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Nicolas Froment. La Légende de saint Mitre. Huile sur panneau de peuplier 160 x 157 cm vers 1470-1475. Cathédrale Saint-Sauveur à Aix-en-Provence. Classé monument historique le 21 octobre 1903.

En 1442, Avignon Nicolaï, archevêque d’Aix, fit construire une chapelle, dans l’axe du chœur de la cathédrale Saint-Sauveur, pour abriter le tombeau de saint Mitre, un des premiers évangélisateurs de la ville, qui aurait été martyrisé dans un quartier suburbain au Ve siècle. D’abord vénéré à Notre-Dame-de-la-Sed, cathédrale primitive, ce sarcophage antique avait été transféré en 1383 à la cathédrale du Bourg-Saint-Sauveur.

Avignon Nicolaï se fit enterrer au pied de l’autel de cette chapelle. Celle-ci renferme également une épitaphe, longtemps considérée à tort comme celle de Jacques de la Roque, fondateur de l’hôpital proche de la cathédrale ; son père se prénommant Mitre, l’érudition locale a fait de celui-ci le commanditaire du panneau peint dédié au saint. Attestée dès le XVIIIe siècle mais non vérifiée, cette proposition devrait être confrontée aux dates de ces personnages ainsi qu’à la fréquence de ce prénom à Aix.

Quel qu’il soit, le donateur est représenté de manière habituelle, agenouillé près de saint Mitre debout et tenant sa tête coupée. Les quatre fils du donateur, son épouse et leurs filles, ont été ajoutés ultérieurement, encombrant le premier plan et dénaturant le rythme de la composition. Les divers épisodes de la vie de saint Mitre sont disposés, sans ordre apparent, autour d’une place entourée de divers monuments dans lesquels certains érudits ont voulu reconnaître des édifices religieux d’Aix ; les lignes de fuite des architectures convergent vers la scène de la distribution de raisin aux pauvres, qui va sceller le destin de l’esclave Mitre : arrestation, emprisonnement, décollation, et miracle où le décapité porte sa tête et marche vers la cathédrale.

Attribué à Nicolas Froment, peintre de formation flamande ou picarde, fixé à Uzès à partir de 1465 puis à Avignon en 1468, ce panneau a sans doute été exécuté quelques années avant le célèbre triptyque du Buisson ardent, peint en 1475-1476 pour l’église des Grands Carmes d’Aix à l’initiative du roi René.

La restauration de l'œuvre réalisée en 2000 par Patrick Mandron et Monique Pomey a essentiellement consisté en l'allègement du vernis et la réalisation d'un caisson climatique en vue de l'exposition 20 siècles en cathédrales. Elle a permis de mettre en évidence l'existence des barbes d'origine sur les quatre côtés du panneau, témoignant du fait que son format n'a pas été modifié depuis sa création.


Cf, Michel Laclotte et Dominique Thiébaut, L'école d'Avignon, Paris, Flammarion, 1983, p. 244-245.


Texte de Marie-Claude Léonelli, publié en page 22 du catalogue de l'exposition "Un autre soleil / Lumière et art sacré, XV°-XXI° siècles", Galerie du Conseil Général des Bouches du Rhône, Aix en Provence, éditions Ereme.


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