottant". Parmi les passagers de ce bateau que Claude Lévi-Strauss avait quelques années auparavant connu dans un contexte bien plus favorable - il l'avait auparavant emmené jusqu'au Brésil - figurait l'historien d'art John Rewald (1912-1994). Rewald avait obtenu son visa suite à ses démarches menées auprès du consul américain de Marseille, William L. Peck. Du ccôté de ceux qui devaient leur délivrance à l'équipe de Varian Fry il y avait André Breton, Jacqueline Lamba, Victor Serge et son fils Vlady, anciens pensionnaires de la Villa Air Bel. Faisaient également partie du voyage la romancière allemande Anna Seghers ainsi que le couple d'Helena Benitez et Wifredo Lam : Breton aimait dire en public qu'il estimait Lam, ce "peintre de grand talent", entre autres raisons parce qu'il était "né d'un père chinois et d'une mère cubaine". Pour ce qui concerne Claude Lévi-Strauss, les lettres de recommandation de ses confrères Robert H. Lowie et Alfred Métraux ainsi que les services de sauvetage des savants européens de la Fondation Rockfeller avaient permis l'obtention d'un visa.

Avant qu'ils n'arrivent à New York, leur conscience du temps présent n'était pas identique. Pour sa réflexion sur le plan international, Breton avait été très marqué par l'annonce de l'assasinat de Léon Trotsky. La grisaille ou bien les férocités du séjour à Marseille, les pressions de la censure qui avait interdit la publication de Fata Morgana ainsi que son Anthologie de l'humour noir, l'empêchaient de nourrir la plus petite illusion. Le 3 décembre 1940, veille de l'arrivée du Maréchal Pétain à Marseille, des policiers en civil avaient perquisitionné la Villa Air Bel dont les résidents avaient été conduits à bord d'un autre navire, le Sinaia à l'intérieur duquel six cent "indésirables" se trouvèrent enfermés pendant quatre jours.

Pour Claude Lévi-Strauss, c'est une constatation troublante, la lucidité fut moins immédiate. On hasardera à ce propos que pour un grand intellectuel comme pour de nombreux français, l'année 1940 fut un terrible trauma qui paralysa momentanément les facultés d'analyse et la conscience civique. Après sa démobilisation, Lévi-Strauss avait effectué des démarches à Vichy : il voulait réintégrer son poste de professeur de philosophie au Lycée Henry IV de Paris. Sa visite avait stupéfait le fonctionnaire qui l'avait reçu. Dans un entretien du Magazine littéraire livré en 2003 à Catherine Clément et Dominique-Antoine Grisoni (4), Lévi-Strauss se souvient que ce responsable l'avait regardé éberlué : "Avec le nom que vous portez, aller à Paris ? Vous n'y pensez pas !". Comme il l'avait raconté à Didier Eribon, cet ancien militant de la Sfio, ce jeune homme qui fut le secrétaire d'un député, pouvait faire preuve d'une "totale inconscience" et "manquer totalement d'imagination". Provoquée par les lois raciales d'octobre 1940, sa révocation après trois semaines de cours dans un lycée précipita son départ. Lévi-Strauss n'avait pas immédiatement compris que son nom et son ascendant pouvaient faire de lui "un gibier de camp de concentration".

Greenwich village, une micro-communauté surréaliste.

Quelques semaines après l' "histoire d'eau" de cette traversée de l'Atlantique dont les enjeux sont remarquablement analysés par Emmanuelle Loyer (5), Breton et Lévi-Stauss renouèrent relations. Dans Martinique, charmeuse de serpents, qui parut pendant l'été de 1948 aux éditions du Sagittaire, mais dont le chapitre qui s'intitule "Eaux troubles" fut publié dans un hebdomadaire dés février 1942, André Breton dessine dans l'horizon de sa vie (page 387 de l'édition du tome 3, Pléiade-Gallimard) la silhouette d'"un jeune savant des plus distingués" qui fut insulté par les "autorités de contrôle" de la Martinique : "Non, vous n'êtes pas français, vous êtes juif et les juifs dits français sont pires pour nous que les juifs étrangers".

On peut imaginer qu'André Breton lui avait recommandé de se rendre dés son arrivée à la rencontre d'Yves Tanguy qui habitait les Etats-Unis depuis 1939. Dans un chapitre du Regard éloigné (6), au début de son grand texte New York post et pré-figuratif qui lui fut commandé pour le catalogue de l'exposition Paris-New York (Beaubourg, juin 1977) Lévi-Strauss raconte comment il trouva domicile dans Greenwich village : "A quelques minutes de Time Square par le subway, on pouvait encore loger, comme à Paris au temps de Balzac, dans une maisonnette à deux ou trois étages avec un jardinet par-derrière. Peu de jours après mon arrivée, allant rendre visite à Yves Tanguy, je découvris et louai aussitôt, dans la rue où celui-ci habitait, un studio dont les fenêtres donnaient sur des jardins tombés en friches. On y accédait par un long corridor en sous-sol conduisant à un escalier particulier, sur l'arrière d'une maison de briques rouges".

Ce logement dont une reproduction photographique apparaît en page 47, dans l'ouvrage de la collection Découvertes/ Gallimard composé par Vincent Debeane et Frédéric Keck (7), aura revêtu pendant le séjour de Lévi-Strauss des connotations à la fois balzaciennes et surréalisantes. Patrick Waldberg rapporte que s'y trouvait accroché "un grand tableau, dans les tons sombres, tout à fait surréaliste d'esprit, où des mains géantes s'imbriquaient et se fondaient à d'autres éléments. A ce tableau qui dit encore Waldberg "aurait pu s'apparenter à certaines oeuvres d'Hans Bellmer" s'ajouteront, nous les évoquons plus loin, les emplettes effectuées chez Julius Carlebach, des objets qui donneront pour partie à son gîte, avec plus de sobriété et sans accumulations, des apparences dignes du 42 de la rue Fontaine. Une amie de cette époque, Claudine Hermann avait remarqué dans la pièce principale deux statues."L'une était en bois blond. Elle représentait un guerrier aux yeux d'or accroupi, prêt à bondir, une lance à la main. L'autre étaitun petit totem avec en haut deux triangles allongés qui figuraient les ailes déployées d'un oiseau" (8).

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"Masque eskimo, Alaska", ancienne collection André Breton

Comme il est écrit dans Tristes Tropiques, "Un voyage s'inscrit simultanément dans l'espace, dans le temps, dans la hiérarchie sociale ... Il déplace, mais aussi il déclasse - pour le meilleur et pour le pire - la couleur et la saveur des lieux ne peuvent être dissociés du rang toujours imprévu où il vous installe pour le goûter". Européen par toutes ses fibres, brusquement chassé de son lieu d'origine et vivant plus ou moins solitairement, comme l'avait caractérisé Jacques Derrida, une période "de dislocation historique", un temps de désastre et de honte, Claude Levi-Strauss aura paradoxalement trouvé dans le Nouveau Monde une mobilité sociale et des facilités de travail étonnamment favorables. Comme l'a souligné Laurent Jeanpierre dans de récentes recherches (9), sa situation n'a rien de commun avec celle que pouvaient vivre aux Etats-Unis des personnes comme Theodor W. Adorno, Hannah Arendt ou Siegfried Kracauer.

Quand on relit l'admirable description de New-York post et préfiguratif, "tantôt misérable, tantôt bourgeoise et provinciale, le plus souvent chaotique", on comprend que les composantes de cette ville, avec ses entrechocs, ses surprises et ses disparités fascinaient Lévi-Strauss. A la différence de Breton qui refusa de parler la langue des New-Yorkais et qui passa par des moments de grande solitude et de profonde déprime, Lévi-Strauss se sera souvent réjoui - au beau milieu de son enseignement à la New School for Social Research et de ses grands travaux dans la New York Public Library - de pouvoir appréhender quotidiennement une cité "capable tout à la fois de remonter et de devancer le temps". Il ne redoutait pas les décentrements de son regard, les entre-mondes et les accélérations qui surgissaient devant lui : "New York était une ville où l'on respirait sans gêne... une ville où tout semblait possible. A l'image du tissu urbain, le tissu social et culturel offrait une texture criblée de trous. Il suffisait de les choisir et de s'y glisser pour atteindre comme Alice de l'autre côté du miroir, des mondes si enchanteurs qu'ils en paraissaient irréels ...Il suffisait d'un peu de culture et de flair pour que s'ouvrent ... dans le mur de la civilisation industrielle, des portes donnant accés à d'autres mondes et à tous les temps. Nulle part, sans doute, plus qu'à New-York, n'existaient à cette époque de telles facilités d'évasion. Elles semblent presque mythiques aujourd'hui où l'on n'oserait plus rêver de portes : à peine de niches où nous pourrions encore nous blottir".

Claude Lévi-Strauss a raconté avoir connu la plupart des personnes qui s'étaient regroupées autour d'André Breton. Ce dernier s'était installé au 265 de la 11° rue Ouest dans Greenwich Village. Lévi-Strauss aperçut André Masson et Alexander Calder qui s'éloignaient parmi les campagnes du Connecticut, fréquenta épisodiquement Marcel Duchamp, rencontra plus souvent Leonora Carrington, Dorothea Tanning, Yves Tanguy, Wifredo Lam, Roberto Matta, Georges Duthuit, Isabelle et Patrick Waldberg ainsi que Robert Lebel. En revanche il ne semble pas avoir bénéficié de la présence de quelques-uns des personnages de forte envergure avec lesquels André Breton pouvait également frayer : entre autres, Robert Motherwell, Arshile Gorky, Alfred Barr ou bien Meyer Shapiro que Breton appréciait tout particulièrement, entra autres raisons parce qu'il parlait couramment français.

Max Ernst (1891-1976) fut l'ami de grande élégance que Lévi-Strauss continua de voir, bien après la guerre. A la différence de Breton qui "n'aimait pas que des considérations savantes s'interposent entre l'objet et lui", Max Ernst s'informait volontiers de tout ce que Claude Lévi-Strauss pouvait lui révéler. "Une peinture méditative", le chapitre XVIII du Regard éloigné lui est consacré : Levi-Strauss part de son exemple pour réfléchir sur la notion d'auteur. L'un de ses dessins, très cordialement dédicacé à Lévi-Strauss, figure parmi les premières pages de l'édition des Mélanges que Jean Pouillon et Pierre Maranda avaient composé lors du soixantième anniversaire de l'ethnologue.

Max Ernst
L'arrivée de Peggy Guggenheim et Max Ernst à New York (photo anonyme).

Dans le premier tome de ces Mélanges, figure aussi Au fil du souvenir, le témoignage de Patrick Waldberg (1913-1985) qui donne une idée précise de qui pouvait être Lévi-Strauss pendant ces années d'exil, lorsqu'il participait de près ou de loin aux soirées de ses amis surréalistes : "le corps svelte, élancé, le visage long aux traits ciselés, le regard à la fois profond et scrutateur, tantôt rêveur et mélancolique ou bien au contraire braqué comme en alerte, une expression de gravité assez constante cédant parfois au plus nervalien des sourires, tout cela me faisait penser à quelque Grand d'Espagne". Tout comme son ami Georges Duthuit qui, venu par d'autres voies définies par Rémi Labrusse (10) - entre autres, le Collège de Sociologie de Georges Bataille - allait également se passionner pour l'art des Inuit et des Indiens de la Colombie Britannique, Patrick Waldberg avait antérieurement suivi à Paris les cours de Marcel Mauss. La guerre et toute sortes d'affinités électives les avait rapprochés, Waldberg affectionnait grandement la conversation de Lévi-Strauss ainsi que sa capacité de réserve, "son savoir qu'on percevait à chaque carrefour de la parole"..."apte à saisir les analogies éclairantes et à déchiffrer le réel selon une grille plus riche et plus féconde que celles auxquelles nous fûmes formés"... "Je me souviens aussi de la lourdeur de plomb de son silence, dés qu'une présence importune tentait de lui arracher ce qu'il ne désirait pas dire. Mais il savait déployer s'il était en confiance des trésors de douceur et les inflexions chaleureuses, parfois passionnées de sa voix démentaient alors ce qu'un superficiel contact eût pu faire prendre pour de la froideur ou de la morgue".

Privé du substrat parisien dont il s'était toujours nourri, désarmé par le départ de Jacqueline Lamba qui venait de le quitter, André Breton ne voulait pas pour autant capituler. Rassembler ses proches - "jouer" en leur compagnie demeurait l'une de ses plus fortes injonctions - était l'une des tâches infiniment sérieuses qu'il continuait d'accomplir. Plusieurs occasions furent données à Lévi-Strauss de participer aux activités du mouvement surréaliste. Il lui arriva de fréquenter en compagnie des amis de Breton les restaurants exotiques de New York et de se distraire en pratiquant des "cadavres exquis" ou bien le "jeu de la vérité" qui consistait "à tout avouer sans jamais tomber dans l'obscénité ou la vulgarité ". Il bénéficiait pour ces séances d'une bienveillance et d'une courtoisie dont furent également gratifiés d'autres exilés, quelques "allogènes" de bonne volonté comme Pierre Lazareff et Denis de Rougemont. Rétrospectivement, ces divertissements ne furent pas considérés sans ironie : dans son entretien de 2003 confié au Magazine Littéraire, Lévi-Strauss ajoute que "toutes proportions gardées, cela me faisait penser aux Précieuses ou à l'Hôtel de Rambouillet".

Plus sérieusement, lorsqu'il fut question de faire paraître en juin 1942 le premier sommaire de la revue VVV, André Breton sollicita Lévi-Strauss qui livra deux contributions qui relevaient de ses champs d'investigation coutumiers. On trouve sous la couverture de ce premier numéro dessinée par Max Ernst Indian Cosmétics, un texte rédigé en anglais à propos des peintures corporelles des Indiens Caduevo (Mato Grosso, Brésil) ainsi qu'une courte évocation du décés de Bronislaw Malinowski qui venait de s'éteindre à New Haven le 14 mai 1942. André Breton demanda également à Lévi-Strauss de lui confier en octobre 1942 des objets de sa collection d'art primitif qui figurèrent à côté de tableaux de Tanguy et de Matta dans l'exposition First papers of surréalism dont la scénographie, les grandes ficelles avec effets de toiles d'araignée, furent imaginées par Marcel Duchamp.

Sur les ondes de la radio, les Voix de l'Amérique.

Pendant les six premiers mois de son séjour à New York, André Breton fut aidé financièrement par Peggy Guggenheim. A compter de mars 1942, ses ressources se stabilisent, il est recruté en même temps que Claude Lévi-Strauss par Pierre Lazareff afin de participer en tant que speaker aux émissions radiophoniques de La Voix de l'Amérique,la section française de l'Office of War Information. Dans cette entreprise Breton eut la joie de pouvoir travailler avec deux amis proches, Patrick Waldberg et Georges Duthuit (1891-1973) qu'il tenait en haute estime : à propos du gendre d'Henri Matisse et de l'ami intime d'André Masson qui fut quelques années plus tard un critique d'art et un penseur qui influença fortement Yves Bonnefoy, André Breton écrivit dans ses Prolégomènes à un troisième manifeste du surréalisme qu'il comptait parmi les esprits "les plus lucides et les plus audacieux d'aujourd'hui".

A l'intérieur des studios de cette maison de radio remarquablement ouverte aux exilés de cette époque, il lui arrivait de croiser des intellectuels et des écrivains comme Denis de Rougemont, Edouard Roditi, Yvan Goll, Dolorés Vanetti, Sacha Pitoeff, Julien Green, Jacques Maritain, Paul Vignaux ou bien Amédée Ozenfant : toutes ces personnes que les logiques des réseaux parisiens auraient pu éloigner les uns des autres, cohabitaient et pouvaient éventuellement sympathiser parmi les étages d'un immeuble de la 57° rue Ouest, une sorte de Tour de Babel où venaient quotidiennement parler et travailler dans vingt-sept langues différentes des individus issus de plusieurs nationalités.

Le chapitre VIII du livre d'Emmanuelle Loyer mentionné plus haut, Paris à New York, précise le fonctionnement de cette section française qui fut dirigée avec doigté et énergie par Pierre Lazareff. Emmanuelle Loyer raconte que Lazareff donnait à ses proches l'image d'un Citizen Kane-derviche tourneur, "en bras de chemise, le crayon sur l'oreille et le front maculé d'encre à copier". Imaginées sous la directive d'un professionnel et non pas d'un politique, John Housemann, "homme réputé du show-business et du cinéma " - il avait produit avec Orson Welles l'adaptation radiophonique de La guerre des mondes - les émissions de la Voix de l'Amérique n'étaient pas exactement des émissions de propagande : Denis de Rougemont en témoigna, elles n'avaient rien d'académique, un vent de modernité ainsi qu'un réel souci de véridicité soufflaient dans les studios. Le travail se partageait entre les chroniqueurs (writers) et les speakers (announcers). Sur le french desk les announcers qui fonctionnaient par équipes de trois ou quatre, faisaient alterner leurs voix. Pour leur part, Breton et Lévi-Strauss venaient travailler au studio en soirée. Denis de Rougemont décrivait ainsi l'apparition du poète : "André Breton, superbement courtois, patient comme un lion bien décidé à ignorer les barreaux de sa cage, apparaissait vers cinq heures au fond de la salle". On raconte que Lévi-Strauss était particulièrement apprécié par les techniciens du studio : sa voix parfaitement timbrée résistait aux tentatives de brouillages de l'ennemi et convenait parfaitement pour mettre en boucle les discours de Roosevelt.

A la fin de la guerre cette entreprise réunissait "une centaine de personnes produisant 350 programmes de quinze minutes par semaine". Subitement capté par le Vieux Continent, il arriva que son filet de voix oeuvre pour faire renaître des liens infiniment précieux : lors d'un entretien (note de la page 305) Claude Lévi-Strauss racontait à Emmanuelle Loyer que l'un de ses meilleurs amis qui avait par hasard entendu et reconnu sa voix, avait pu apaiser l'inquiétude de ses vieux parents, cachés quelque part dans un village de la Drôme ...

Dans l'ombre de Franz Boas, La voie des masques.

Les éventuelles économies réalisées à la faveur de ces émissions de radio furent promptement dépensées. Max Ernst avait découvert quelques mois après son arrivée à New-York l'étonnant bric à brac entreposé dans la galerie de l'antiquaire Julius Carlebach qui, écrivit Lévi-Strauss, "faisait surgir d'une caverne d'Ali Baba dont nous connûmes vite le secret de précieux masques en pierre de Teotihuacan, et d'admirables sculptures de la côte nord-ouest du Pacifique". Le premier achat d'Ernst fut une cuillère haida en forme de corne. Il entraîna à sa suite Breton, Lévi-Strauss, Duthuit et Lebel, enchantés de pouvoir s'approvisionner pour peu de frais (d'après les témoignages autorisés, le montant des achats se situait généralement entre 140 et 200 dollars).

Dans son article paru dans le Cahier de l'Herne(11) consacré à Lévi-Strauss, Marie Mauzé a resitué dans sa longue durée l'attitude globale des surréalistes vis à vis des arts primitifs. Vingt années auparavant, Eluard et Breton fréquentaient assidûment la galerie de Charles Ratton et quelques autres marchands parisiens. Ils avaient organisé plusieurs ventes publiques ainsi que des expositions (par exemple,"Tanguy et objets d'Amérique, 1927") et s'étaient exprimés à propos de l'intérêt mitigé qu'ils éprouvaient pour l'art africain. A leurs yeux cet art qui figurait tout de même en bonne place dans leurs collections, était "trop religieux" ;ils préféraient les arts océaniens et amérindiens qui "exaltent l'imagination et offrent une grande place au merveilleux". Dans ces conditions Julius Carlebach - décrit par Claude Duthuit dans le catalogue Les esquimaux vus par Matisse comme"un petit monsieur rondouillard et affable" - avait toute la faveur des exilés new-yorkais : sa galerie était devenue une sorte de débouché plus ou moins officiel pour les éventuels doublons que pouvaient receler les réserves du Museum of American Indien de George Gustav Heye. Après avoir acquis la confiance et l'estime du groupe surréaliste, Julius Carelbach accéléra le processus des ventes : pour qu'ils puissent faire leur choix en toute impunité, il arrivait qu'il emmène ses collectionneurs jusque dans les réserves du musée de George Heye.

Les fréquentes visites des surréalistes chez Carlebach, l'oeil affranchi d'André Breton ne furent pas sans influence sur Claude Lévi-Strauss dont il faut de nouveau citer les propos, tels qu'ils furent retranscrits dans la biographie de Mark Polizzotti (12). L'objet dont il est question dans cet entretien est vraisemblablement une statue de chaman tsimshiam en bois patiné et peaux peintes, porteuse d'un diadème de cuir surmonté de griffes d'ours, une sculpture dont on aperçoit la silhouette dans le film de Pierre-André Boutang Claude Lévi-Strauss par lui-même, ainsi qu'en page 49 du Découvertes/ Lévi-Strauss : "Breton avait de l'instinct pour les objets qu'il aimait, et il me fit parfois apprécier des choses que je n'aurais pas vues ou appréciées en d'autres circonstances. Un jour nous sommes tombés sur un objet qui avait manifestement été fabriqué pour être vendu aux Blancs. Mais Breton s'arrêta net, émerveillé, et au bout d'un moment moi-même je compris qu'il n'en était pas moins beau. Breton n'était ni un puriste ni un spécialiste ; mais, à cause de cela, il voyait des choses que je ne voyais pas".

Rémi Labrusse rappelle que Georges Duthuit acheta chez Julius Carlebach des masques inuit, des canoés et des plaques de cuivre, de "grands masques des Kaiwutl ou des Haida" dont Yves Bonnefoy se souvenait lorsqu'il préfaçait en 1974, pour les éditions Flammarion, le recueil d'articles de Georges Duthuit titré Représentation et Présence. Yves Bonnefoy apercevait ces objets mythiques dans le bureau parisien de Duthuit, rue de l'Université : ils surgissaient "parmi les dossiers ouverts répandus, les livres écroulés à même le sol... violents, aigus, en guerre ouverte eux aussi avec les resserrements de l'espace". Pour ce qui concerne Lévi-Strauss, il ne serait pas trop difficile de repérer les objets issus de la Troisième Avenue, l'essentiel de sa collection est décrit dans un catalogue de ventes de l'Hôtel Drouot du jeudi 21 juin 1951. Suite à son divorce avec sa seconde épouse, Lévi-Strauss se trouva en effet dans l'obligation de mettre en vente les objets qu'il avait ramenés du Brésil et de New York. D'après les biographies rédigées par Denis Bertholet et Elisabeth Roudinesco, une grande partie de ces objets fut achetée par Jacques Lacan (13) ; d'autres éléments de la collection de Lévi-Strauss furent emportés par le Musée de l'Homme et le musée de Leyde, ainsi que par un chercheur averti qui s'appelait André Malraux. Une parure frontale en bois et nacre verte avait été acquise par l'antiquaire Nahour Manoukian. Le 14 décembre 2002, le musée du quai Bramly exerça son droit de préemption pour ce personnage sculpté en ronde bosse, lors d'une vente publique qui se déroula à Compiègne (cf en pages 314-315, la notice de Marie Mauzé et la reproduction de cette parure dans l'ouvrage Musée du quai Branly / La collection, éd. Skira-Flammarion, 2009).


On aura deviné que le collectionneur qui chez Julius Carlebach aurait aimé acquérir la part du lion, c'est André Breton. Dans le tome de la vente André Breton de l'étude Calmels-Cohen consacré aux "Arts primitifs", on trouve (pages 144 / 165) sept d'entre eux inventoriés comme provenant de la galerie de l'antiquaire ou bien de la Heye Foundation : des objets du monde eskimo et puis surtout des masques à transformation issus de la Colombie britannique qui furent longuement analysés par Lévi-Strauss et à propos desquels Breton rédigea un article publié en juin 1950 dans la revue Neuf. Dans son article à propos de la relation Matisse / Duthuit, Marie Mauzé raconte que des conflits pouvaient quelquefois surgir parmi les collectionneurs (14) : "Duthuit avait acheté un masque yup'ik que Breton souhaitait acheter : le masque acquis par Duthuit formait une paire avec celui qu'il possédait déja. Il s'agit des deux masques connus sous le nom de "masques du cygne et de la baleine blanche". Breton possédait la version rouge (corps de la baleine) tandis que Duthuit posédait la version bleue".

Proche de Central Park, un second endroit où l'on ne peut pas toucher et manipuler les objets, encore moins les échanger ou bien les acheter, un lieu de prédilection qui suscita toutes sortes de superlatifs fut fréquemment visité par Claude Lévi-Strauss. Son ordonnancement fut conçu par ce "titan" de l'ethnologie que fut Franz Boas, Aby Warbug s'y attarda longuement pour mieux réfléchir à propos des énigmes de la Renaissance. Il s'agit de l'American Museum of Natural History dont l'évocation ouvre les premières pages de La Voie des masques. Dans l'une des premières pages de ce volume des Sentiers de la création, la collection des éditions Skira où Gaëtan Picon avait convié Lévi-Strauss, une émouvante photographie en noir et blanc donne à voir la configuration en 1940 de l'une des salles du rez de chaussée de ce musée : on discerne la forme d'un grand canot ainsi que des silhouettes revêtues d'habits cérémoniels. Le texte inaugural de La voie des masques est avec de menues corrections la reprise d'un article que Claude Lévi-Strausss écrivit en 1943 pour la Gazette des Beaux-Arts de Georges Wildeinstein. Dans cet article, l'enthousiame de Lévi-Strauss est rarement tempéré : il situe l'art des tribus indiennes parmi les plus grands, son lyrisme évoque délibérément les confuses paroles et les vivants piliers des Correspondances de Baudelaire : "Il est à New York, un lieu magique où les rêves de l'enfance se sont donnés rendez-vous ; où des troncs séculaires chantent et parlent ; où des objets indéfinissables guettent le visiteur avec l'anxieuse fixité de visages ; où des animaux d'une gentillesse surhumaine joignent comme des mains leurs petites pattes, priant pour le privilège de construire à l'élu le palais du castor, de lui servir de guide au royaume des phoques, ou de lui enseigner dans un baiser mystique le langage de la grenouille ou du martin-pêcheur. Ce lieu, auquel des méthodes muséographiques désuètes, mais singulièrement efficaces, confèrent les prestiges supplémentaires du clair-obscur des cavernes et du croulant entassement des trésors perdus, on le visite tous les jours, de 10 heures à 5 heures, à l'American Museum of Natural History : c'est la vaste salle du rez de chaussée consacrée aux tribus indiennes de la côte nord du Pacifique qui va depuis l'Alaska jusqu'à la Colombie britannique."

"Quelle ma chambre au bout du voyage ?"

Poupée Kasina Hopi, ancienne collection André Breton, musée de Marseille
Poupée Kasina Hopi, ancienne collection André Breton, musée de Marseille

... Bien après Franz Boas et Aby Warburg, six décennies après l'exil des surréalistes à New-York, les temps d'aujourd'hui sont pour les arts premiers "le temps de la reconnaissance". Aujourd'hui, le 943 de la Troisième Avenue de Julius Carlebach, la cour intérieure et le bureau du 96 de la rue de l'Université où travaillait Georges Duthuit, ou bien encore le deuxième étage et demi du 42 de la rue Fontaine d'André Breton, ce sont à présent des adresses où l'on pose des plaques commémoratives. Marie Mauzé rappelle que la collection de Breton fut vendue en avril 2003, celle de Lebel en décembre 2006 : "seule reste intacte aujourd'hui celle de Duthuit". Voici venu le temps des appareils critiques et des notes de catalogues qui retracent minutieusement les avatars multiples d'objets que l'on entrevoit quelquefois dans les vitrines d'un musée comme celui du Quai Branly.

Aux notices des catalogues s'ajoutent les mots du commerce, les commentaires des gazettes et des périodiques qui relatent les poussées de fièvre du marché de l'art et les éventuelles préemptions de l'Etat. Pour faire bref, il faut évidemment indiquer que les prix qui avaient permis à Jacques Lacan l'achat en 1951 de quelques-uns des beaux objets de Lévi-Strauss n'approcheront jamais ceux qu'atteignent à présent les grandes ventes publiques : la vente en avril 2003 de la collection d'André Breton coordonnée par l'étude de Laurence Calmels et de Cyrille Cohen enregistra le chiffre record d'un total de 46 millions d'euros, plus de 50 % des estimations attendues. Pour ce qui concerne les Arts premiers, deux vacations qui concernaient les livres et la documentation de Breton ainsi que les objets de sa collection atteignirent frais compris un chiffre qui dépassait les cinq millions d'euros. Toujours à propos de cette vente aux enchères provoquée par l'inertie de plusieurs Ministères de la Culture, on se souvient entre autres réactions, d'une mise au point d'Yves Bonnefoy qui protesta dans un article du Monde contre le dépecage de la collection d'André Breton. A l'instigation de Mathieu Bénezet, avec la participation d'écrivains comme François Bon, Didier Daenincxk, Michel Deguy, Jacques Derrida, Alain Jouffroy, Laurent Margantin, Bernard Noël et André Velter, un comité de vigilance fut créé, des pétitions circulèrent. A propos de l'action de ce comité, on retrouve des reportages, des photographies et des documents sur le site remue-net : des tracts furent distribués, les portes de Drouot furent pendant quelques heures symboliquement bloquées afin de sensibiliser l'opinion publique.



Pour ce qui concerne quelques-uns des objets découverts par André Breton aux Etats-Unis, il faut se reporter au coffret des catalogues édités lors de cette vente, le volume consacré aux Arts premiers fut rédigé par les experts Alain de Monbrison, Pierre Amrouche et Jacques Balzy. Une poupée Kashina, vraisemblablement acquise pendant le voyage de noces d'Elisa et André Breton dans les réserves de l'Arizona fut préemptée par les musées de Marseille qui avaient programmé en juin 1994 une exposition d'un ensemble de ces Poupées dans la Chapelle de la Vieille Charité. Cette poupée Hopi (page 224 du catalogue de vente, lot 6204) représente un danseur porteur d'un masque, un demi-cylindre est accordé à une tableta : en son sommet on aperçoit quatre demi-cercles polychromes qui symbolisent un arc-en-ciel. Elle fut préemptée par Daniele Giraudy, à cette époque directrice des musées de Marseille, pour une somme de 30.000 euros. Au lendemain de cette vente, le musée Cantini bénéficia de la très affectueuse générosité d'Aube Breton et de sa fille Oona (15) qui donnèrent à la Ville de Marseille, "en mémoire de Varian Fry, par reconnaissance pour son action, pour que le plus grand monde puisse en jouir", les vingt-deux dessins et aquarelles du Jeu de Marseille.

Visible sur la photographie insérée plus haut, répertorié au n° 6161, page 146 du catalogue, Good, news bay, un masque destiné aux transes et cérémonies d'un shaman, avec un visage distordu, des yeux asymétriques, des petits bras et des plumets, fut adjugé pour 165.116 euros. Le musée du quai Branly préempta pour 288.272 euros le lot 6166 (page 156) un masque Haisla en provenance de l'île de Vancouver : les yeux mobiles de son visage s'ouvrent ou bien se ferment, son menton est orné d'une petite barbe en poils d'ours, le recueillement ou bien l'effroi et la surprise s'y trouvent exprimés. Un autre prix important - 198.704 euros - fut atteint pour le n° 6171, page 164 un masque Eskimo en provenance de l'Alaska.

... Quelques semaines avant son décés - 28 septembre 1966 - André Breton avait rêvé de faire des objets de sa collection du deuxième étage et demi de la rue Fontaine (15) le sujet d'un livre que son ami Albert Skira venait de lui commander. Cet ouvrage aurait été le tout premier volume de la collection des Sentiers de la Création à l'intérieur de laquelle parut la première mouture de La voie des masques. André Breton avait imaginé pour ce livre l'un des plus beaux titres que l'on puisse rencontrer :"Quelle, ma chambre au bout du voyage ?".

Elisa Breton
Elisa Breton, 1953.

Epilogue : un différend autour de L'Art magique.

André et Elisa Breton débarquèrent en France le 25 mai 1946, avec parmi leurs bagages des malles chargées par les précieux masques et poupées kachina qu'ils avaient rassemblés pendant leurs années d'exil. L'une des grandes affaires qui semble avoir requis Breton pendant les premiers mois de son retour à Paris, ce fut précisément de faire mieux connaître en Europe les arts primitifs de l'Amérique du Nord. En fait foi, conservé à la Bibliothèque Jacques Doucet ce fragment d'une lettre d'André Breton adressée à Max Ernst et Dorothea Tanning qui évoque, le 15 mars 1947, un projet de publication et d'exposition qui n'aboutira pas. Claude Lévi-Strauss semble avoir donné son accord pour la réalisation de ce double projet : « Une occasion se présente d’éditer en belle condition un ouvrage que je propose d’intituler « Les grands arts primitifs d’Amérique du Nord » et que s’offre à publier la galerie Bucher, en même temps qu’elle donnerait une exposition des objets susceptibles d’être réunis à Paris. Cela pourrait avoir lieu en juin si tous les documents étaient réunis à temps. Nous avons prévu jusqu’ici un texte de Lévi-Strauss (axé sur la Colombie Britannique) un texte de Duthuit (également sur la côte nord-ouest), un texte de Lebel (sur les Esquimaux) et un texte de moi, en manière de présentation générale, traitant des rapports de relation poétique, affective, etc. que nous entretenons avec ces objets en particulier. Mais rien ne me paraît plus désirable, mon cher Max, que d’y joindre une importante contribution de vous. »

Je l'indiquais en introduction, pendant les années de l'après-Libération, André Breton et Claude Lévi-Strauss se retrouvaient régulièrement, leur amitié et leur complicité semblaient durables : ces éternels chineurs se donnaient rendez-vous pendant les fins de semaine, afin de commenter ensemble les objets qu'ils pouvaient remarquer parmi les allées du marché de Saint-Ouen. Il y avait là une pratique hebdomadaire qui relevait à la fois de la détente et de l'exercice intellectuel. Plus largement,  ce type d'activité qui ne se limite pas seulement à la recherche d'un objet de brocante fut très bien caractérisé par Claude Lévi-Strauss, lors d'un entretien rarement cité qu'il avait livré en mars 1968 à Claude Courtot, dans le n°3 de la revue surréaliste L'Archibras, entretien à l'intérieur duquel il est précisément fait allusion à l'attitude exemplaire de Breton : " Pour moi, l'exotisme est de plus en plus non pas en surface mais en profondeur : il est celui que nous sommes capables, à condition d'y mettre suffisamment de coeur et de volonté, de trouver sur place, ici même à condition de percevoir un certain nombre de choses très rares et très précieuses auxquelles nous ne prêtions pas attention. Ce serait donc l'exotisme du botaniste, du mycologue et du zoologue, du promeneur solitaire dans quelque campagne française, mais en prêtant attention à une quantité de petites choses généralement négligées ou dédaignées, sauf par certains spécialistes qu'on ne place plus très haut dans la hiérarchie des sciences. Mais on s'apercevra très vite qu'on fait erreur.

Je dois dire, puisque je vous parle, que cela, c'est auprès de Breton que je l'ai surtout appris. C'est vraiment Breton qui m'a montré qu'on pouvait sans honte regarder des pierres, des insectes, des feuilles ou des fleurs, avec la même intense curiosité et en retirant de cette contemplation des émotions aussi hautes que devant des sculptures ou des tableaux ... C'est parfois dans les activités en apparence les plus gratuites, les plus absurdes, les plus folles et les plus humbles de l'homme, que se trouve la serrure qui donne l'accès aux vérités les plus profondes et les plus générales ... L'ethnologue est d'abord une espèce de chiffonnier, qui s'est assigné pour tâche de recueillir et de découvrir la valeur de tout ce qui a été, au cours des siècles, dédaigné et méprisé : il y a donc à la fois une attitude de tendresse chez lui et d'autre part une perception esthétique ".


André Breton
André Breton, rue Fontaine.

Lors d'un récent entretien téléphonique (en date du 1 décembre 2010) Madame Monique Lévi-Strauss m'indiquait que leur rendez-vous du samedi matin était immuable : le couple Lévi-Strauss retrouvait André Breton très précisément à 8 h 45, devant les portes de Saint-Ouen. Monique Lévi-Strauss m'a répété à quel point Claude Lévi-Strauss affectionnait chez Breton son sens de l'objet, la qualité de son regard. Lévi-Strauss connaissait évidemment l'atelier de la rue Fontaine où Breton l'avait invité "une ou deux fois" pour un repas du soir. Monique Lévi-Strauss m'a également indiqué qu'il leur arriva pendant un été - en 1953 - de venir rejoindre André et Elisa Breton dans leur maison du Quercy, à  Saint Cirq Lapopie : leur amie commune, Dolorès Vanetti qui avait passé quelques jours dans leur maison des Cévennes avait souhaité revoir Breton. Monique et Claude Lévi-Strauss n'avaient pas manqué de faire ce petit voyage jusque vers le Lot, leur passage est mentionné dans une lettre adressée à la fille d'André Breton (cf page 82 des Lettres à Aube, éd. Gallimard, septembre 2009).

Un épisode pénible, une détestable unhappy end marqua pourtant leurs ultimes relations. Pour tenter de discerner les origines de leur malentendu ainsi que la difficulté d'une éventuelle réconciliation, mieux vaut laisser préalablement la parole à Lévi-Strauss qui résume la situation dans son entretien de 2003 :"Je peux vous assurer que durant notre séjour new-yorkais nos contacts étaient fréquents et toujours chaleureux, j'ajouterai même excellents. Et s'il est vrai que l'homme avait un caractère difficile, l'extrême courtoisie dont il ne se départait jamais favorisait des relations cordiales. Cela étant, il est certain que ce qui a sauvé nos rapports pendant très longtemps, c'est que nous nous adonnions à des activités, disons professionnelles, très éloignées. Il n'y avait pas de concurrence : je n'écrivais pas de poèmes et je ne manifestais pas d'ambitions littéraires. En revanche nous nous sommes brouillés plus tard ... On lui avait commandé un livre sur l'art magique, un sujet qui ne l'inspirait guêre, et pour cause, mais qu'il voulait malgré tout traiter, pour des raisons financières je présume. Il avait alors imaginé de le faire sous forme de questionnaires qu'il a distribués, envoyés à droite et à gauche, à des gens cencés savoir de quoi il retournait. J'ai été du lot. Erreur fatale : nos spécialités venaient d'interférer ... Son approche de l'art magique m'a déplu et je n'ai pas répondu. Mais lui n'a pas désarmé, et, à quelque temps de là, j'ai reçu une lettre de relance. "Que se passe-t-il, mon cher ami, disait-il à peu près, vous ne renvoyez pas le questionnaire. Sans doute ne vous convient-il pas, mais cela n'a aucune importance : critiquez-le, déchirez-le, écrivez autre chose, ce qu'il me faut c'est une réponse de vous". Je me trouvais en vacances dans la maison cévenole de mes parents, en compagnie de mon fils aîné qui devait avoir environ sept ans, et devant tant d'insistance, j'ai pensé qu'il serait curieux de voir comment un enfant de cet âge se comporterait face au questionnaire - Breton proposait notamment une série de reproductions d'oeuvres d'art qu'il fallait classer en plus ou moins magiques. Enchanté de l'expérience, mon fils a effectué le classement réclamé. Puis j'ai expédié le résultat à Breton, lui spécifiant qui en était l'auteur. Sa réaction n'a pas tardé, une lettre cette fois courroucée qui commençait dans ce genre : "Mon cher ami, si tant est que le mot ait encore un sens entre nous... " Quand le livre a paru, je l'ai reçu ... dédicacé à mon fils. Par la suite, nous nous sommes revus, mais ce ne fut jamais plus comme avant".

Le temps et l'estime réciproque auraient pu cicatriser ce moment de vive polémique. André Breton ne fut point centenaire, il mourut dans les alentours de sa soixante-dixième année. Une fois entendu le témoignage de l'ethnologue qui a tout de même quelque peu gauchi ses souvenirs, il faut retourner aux pièces du dossier. Quand on relit la réponse de Lévi-Strauss, telle qu'elle fut publiée dans L'Art magique, on s'aperçoit que sa manière de réagir à l'enquête de Breton n'est pas exactement humoristique, on imagine mieux pourquoi le collectionneur de la rue Fontaine fut vivement froissé. A la différence d'autres éminents personnages de cette époque qui se montrèrent courtois et réservés lorsqu'ils envoyèrent leurs textes (on trouve dans cette postface de L'Art magique des réponses plus ou moins substantielles émanant entre autres de  Maurice Blanchot, Georges Bataille, Gabriel Bounoure, Herbert Read, Jean Paulhan, Robert Jaulin, Julien Gracq, René Nelli, Jean Wahl, Clémence Ramnoux ou bien d'Octavio Paz) force est de constater que le ton de Claude Lévi-Strauss est rigoureusement cinglant, on comprend pourquoi leurs relations ne pouvaient pas immédiatement s'apaiser. Ce n'est pas seulement Laurent Lévi-Strauss, un garçon de sept ans qui provoqua le courroux d'André Breton, ce sont d'autres raisons foncièrement intellectuelles qui ont fomenté leur rupture  (cf page  269 de l'édition Phébus de L'Art Magique, 2003) : "Aussi n'est-ce point parce qu'elle prend la magie "au sérieux" que votre enquête me gêne. Mais plutôt parce qu'elle pose les termes d'art et de magie dans une acception si vague et si générale qu'elle rend difficile, et presque impossible, une réflexion sur ce sujet. Au lieu de circonscrire les termes elle les dilate, donnant en particulier au mot magie une élasticité si grande qu'elle rejoint les pires usages : ainsi des "vallées magiques" comme écrivit Chateaubriand en parlant d'un paysage, sans doute "enchantent", mais le mot est aussi dans votre texte. Pour me résumer sur ce point, il me semble que vous donnez aux termes d'art et de magie leur plus faible valeur sémantique, c'est à dire que vous les placez à un niveau où la signification se dissout".

... La relation de Claude Lévi-Strauss avec André Breton n'a bien évidemment pas l'importance que put revêtir pendant les années new-yorkaises sa rencontre avec Roman Jakobson qui eut la réflexion que l'on sait à propos de la fonction poétique et qui fut aussi le passager d'un bateau d'exil : parti de Suède, il arriva à New York en mai 1941. Ce compagnonnage avec Breton constitue pourtant une forte exception dans la trajectoire de Lévi-Strauss. On l'a souvent souligné, en matière de littérature, mis à part Michel Leiris et André Breton, Claude Lévi-Strauss n'a pas souhaité fréquenter ses contemporains. Salué dés sa parution par les meilleurs critiques de son époque - Georges Bataille, Maurice Blanchot ou bien Gaëtan Picon - Tristes tropiques invoque des auteurs d'un autre âge : Montaigne, Proust, Rousseau, Chateaubriand ou bien Joseph Conrad (17). Exemple à mon sens significatif, un écrivain comme Julien Gracq ne fut jamais de ses familiers : capable lui aussi d'une étonnante longévité (1910-2007), on perçoit pourtant clairement l'auteur des Eaux étroites comme le détenteur d'une culture, d'un savoir-vivre et d'un désir d'affranchissement susceptibles de s'accorder pleinement avec Claude Lévi-Strauss. Dans sa contribution à un colloque "Lévi-Strauss et ses contemporains" qui se tenait à Dijon en mai 2010, Jacques Poirier (18) nous rappelle que cet ethnologue"habitait à la fois le néolithique et le structuralisme". Ses contemporains furent souvent les âmes mortes ou bien les écrits de ceux qui entouraient sa maison de Lignerolles en Bourgogne : "à l'est Langres et Diderot, à l'ouest Montbard et Buffon, au sud La Margelle et Jean de Léry"...

Il n'empêche, il faut clairement situer la rencontre d'André Breton et de Claude Lévi-Strauss parmi les grandes rencontres du siècle dernier. Comme il est écrit à la fin de l'édition Skira de La voie des masques, "Qu'on le sache ou qu'on l'ignore, on ne chemine jamais seul sur le sentier de la création". Dans des circonstances historiques tout à fait particulières, ce fut avec toutes sortes de conséquences, sans effusion ni romantisme et sans trop de "querelles de propriétés", la grâce imprévisible d'un magnifique franchissement de frontières. Repensant à ces rencontres new-yorkaises, on peut songer toutes proportions gardées, à ce que fut le dialogue de Pablo Picasso avec Guillaume Apollinaire. Les exemples pourraient bien évidemment être multipliés, on pourrait se souvenir des premières approches de Jean-Paul Sartre et Jean Genet, ou bien encore de Valère Novarina qui se lia d'amitié avec Jean Dubuffet ... Le mot de la fin appartiendra à Claude Lévi-Strauss :"C'est des surréalistes que j'ai appris à ne pas craindre les rapprochements abrupts et imprévus".

Alain Paire

20 novembre 2010, avec à gauche Olivier Mongin
20 novembre 2010, avec à gauche Olivier Mongin.

Ce texte a été rédigé pour une communication beaucoup plus brève, lors d'une rencontre Regards croisés sur Claude Lévi-Strauss, imaginée par Christian Bromberger aux Archives et Bibliothèque départementales de Marseille, samedi 20 novembre 2010. Cette rencontre réunissait Dionigi Albera, Michel Deguy, Olivier Mongin (à gauche sur la photo) et Emmanuel Terray, dans le cadre des Rencontres d'Averroès de Thierry Fabre.

Cette parution fut référencée par plusieurs sites : Réso-net, le dimanche 26 novembre 2010, par la liste hebdomadaire de Mélusine d'Eddie Breuil, par Poezibao et Florence Trocmé, le jeudi 2 décembre, le mardi 7 décembre sur le blog Poésie élémentaire.

Sur la chaîne Mativi-Marseille, cf. sur ce lien, un film de huit minutes André Breton / Villa Air Bel.

(1) A propos de Marseille et des années 40, cf le livre pionnier de Bernard Noël, Marseille-New York, éditions André Dimanche (1985) et par A. Paire Chroniques des Cahiers du Sud, 1914-1966, éd de l'Imec, 1993.

(2) Claude Lévi-Strauss, De près ou de loin, entretiens avec Didier Eribon, éditions Odile Jacob, 1988.

(3) Article reproduit dans le Cahier de l'Herne Lévi-Strauss, 2004.

(4) On retrouve cet entretien dans le reprint (janvier 2006) des éditions Inculte du n° de L'Arc consacré à Lévi-Strauss (pages 163-189). Bernard Pingaud relate dans la préface de ce reprint l'histoire de ce numéro Lévi-Strauss, l'un des premiers succès de la revue de Stéphane Cordier.

(5) Emmanuelle Loyer, Paris à New York, Intellectuels et artistes français en exil 1940-1947, éd Grasset, 2005. Nouvelle édition Hachette Littératures, collection de poche Pluriel, 2007.

(6) Claude Lévi-Strauss :Le regard éloigné, éd.Plon, 2001.

(7) Vincent Debaene et Frédéric Keck, Lévi-Strauss, l'homme au regard éloigné, éd. Découvertes-Gallimard, 2009.

(8) Article de Claude Hermann, "Claude Lévi-Strauss à New-York" publié dans L'homme derrière l'oeuvre, recueil d'Emilie Joulia, éd. JC Lattès 2008.

(9) Dans ce paragraphe, les citations de Jacques Derrida et de Tristes tropiques sont extraites d'un article de Laurent Jeanpierre,"Les structures d’une pensée d’exil : la formation du structuralisme de Claude Lévi-Strauss". French Politics Culture and Society, vol 28, n°1, Spring 2010, pages 58-76.

Du même auteur, "Une opposition structurante pour l'anthropologie structurale : Lévi-Strauss contre Gurvitch, la guerre de deux exilés français aux Etats-Unis", Revue d'histoire des sciences humaines, 11, 2004, pages 13-43.

Cf également par Annie Cohen-Solal, "Claude Lévi Strauss aux Etats-Unis, des portes donant accés à d'autres mondes et à tous les temps", Critique, 620/ 621, janvier-février 1999.

(10) Rémi Labrusse : "Chimérique Cimmérie, Georges Duthuit et les arts amérindiens", article dans le catalogue de l'exposition, Les esquimaux vus par Matisse/ Georges Duthuit, une fête en Cimmérie, exposition du Musée Matisse / Le Cateau-Cambrésis (éd. Hazan), novembre 2010.

(11) Marie Mauzé : "Aux invisibles frontières du songe et du réel, Lévi-Strauss et les surréalistes ; la découverte de l'art de la côte nord-ouest" article publié dans Cahier de l'Herne Lévi-Strauss, 2004.

(12) page 575, Mark Polizotti : André Breton, éd. Gallimard, 1999.

(13) A propos des relations entre Lacan et Lévi-Strauss, cf pages 107-108 , De près ou de loin, entretiens avec Didier Eribon :  "Nous ne parlions guère de psychanalyse ou de philosophie ; plutôt d'art et de littérature. Il avait une culture très vaste, il achetait tableaux et oeuvres d'art ; cela tenait une place dans nos conversations".

(14) Marie Mauzé, page 54, article "Les esprits du silence" in Les Esquimaux vus par Matisse, éd. Hazan.

(
15) Cf  l'article de Daniele Giraudy pages 17 / 21 dans le catalogue Le jeu de Marseille, éditions Alors hors du temps, 2003.

(16) A propos de l'Atelier de la rue Fontaine, il faut relire Julien Gracq dans En lisant, en écrivant (pages 249-251, Librairie José Corti, 1980) ainsi que l'article d'Agnès de la Beaumelle, catalogue André Breton, Musée Nationale d'Art moderne / Centre Georges Pompidou, 1991, Le grand atelier, pages 48-63. Cf également l'unique document filmique à propos de ce lieu, le Dvd de Fabrice Maze réalisé juste avant la vente de 2003 : "L'oeil à l'état sauvage / André Breton malgré tout", édité par Seven-doc et Aube Ellouet-Breton. Cf également le site "André Breton" où sont numérisés tous les documents nécessaires pour mieux appréhender le 42 rue Fontaine.

(17) Vincent Debaene,"L'adieu au voyage / L'ethnologie entre science et littérature", Bibliothèque des sciences humaines, éd. Gallimard, 2010. Du même auteur, cf en anglais, un très bel article, "Like Alice through the looking glass. Claude Lévi-Strauss in New York", French Politics Culture and Society, vol 28, n°1, Spring 2010, pages 46-57.

(18) Jacques Poirier : "Claude Lévi-Strauss, beau langage et bon sauvage", actes du colloque Claude Lévi-Strauss et ses contemporains à paraître aux Editions universitaires de Dijon.

Parmi les livres à consulter :

Henri Béhar : André Breton, le grand indésirable, nouvelle édition revue et ressourcée, Fayard 2005. Henri Béhar, l'équipe de Mélusine / Cahiers du centre de recherches sur le surréalisme et d'autres auteurs publieront un Dictionnaire André Breton.

Dominique Berthet, André Breton, l’éloge de la rencontre. Antilles, Amérique, Océanie, Paris : HC éditions, 2008, 

Denis BertholetClaude Lévi-Strauss, biographie éd. Plon 2003.

Fabrice Flahutez : Nouveau monde et nouveau mythe - Mutations du surréalisme, de l'exil américain à l'Ecart abslou (1941-1965), éd. Les presses du réel.

Claude Imbert : Lévi-Strauss : le passage du Nord-Ouest (Cahiers de l'Herne, collection Carnets, 2008) avec en introduction"Indian Cosmétics", le texte paru dans la revue VVV, traduit de l'anglais par Patricia Blanc.

Laurent Jeanpierre : Des hommes entre plusieurs mondes. Etude sur une situation d'exil : Intellectuels français et réfugiés aux Etats-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale, Paris, EHESS, Thèse de sociologie, 2004. A paraître aux éditions de La Découverte.

Sophie Leclercq, article publié dans le n°26 de la revue Mélusine, éd. L'Age d'homme, "L'autre métamorphose, les surréalistes exilés, les masques et les mythes amérindiens".

Jeffrey Mehlman : Emigrés à New York. Les intellectuels français à Manhattan (1940-1944), éd. Albin Michel, 2005, 254 Pages, collection Idées. Cf le chapitre 10, Lévi-Strauss et la naissance du structuralisme.

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